Asvel-Olympiakos : Comment Tony Parker et Villeurbanne se sont « battus » pour ramener le basket français en Euroligue

BASKET Trois ans après la dernière participation du basket français dans la plus prestigieuse compétition européenne, l’Euroligue, l’Asvel va accueillir le géant grec de l’Olympiakos ce vendredi (20h45) dans une Astroballe bondée

Jérémy Laugier

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Après avoir quasiment survolé la saison dernière de Jeep Elite, l'Asvel de Tony Parker et Zvezdan Mitrovic aura droit à du très lourd à partir de ce vendredi en Euroligue.
Après avoir quasiment survolé la saison dernière de Jeep Elite, l'Asvel de Tony Parker et Zvezdan Mitrovic aura droit à du très lourd à partir de ce vendredi en Euroligue. — ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Dix ans après, l’Asvel va retrouver l’Euroligue ce vendredi en accueillant l’Olympiakos, ce vendredi (20h45) à l’Astroballe.
  • Président du club villeurbannais depuis 2014, Tony Parker a dû batailler pour obtenir l’une des deux précieuses wild-cards (jusqu’en 2021) pour se confronter aux monstres européens.
  • En raison d’un conflit entre la Fiba et l’Euroligue, le basket français « a perdu un temps monumental » en optant pour des Coupes d’Europe mineures depuis 2016.

Dix saisons après sa dernière participation, et 22 ans après avoir réussi l’exploit de se hisser au Final Four à Rome, l’Asvel va retrouver l’Euroligue, ce vendredi (20h45) contre l’Olympiakos. Dans une Astroballe à guichets fermés, Tony Parker va vivre l’un des moments les plus forts de sa vie de président du club villeurbannais. « C’était l’un des gros objectifs quand j’ai repris le club en 2014, a-t-il confié mercredi. C’est clair que je vais avoir un peu chaud au cœur avant le match en entendant la chanson de l’Euroligue. Je suis très fier pour le basket français car ce n’était pas normal qu’il ne soit pas en Euroligue depuis trois ans. On s’est battus pour ramener un club français dans cette épreuve. »

Car depuis la saison 2015-2016, où Limoges et Strasbourg avaient respectivement fini 5e et 6e de leur poule (de six équipes), la fédération française de basket avait choisi de se tourner vers les compétitions de la Fiba plutôt que l’Euroligue dans le conflit opposant les deux instances. « Le basket français s’est exclu de l’Euroligue et il a perdu un temps monumental, estime François Lamy, devenu conseiller spécial de l’Asvel cet été. On va essuyer les plâtres de cette réalité cette saison. »

L’Asvel a deux ans pour convaincre l’Euroligue

Malgré « un manque de stabilité de plusieurs clubs champions de France mal vu par l’Euroligue » (dixit François Lamy), Tony Parker et l’Asvel ont convaincu l’organisation de la plus prestigieuse compétition européenne de fournir au club villeurbannais, en novembre 2018, l’une des deux wild-cards (avec le Bayern Munich) afin de rejoindre une Euroligue passée de 16 à 18 équipes.

Pour voir plus loin que 2021 et obtenir une place quasi-assurée (licence A), comme c’est le cas aujourd’hui pour 11 clubs engagés, l’Asvel va devoir faire ses preuves au niveau sportif mais aussi dans le lancement d’une nouvelle salle par exemple. « L’Euroligue cherche des clubs dominants, des fers de lance, et il y a aussi une réalité économique », évoque François Lamy. Car cette Euroligue tend plus que jamais à devenir une ligue fermée type NBA, et l’Asvel pourrait être le seul club français présent, même si elle venait à ne pas conserver son titre de champion de France en 2020.

Une masse salariale très loin de couvrir le salaire… du seul Mirotic au Barça !

Que peut donc viser Villeurbanne pour son retour dans cette compétition XXL ? « L’Asvel va retrouver ce parfum du très très haut niveau, se réjouit Gaëtan Muller, le président délégué du club. On a essayé de déclencher quelque chose de cohérent en allongeant notre effectif. » Mais malgré 13 joueurs professionnels, dont le retour en France des internationaux tricolores Edwin Jackson et Antoine Diot, François Lamy pointe un « écart abyssal » entre la Jeep Elite et l’Euroligue. Jugez plutôt, le plus gros salaire villeurbannais est à 280.000 euros la saison, ce qui est « l’équivalent du plus bas salaire de l’effectif de l’Olympiakos », selon François Lamy.

L’Asvel arrive donc sur la pointe des pieds avec le plus petit budget (11 millions d’euros) et la plus petite masse salariale (2,4 millions d’euros net) d’Euroligue. Soit à peine plus de la moitié du salaire du seul Nikola Mirotic au Barça (4 millions d’euros net par an). Un gouffre économique qui n’a pas empêché récemment quelques sensations, comme le Final Four du Zalgiris Kaunas (Lituanie) en 2018 ou la finale d’Anadolu Efes Istanbul (Turquie) la saison passée, seulement un an après avoir été la lanterne rouge de la compétition.

Charles Kahudi ici aux côtés du président délégué de l'Asvel Gaëtan Muller, lors d'un entraînement, le mois dernier à l'Astroballe.
Charles Kahudi ici aux côtés du président délégué de l'Asvel Gaëtan Muller, lors d'un entraînement, le mois dernier à l'Astroballe. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« On a zéro pression », estime Tony Parker

« On n’a pas d’objectif, on va juste essayer de bien figurer, assure Tony Parker. C’est une première année et on aura beaucoup de choses à apprendre. On a zéro pression. » Hormis celle de tenir son rang en championnat, où l'Asvel est désormais l’équipe à battre, tout en disputant deux fois plus de matchs que la plupart de ses adversaires. Car une année monstrueuse démarre avec 34 matchs d’Euroligue, soit autant qu'en Jeep Elite.

Une saison double qui pourrait atteindre le fameux cap des 82 matchs NBA en cas de longs play-offs, dont 19 séquences de matchs enchaînés en 48 heures d’intervalle. « C’est comme la NBA, sauf qu’on n’a pas les mêmes moyens de récupération, constate l’ailier villeurbannais Charles Kahudi. On sait qu’on a une montagne devant nous, et même un rouleau compresseur dans lequel plusieurs équipes se sont cassé les dents. »

« Il faudra être prêt à perdre des matchs, voire à prendre des fessées »

En espérant à terme voir des règles proches du salary cap de la NBA être mises en place dans cette cour des grands, l’Asvel compte « réussir quelques coups » dans sa salle dès son année d'apprentissage. « On est là où on voulait être et il va falloir assumer, annonce Gaëtan Muller. Il y a un retard pris en France mais il n’y a rien d’impossible à gommer. La dynamique est ultra-positive pour nous et on a hâte de découvrir cette NBA européenne. »

Il constate d'ailleurs « un bel engouement » du public, avec un passage de 500 à 1.700 abonnés depuis cinq ans. « On sent que tout le monde est surexcité ici, confirme Charles Kahudi. C’est génial mais il faudra être prêt à perdre des matchs, voire à prendre des fessées. Ça peut miner les supporters. » Mais aussi les joueurs de Zvezdan Mitrovic, dès ce vendredi soir ?