Sport et santé : Comment le Stade Toulousain cherche à mieux prédire la durée des blessures (et à éviter les rechutes)

RUGBY Une étude a été lancée sur les installations du Stade Toulousain. Son objectif : affiner la prédiction des durées d’indisponibilité d’un joueur victime d’une blessure musculaire

Nicolas Stival

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La blessure musculaire du centre du Stade Toulousain Pierre Fouyssac est examinée par le professeur Henri Sans dans les locaux médicaux du club.
La blessure musculaire du centre du Stade Toulousain Pierre Fouyssac est examinée par le professeur Henri Sans dans les locaux médicaux du club. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • Les blessures musculaires sont très fréquentes chez le sportif de haut niveau, notamment le joueur de rugby.
  • Une étude a été lancée sur les installations du Stade Toulousain, afin de mieux prévoir la durée d’indisponibilité d’un joueur blessé, et prévenir la récidive.
  • Si elle aboutit, elle pourrait être appliquée aux « sportifs du dimanche », et même à la médecine du travail.

Un peu de gel, puis une sonde échographique qui vagabonde sur la cuisse épaisse mais endolorie de Pierre Fouyssac, le trois-quarts centre du Stade Toulousain. A priori, l’étude menée depuis la semaine dernière dans les locaux cossus d’Ernest-Wallon, en collaboration avec le CHU de Toulouse et l’entreprise japonaise Canon, n’a rien de révolutionnaire. Pourtant, ses initiateurs placent beaucoup d’espoirs dans ce travail autour de « la solidité du tissu musculaire blessé ».

L’objectif : prévoir au mieux la date de reprise du rugbyman souffrant, et prévenir la rechute. Tout sauf un luxe, dans un sport où certains pros passent autant de temps à l’infirmerie que sur la pelouse. « Il s’agit de trouver le moment où l’on peut dire au sportif : "voilà, tu peux reprendre à haut niveau, sans risque de récidive" », explique le professeur Nicolas Sans, chef du pôle imagerie médicale au CHU.

« Le but, ce n’est pas de raccourcir les délais »

A ce jour, dans les disciplines de haut niveau, il y a des examens médicaux bien sûr, mais aussi pas mal de « pifomètre », à base de ressenti de la part du sportif… et parfois du staff. Un coup de pression du coach, et voilà notre ailier a priori remis d’une déchirure relancé dans le grand bain du Top 14 ou de la Pro D2. Avant de se blesser de nouveau dans la foulée…

« Le but, ce n’est pas de raccourcir les délais, mais d’être le plus pertinent possible », assure Philippe Izard, responsable médical du secteur professionnel chez le champion de France. Et pour cela, l’échographe haut de gamme présent dans les installations du club intègre une arme absolue : un élastographe. Ce petit bijou technologique quantifie la dureté du muscle blessé (à 99 % du temps sur un membre inférieur), en kilopascals.

Philippe Izard, médecin du Stade Toulousain, avec un appareil d'évaluation musculaire utilisé notamment par les joueurs blessés.
Philippe Izard, médecin du Stade Toulousain, avec un appareil d'évaluation musculaire utilisé notamment par les joueurs blessés. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Comme chaque joueur est différent, par son poste et son capital génétique, le résultat est comparé à la jambe saine. A rythme régulier, l’action de courte durée (environ 10 minutes) est répétée, jusqu’à ce que les valeurs du muscle lésé et de son jumeau en bon état correspondent. Au fil des examens, les exercices de reprise (muscu, courses…) sont adaptés à l’état du convalescent, jusqu’à la reprise totale.

« On voudrait étendre ce qu’on fait pour les pros aux catégories de jeunes du Stade Toulousain, avance Philippe Izard. Et il n’est pas exclu que dans un avenir un peu plus lointain, on puisse intégrer d’autres associations de notre club omnisports, voire d’autres structures. »

Une possible application à « M. Tout-le-monde »

Cette étude pourrait également trouver une application chez l’individu lambda. « Pour déterminer la date d’un retour au travail, un éventuel changement de poste, et évaluer des séquelles », détaille le médecin. Il faudra alors se souvenir que tout est parti, ou presque, de la cuisse de Pierre Fouyssac.