VIDEO. Coupe du monde de rugby : Mêlée, sémantique et récupération… Comment le XV de France aborde le match crucial contre l’Argentine ?

RUGBY Le XV de France n'a pas trop le trac avant d'entrer dans son Mondial

William Pereira

— 

Les Bleus auront sûrement une toute autre opposition qu'au mois de novembre dernier
Les Bleus auront sûrement une toute autre opposition qu'au mois de novembre dernier — Alex Davidson/Frozen in Motion/REX/Shutterstock/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

La victoire ou l’apocalypse. Les récents résultats du XV de France couplés à un tirage au sort taquin ne laissent guère de marge aux Bleus, bien conscients de l’importance capitale que revêt ce premier affrontement contre l’Argentine. Visages fermés, concentrés comme avant une finale. Enfin ça, c’est ce qu’on pensait écrire la veille de la rencontre en posant nos valises au Japon. En réalité, ce sont des joueurs plutôt souriants et décontractés qu’on a vu défiler en conférence de presse depuis le début de la semaine.

Les Huget, Médard, Slimani, tous sans exception refusent de considérer ce match comme capital, alors que la deuxième place du groupe C semble promise au vainqueur derrière une Angleterre hégémonique - et qui nous a passé 44 pions à Twickhenam il y a six mois au cas où vous l’auriez oublié. Pour eux, ce n’est qu’un match comme un autre, qu’il faut gagner, comme un autre. Langue de bois à première vue, réelle conviction à y regarder de plus près… Une semaine que le peloton de journaliste français au Japon passe la sémantique du XV de France au peigne fin comme un lycéen en pleine préparation du Bac de Français. Extraits :

Médard : « Ce match ne sera pas forcément une fin en soi. Si on perd, on aura trois matchs derrière qui pourront nous permettre de nous rattraper, avec une dernier match contre l’Angleterre. A nous de faire ce qu’il faut pour réussir quelque chose déjà lors de ce premier match. »

Huget : « Ce match ne me fait pas peur. Si on commence à avoir peur dès le premier match, le reste de la compétition va nous paraître long. Ce match est important, mais il n’est pas capital pour la suite. »

Jacques Brunel : « Bien sur qu’il a de l’importance, mais pas il n’est pas complètement déterminant car quel que soit le résultat, il y a 3 autres rencontres et il faudra peut-être les gagner. Celui qui va gagner aura un petit avantage. L’histoire l’a montré, faut pas oublier qu’il y a d’autres matchs. Il sera important mais pas déterminant. »

Le XV de France a aujourd’hui tellement conscience de ce qu’il est devenu qu’il en vient presque à craindre davantage le troisième match contre les Tonga, dont le spectre de 2011 hante encore les esprits, que le premier contre les Pumas autrement plus costauds sur le papier. Un peu comme si Gasquet anticipait un 16e de finale compliqué contre Basilashvili à Roland avant de jouer Khachanov au premier tour. Jefferson Poirot : « Si on gagne ce week-end et que derrière on se prend les pieds dans le tapis contre les Tonga, c’est déjà arrivé, contre les Etats-Unis, contre l’Angleterre… Ça sera la même chose. On se connaît assez bien pour se dire d’être vigilants là-dessus. »

« Je connais la fierté des Argentins… »

Rassurez-vous. Quand bien même ils seraient absorbés par la vue de l’ogre tongien à l’horizon, les Bleus gardent l’Argentine en tête. Et si Rabah Slimani tente un audacieux « on est favoris », pas question de sous-estimer les Sud-américains, de se laisser endormir par le succès insignifiant du mois de novembre alors que ces derniers étaient sur les rotules ni de croire que leur traversée du désert en Rugby Championship est un motif d’espoir pour les poulains de Brunel. Le pilier clermontois résume :

« On sait très bien que l’Argentine, ça fait longtemps qu’ils sont sur le circuit et ils le démontrent. On leur tape sur les doigts, on dit que c’est une équipe finie, mais en face leurs adversaires c’est la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud. Les Argentins sont très joueurs, très costauds, ils aiment pas quand le jeu se ralentit. Ils arrêtent pas le ballon, ils aiment jouer. Il faudra se méfier. »

Idem pour la mêlée, érigée en talon d’Achille argentin par les experts de ce jeu. Les joueurs français ne sont pas dupes et particulièrement bien placés pour savoir que quand on accable une équipe sur un supposé point faible, elle passe son été à bachoter pour mettre tout le monde d’accord le jour J. Poirot, méfiant : « Moi je connais la fierté des Argentins. Comme je l’ai dit aux autres joueurs, si nous on s’était fait bouger comme ça sur quatre matchs [en Rugby Championship] et qu’on avait dit de nous qu’on était faibles, que la mêlée était un problème, je pense qu’on aurait passé toute la préparation à en faire tous les jours (sourire). A mon avis je pense qu’il faut pas se laisser endormir par ça. »

S’endormir, non. Se reposer était en revanche nécessaire après deux mois et demi d’efforts sisyphéens, et c’est donc en toute logique que la dernière semaine de travail avant la Coupe du monde a été plus légère. Huget à la conclusion sur son aile. « On sent que la fraîcheur revient, on a diminué les charges de travail, on a diminué tout ce qui était travail physique donc aujourd’hui on sent qu’on est bien, mais on attend le match avec impatience. » Qu’est-ce que ça sera contre les Tonga, alors…