Ntilikina, De Colo et Albicy rassemblés après la victoire contre les Etats-Unis.
Ntilikina, De Colo et Albicy rassemblés après la victoire contre les Etats-Unis. — David Dow / NBAE / Getty Images / AFP

BASKET

Coupe du monde de basket : « Ils n’ont encore rien fait », Les Bleus veulent éviter la déconvenue après les Etats-Unis

Contrairement à 2014, l’équipe de France doit oublier son exploit des quarts de finale pour aller chercher le titre

  • Comme en 2014, l'équipe de France a réussi un immense exploit en quarts de finale
  • A l'époque, les Bleus n'avaient pas réussi à se remobiliser pour affronter la Serbie en demi-finale 
  • Cette fois, les leaders du groupe ont pris conscience du danger dés la fin du match face aux USA

Une idée pour faire dégonfler les Bleus si besoin. Se mater le début de match de la Team USA face à la Serbie dans le match des losers jeudi. 25 points de retard à la fin du premier quart-temps, et une nouvelle défaite pour le pire classement d’une équipe américaine lors d’un championnat du monde. Aucune volonté ici de rabaisser la grosse perf’ de l’équipe de France la veille, mais plutôt de la resituer et de rendre service avant de se frotter à l’Argentine vendredi. Un bel exploit en quarts, et une descente violente en demie, on connaît l’histoire. Remember la grande Espagne tapée chez elle en 2014 avec une équipe de seconds couteaux, puis cette première mi-temps de cauchemar contre la Serbie en demi-finale.

«On a fait une énorme erreur après l'Espagne»

Déjà de la partie, Evan Fournier semble n’avoir pensé qu’à ça depuis cinq ans. Écoutez-le à chaud après les Etats-Unis : « En 2014, on a fait une énorme erreur quand on a battu l’Espagne, on s’est relâchés sur un quart-temps et malheureusement nos rêves se sont écroulés. On ne veut pas refaire la même erreur ». Trois remarques là-dessus:

  • De quelle erreur s’agit-il précisément ?
  • Les joueurs ont totalement conscience du risque de la reproduire
  • Avoir conscience du risque, d’accord, mais comment l’empêcher ?

Répondons dans l’ordre. Florent Pietrus, consultant Canal pour la compétition, était un taulier des Bleus il y a cinq ans. Il s’insurge gentiment contre le discours de son ancien coéquipier. « La demi-finale, on l’avait abordée de la même façon. C’est juste qu’en face, la Serbie c’était très fort. On parle d’une équipe vice-championne du monde et vice-championne olympique. Si on perd, c’est que l’adversaire y est pour quelque chose. On va dire quoi contre les Argentins si on fait un mauvais début ? Qu’on était en surconfiance après avoir dit tout le contraire ? » Notre deuxième témoin, Antoine Diot, est un peu moins catégorique. « On était encore un petit peu dans l’euphorie d’avoir battu les Espagnols, on se voyait déjà en finale contre les US. Après un exploit y a toujours une retombée, tout le monde le sait, même s’il ne faudrait pas ».

Décompression, suffisance, fatigue mentale ? Au fond, peu importe. Ne compte que la parole de ceux qui jouent, et le triumvirat qui porte la France en Chine (Gobert, Fournier, Batum) garde 2014 en travers de la gorge. Chacun a encore en tête le nombre de gamelles de la génération Parker avant la consécration et les médailles, toutes ces qualifs aux JO qui passent sous le nez à cause de non-matchs incompréhensibles.

« Ils nous ont vus déconner, reconnaît Pietrus. Ils ont appris de notre génération. Même s’ils ont gagné, je n’ai pas vu d’euphorie exagérée, ils restent concentrés sur leur objectif, qui est d’aller au bout. Pour eux, ils n’ont encore rien fait ».

Vrai, à l’image de cette séquence « volée » par Canal dans le vestiaire des Bleus après le quart de finale victorieux. On y voit les jeunes et les remplaçants s’enflammer gentiment, esquisser un ou deux pas de danse, avant d’être recadrés par papa Gobert, habitué du grand-monde. « On récupère, on récupère, on boit bien les gars ».

Vincent Collet n’apparaît pas à l’écran, mais on se doute que le sélectionneur n’aura pas passé la journée du jeudi à faire des bisous à ses biceps devant la glace. Antoine Diot imagine le briefing du staff : « Je pense qu’ils vont insister sur la tactique, essayer de calmer tout le monde pour se focaliser sur l’Argentine. Je ne pense pas qu’ils vont revenir sur le match des Etats-Unis ». Ou alors pour le remettre en perspective. Sans faire la fine bouche, il s’agissait d’une version piratée de la team USA, avec une chanson sur deux qui couine, quand l’Espagne de 2014, pour y revenir, présentait sa plus belle armada depuis le siècle d’Or à domicile.

« Il faut se dire que ce n’était qu’une étape vers le Graal final, reprend Diot. Dans l’imaginaire des gens, les USA c’est énorme, mais tous les amateurs de basket savaient que ce serait un match serré qu'on pouvait gagner».

Ne pas trop penser à l'Espagne en finale

Les mêmes amateurs ne s’attendent pas à autre chose contre l’Argentine. Aussi prévenus qu’on puisse l’être du danger d’une toute petite décompression de rien du tout, il reste un match de basket à disputer contre l’un des plus beaux collectifs des vingt dernières années. « Une équipe très très difficile à jouer, avec énormément de grinta, prévient le meneur de l’Asvel. S’ils arrivent à prendre confiance ça devient très compliqué ».

Pietrus n’est pas plus réjouissant : « Honnêtement j’aurais préféré une autre équipe. Les Argentins aiment courir et aller très vite en attaque, il va falloir réussir à les stopper ». Les stopper pour rêver à une énième partie de torgnole contre les Espagnols en finale ? Diot en rêve, mais tout bas et seulement dans son sommeil. « C’est bien trop précipité. Il ne faut pas déjà parler de médaille d’or, c’est là où on peut se tromper ». Ce que les Bleus semblent bien décider à éviter.