Marcelo Bielsa aime beaucoup être pris en photo.
Marcelo Bielsa aime beaucoup être pris en photo. — P. Emile / SIPA

LIGUE 1

Souvenirs de première journée (5/5): «L’impression qu’on m’apprenait un décès!»... Quand Marcelo Bielsa a claqué la porte de l’OM

Avant la reprise, « 20 Minutes » vous invite à vous remémorer les grands souvenirs de 1ere journée dans l’histoire de notre championnat. Aujourd’hui, la démission surprise de Marcelo Bielsa, le 8 août 2015

  • Toute cette semaine avant la reprise, 20 Minutes revient sur les moments marquants des premières journées de l'histoire du championnat de France.
  • Aujourd'hui, retour au 8 août 2015, le jour de l'incroyable démission de Marcelo Bielsa après une anecdotique défaite de l'OM face à Caen.

C’est sans doute quand elle n’est pas là qu’on se rend compte à quel point on l’aime. La Ligue 1 est de retour et afin de fêter le plus beau week-end de l’année, 20 Minutes revient sur les premières journées mémorables de championnat. De lundi à vendredi, nous allons revenir ensemble sur un souvenir marquant de la reprise… Aujourd’hui, la démission de Marcelo Bielsa en 2015.

Un vestiaire silencieux. Stoïque, en apparence. Hagard, en réalité. Quand Marcelo Bielsa a annoncé aux joueurs de l'OM qu’il avait décidé de démissionner, il n’y a eu ni éclats de voix, ni applaudissements. « Rien de spécial, non », raconte Franck Passi, qui était alors l’adjoint d’El Loco. N’allez pas croire que la nouvelle n’a rien fait aux olympiens, battus ce soir-là par Caen (0-1, une magistrale frappe d’Andy Delort). Ils ont juste mis quelques minutes à la digérer.

« Franchement, les joueurs n’ont pas compris ce qu’il se passait. Surtout nous les jeunes, on ne savait pas ce qui se disait en off, qu'il y avait des tensions entre lui et les dirigeants », raconte à 20 Minutes Gaël Andonian, qui était alors en instance de prêt. « Ceux qui étaient là en pensant que travailler avec Marcelo leur permettrait de devenir plus grands étaient déçus », poursuit Franck Passi, qui estime que « l’épisode a grandement perturbé le début de saison. »

« Tout le monde pensait que la deuxième saison serait la bonne »

Un autre membre du staff évoque un « très mauvais souvenir », sans vouloir en dire plus. « Personne n’imaginait qu’il pourrait quitter le navire. Tout le monde pensait que la deuxième saison serait la bonne », souffle un proche du groupe professionnel.

Après l’annonce au groupe, Marcelo Bielsa file en conférence de presse. Les questions défilent, comme d’habitude. « Je lui demande ce qu’il compte faire à l’entraînement dans la semaine après cette défaite, se souvient Emmanuel Barranguet de l’AFP. Il me répond que le programme ne change pas, bref, il fait sa conf' comme si de rien n’était… » Quinze minutes environ de « débriefing » du match. Puis Marcelo Bielsa lance à l’assemblée : « c’est bon pour vous, plus de questions ? » Il déplie un petit papier et lance cette phrase qui appartient désormais à la légende de l’OM : « Acabo de renunciar al cargo que tengo en el Olympique de Marsella » (je viens de démissionner du poste que j’occupais à l’OM). Auparavant, il s'est assuré que le traducteur ne déformerait pas sa prose : « Il m'a fait venir dans son bureau et m'a fait relire la lettre trois fois en suivant avec son doigt, pour être sûr que je puisse bien traduire en Français », raconte Nicolas Faure.

« Même si mon espagnol est lointain et enfoui sous l’italien, je comprends tout de suite, donc je commence à écrire l’alerte », se souvient Emmanuel Barranguet, qui couvrait son premier match officiel à Marseille. « Je savais que c’était un club de furieux et je venais de faire cinq ans à l’AS Rome, donc j’avais des notions… Mais je n’avais jamais vu ça », se souvient l’agencier, « un peu en stress » mais surtout « estomaqué » par l’annonce.

« T’es en mode reprise, et ça s’excite d’un coup ! »

Nicolas Chaix-Bryan, journaliste pour La Chaîne L’Equipe, se souvient lui aussi d’un « immense effet de surprise » : « T’es en mode reprise, un peu détendu, les effectifs sont réduits, il y a beaucoup de remplaçants… Ça s’est excité d’un coup dans la foulée ! »

La nouvelle se propage de la salle de presse à la zone mixte. Le gros des questions porte évidemment là-dessus. « On est déçu d’avoir perdu ce match mais on ne s’attendait pas à une décision pareille du coach », souffle un Florian Thauvin perturbé, en se balançant d’une jambe sur l’autre. « C’est quelqu’un de grand, c’est forcément une grosse perte pour l’OM, c’est décevant pour tout le monde qu’il nous quitte comme ça d’un coup », conclut l’ailier. « Au niveau du timing, ce n’est pas forcément ce qu’on voyait, on ne s’y attendait pas du tout… Mais c’est comme ça », lâche Steve Mandanda.

Discussion tendue Mandanda/Bielsa et balayette de Thauvin

Quelques minutes plus tôt, les caméras d’Objectif Match ont saisi une scène étonnante entre le gardien de but, alors capitaine de l’OM, et Marcelo Bielsa, déjà ex-entraîneur. Une discussion apparemment tendue, qui se termine brutalement. Marcelo Bielsa donne alors une accolade à Vincent Labrune avant de filer dans les couloirs du Vélodrome. La porte se ferme, fin de l’histoire.

Pas tout à fait. La nouvelle commence tout juste à se propager auprès des supporters de l’OM. Et leurs réactions sont démesurées, à l’image de l’amour qu’ils portaient à « El Loco. » Les derniers retardataires dans les virages entonnent des chants pro-Bielsa, notamment le fameux « Bielsa no se va. » Certains sont très énervés. Dans les parkings du Vélodrome, l’ambiance est tendue. Une altercation éclate entre Thauvin et des supporters. Quand on vous disait que l’ailier était perturbé… Il sort de son bolide et décoche une balayette contre un fan qui aurait craché sur sa voiture.

« Comme une rupture », « un deuil », « l’impression d’avoir perdu un être cher »

Tous les Marseillais n’ont pas eu la chance de prendre un taquet de la part de leur joueur préféré. Mais tous ont passé une sale soirée. Notre appel aux témoignages, sur Twitter, nous a permis de recueillir une centaine d’histoires. En voilà la fine fleur :

  • « C’est mon manager qui m’a appris la nouvelle au boulot, j’étais tellement choqué qu’il m’a accordé une pause. » (Florian)
  • « C’était la première de notre émission sur YouTube. On avait peur que ça manque de rythme, qu’on ne trouve pas des trucs à dire. Quand une telle nouvelle te tombe dessus… On était tous sur le cul. » (Nicolas, alias @Pof28)
  • « Une épreuve de la vie ! Apparemment, j’étais livide en recevant la notification. Ma copine me dit "c'est pas grave", je lui ai fait une tirade sur l’importance de ce mec dans ma psyché footballistique. J’étais dégoûté du foot. Et je n’ai pas réussi à finir ma pizza. » (Nicolas)
  • « J’en ai pleuré, véridique ! » (Dan)
  • « J’ai vu qu’un ami avait tenté de m’appeler 17 fois après le match. J’avais déjà un goût pourri dans la bouche après la défaite, mais la démission m’a donné envie de me poignarder le cul. » (Laurent)
  • « On a dû courir pour une bouteille d’eau car ma compagne, enceinte, avait la nausée. Le petit enfant à naître avait aussi le sanglot jusqu’au haut-le-cœur ! » (Nicolas et un ami)
  • « J’ai eu l’impression qu’on m’apprenait un décès. » (Jérémy)
  • « C’était le soir de mes 20 ans, depuis je ne suis plus le même homme ! J’ai bu comme un trou pour oublier » (anonyme)
  • « J’étais sur un balcon face à la mer. J’étais bourré et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps » (Corentin)
  • « Grosse tristesse, l’impression d’avoir perdu un être cher. » (Pierrick)
  • « Comme une rupture amoureuse ! » (Pierre-Marie)
  • « J’étais le premier dans mon car de supporters à l’apprendre. Après quelques secondes de brouhaha, il n’y avait plus un bruit, c’était lunaire. C’était incroyable de faire taire un car entier de supporters ! » (Cédric)
  • « J’avais arrêté la clope. J’apprends la nouvelle par des textos railleurs de potes parisiens. Je descends m’acheter un paquet. » (Nicolas)
  • « Après la défaite, on se disait "c’est pas grave, Bielsa est là !" Donc j’ai vécu les jours qui ont suivi sa démission comme une forme de deuil. Une tristesse infinie. » (Stéphane)
  • « La tristesse me gagne, le coude devient léger. Une bouteille de rhum y passe. J’ai fini avec une inconnue ce soir-là. Grace à Bielsa. Gracias loco. » (Benjamin)

Un divorce, un enterrement et une rencontre. Les premières journées de Ligue 1 au Vélodrome, c’est donc encore mieux qu’un téléfilm sur France 3.