Souvenirs de première journée (1/5): «On est tous resté scotché», quand Jay-Jay Okocha a nettoyé la lucarne de Ramé

FOOTBALL Toute la semaine avant la reprise, 20 Minutes vous invite à vous remémorer les grands souvenirs de 1ere journée dans l'histoire de notre championnat. Aujourd'hui, le scud d'Okocha face à Bordeaux en 98

Aymeric Le Gall

— 

Okocha, lors de sa présentation au PSG à l'été 98.
Okocha, lors de sa présentation au PSG à l'été 98. — DANIEL JANIN / AFP
  • Toute cette semaine avant la reprise, 20 Minutes revient sur des moments marquant des premières journées dans l'histoire du championnat de France.
  • Aujourd'hui, on se remémore le missile de Jay-Jay Okocha dans la lulu de Ramé, lors d'un Bordeaux-PSG en août 98. 

C’est sans doute quand elle n’est pas là qu’on se rend compte à quel point on l’aime. La Ligue 1 est de retour et, pour fêter le plus beau week-end de l’année, 20 Minutes a décidé de revenir sur les premières journées de notre championnat qui sont restées dans les mémoires. De lundi à vendredi, nous allons revenir ensemble sur un souvenir marquant de la reprise… Aujourd’hui, le but incroyable de Jay-Jay Okocha à Bordeaux, en 98-99, lors de son premier match avec le PSG.

Bordeaux, été 98. Alors que les Français ne sont pas encore redescendus de leur petit nuage après la victoire des Bleus en Coupe du monde, c’est déjà l’heure de la reprise du championnat de France. Ce soir-là, qu’ils soient supporters des Girondins, du PSG ou de simples badauds en vacances dans la région, ils sont nombreux à prendre le chemin du Parc Lescure pour assister à la rencontre entre Bordeaux et le Paris Saint-Germain. Mais à cet instant, ils ne savent pas encore qu’ils vont vivre un petit bout d’histoire de ce qui s’appelait encore la D1. Et pourtant.

Fraîchement arrivé au PSG en provenance du Fenerbahçe et auréolé du statut de star, le Nigérian Augustine « Jay-Jay » Okocha, transfert le plus cher du championnat à l’époque (on parle d’un temps ou 100 millions de francs, 15 millions d’euros, valaient encore quelque chose), est l’une des principales attractions de la soirée. Et si Alain Giresse, le nouvel entraîneur parisien, a préféré le faire débuter sur le banc, ce n’est qu’une question de minutes avant que le public de Lescure ne découvre l’une des plus belles patates du foot mondial et assiste, bouche bée, au missile du Nigérien dans la lucarne d’Ulrich Ramé.

« Je me dis qu’elle va s’envoler au-dessus du but »

La mémoire est une affaire de sensations, c’est bien connu. Pour Jean-Philippe, ancien étudiant bordelais de retour au Parc Lescure à l’occasion de ses vacances en Gironde, ce qui reste, c’est un son : « Je me souviens juste du bruit. De l’impact. C’est puissant, mat, ça claque dans Lescure, ça lézarde le stade. » La déflagration vient d’avoir lieu.

Alors que Bordeaux menait tranquillement 2 à 0, Okocha est venu se présenter au public français de la plus belle (ou violente, ça dépend où on se place) des manières. Entré en jeu dans le dernier quart d’heure et sans grande solution au milieu du terrain, le joueur prend les choses en mains. Soyeux techniquement, il dépose deux Bordelais sur le bas-côté et arme une frappe aux 40 mètres. Le reste appartient à l’histoire.

« Je suis juste derrière lui sur l’action et, au moment où le ballon part, je me dis qu’elle va s’envoler au-dessus du but, se souvient Lilian Laslandes, auteur de l’ouverture du score bordelaise dans ce match. Sauf que pas du tout ! Elle redescend à toute vitesse et file sous la barre… Sur le coup, je me détourne presque de l’action pour aller me replacer mais, je ne sais pas pourquoi, je retourne finalement la tête et je vois cette trajectoire folle. Je ne sais pas comment il fait sur le coup, mais il a mis un effet de dingue et la praline termine au fond. Sur le coup, on est tous resté scotché. »

Et soudain, le silence dans Lescure

Depuis son banc de touche, Alain Giresse n’en croit pas ses yeux non plus. Vingt et un an plus tard, la tête qu’il a faite sur le moment est restée presque aussi célèbre que le but en lui-même. Un peu à la manière de Zidane après le retourné de Ronaldo contre la Juve en Ligue des champions, Giresse est bluffé. Il raconte : « C’est quelque chose de totalement spontané. On a beau être entraîneur et avoir un certain recul, on est quand même obligé d’être admiratif face à une telle merveille. Il faudrait vraiment ne pas aimer et ne pas comprendre le football pour rester de marbre face à ça. Je ne me suis pas retenu. Tout Jay-Jay est résumé dans ce but. »

Dans les tribunes, la claque du droit a sonné les esprits. « Je me souviens du silence qui a suivi le but, tout le monde était stupéfait dans le stade », se rappelle Lilian Laslandes. « Le public est resté sans voix, confirme Giresse. Le but était tellement beau que les Bordelais n’ont pas hésité à applaudir ensuite. Le côté partisan s’efface automatiquement quand on assiste à un tel geste. »

Les Bordelais connaissaient la réputation du bonhomme, mais que pouvez-vous faire face à ça ? « Rien, sourit Laslandes. On savait qu’il fallait se méfier de lui sur les coups francs ou quand il arrivait au niveau des 18 mètres. Elie Baup nous avait demandé de monter sur lui quand il avait le ballon dans cette zone pour l’empêcher à tout prix d’armer son tir. Sauf que ce n’est pas au niveau des 18 mètres qu’il aurait fallu monter mais à 40 mètres (rires) ! »

Ramé se fait chambrer

Planté sur sa ligne, Ulrich Ramé n’a pas dû comprendre ce qui venait de lui arriver. « Il n’esquisse pas le moindre geste. C’est trop puissant, il ne pouvait rien faire », le défend Alain Giresse. On aurait aimé lui poser la question mais nos demandes d’interview sont restées sans réponse. Heureusement que Lilian Laslandes est là pour témoigner. Et chambrer : « Au décrassage, les lendemains de match, on avait l’habitude de regarder un peu Téléfoot et quand on a revu la frappe on n’a pas pu s’empêcher de titiller Ulrich. "Alors comme ça on prend des buts de 45 mètres maintenant ? !" (rires) ».

A l’arrivée, si les Girondins s’imposent finalement 3 buts à 1, notre supporter bordelais se souvient surtout d’avoir vu « un extraterrestre » en chair et en os. Un but pour rien mais un but pour l’histoire. Un paradoxe. Pour le coach parisien de l’époque, avec du recul, « on retient plus le but que la défaite. Quand on est face au talent pur, il n’y a rien à dire, rien à faire, il faut juste apprécier. »