«Notre seule ambition, c’est d’exister»... Le FC Saleichois ne voulait pas monter, aujourd'hui il ne veut pas mourir
FOOTBALL•A l’automne 2017, le FC Saleichois avait poussé un coup de gueule très médiatisé car il encaissait défaite sur défaite. Redescendu au plus bas niveau national, le petit club de Haute-Garonne cherche aujourd’hui des joueurs pour ne pas disparaîtreNicolas Stival
L'essentiel
- Le départ de dix joueurs menace l’existence du club de Saleich, dans le piémont pyrénéen.
- Au-delà du sport, cette disparition serait un coup dur pour tout ce village haut-garonnais, peuplé de 400 habitants.
C’est un nouveau combat que livre le FC Saleichois. En octobre 2017, le petit club haut-garonnais s’invitait sans prévenir sur la scène médiatique. Dans une vidéo vue plusieurs dizaines de milliers de fois, le FCS regrettait d’avoir été promu bien malgré lui dans l’équivalent de la douzième division française (sur 13) et d’encaisser rouste sur rouste.
Depuis ce coup de gueule plein d’autodérision, l’équipe est retombée comme elle l’espérait tout en bas de la hiérarchie. Elle a terminé la dernière saison à la sixième place (sur douze) de sa poule de Départementale 5. Plutôt honorable pour un village du Comminges d’à peine 400 habitants, à 90 km au sud de Toulouse.
Mais aujourd’hui, Saleich lutte pour ne pas être de nouveau rayé de la carte du football, comme pendant une vingtaine d’années, jusqu’en 2015 et le pari tenté par une bande de potes. « Entre les signatures dans d’autres clubs, les arrêts et les blessures, nous avons dix départs », détaille Nicolas Worns. « Il ne nous reste que onze joueurs, plus deux recrues, ajoute le gardien de but de 37 ans, qui s’occupe aussi de la com du FCS quand il ne gère pas son entreprise de création musicale. Si nous ne pouvions pas repartir la saison prochaine, ce serait un échec, assez déprimant. »
Le Comminges en cathéter
Le foot à Saleich, c’est donc avant tout une affaire de copains attachés à ce petit coin du piémont pyrénéen, même si certains n’y habitent plus, comme Frédéric Jordan. A 41 ans, le milieu ou défenseur travaille dans l’immobilier à une heure de voiture, près de Toulouse, et s’occupe de la vidéo pour l’équipe de N3 (cinquième division) de Blagnac, dont il gère aussi la page Facebook.
aLe quadragénaire reste toutefois fidèle depuis l’âge de sept ans aux clubs de son Comminges natal, et a signé l’hiver dernier au FCS. « J’y ai retrouvé des copains, d’anciens coéquipiers, explique-t-il. Il s’agit de s’amuser et de finir tous ensemble. » Mais le plus tard possible.
Au départ, les vétérans saleichois envisageaient de s’offrir un dernier tour de piste la saison prochaine, et de préparer la transition en douceur. L’hémorragie estivale a accéléré l’urgence du recrutement. « Si vous cherchez quelque chose de convivial, pas prise de tête, venez !, lance Nicolas Worns. On ne vous jugera pas sur le niveau footballistique. »
« Cela fait du lien social »
« Bien sûr que sur un terrain, on n’a pas envie de perdre, glisse Frédéric Jordan. Mais on est surtout là pour se retrouver ! » Le cas de Saleich parlera à de nombreux villages qui ont vu disparaître leurs clubs sportifs au fil du temps. Si le FCS suivait cette voie fatale, la commune en pâtirait aussi. « Cela fait du lien social », relève le maire Gilles Junquet.
La commune a débloqué de l’argent pour que le terrain de foot dispose d’un éclairage. « On a eu des subventions du syndicat d’électricité, ça a coûté environ 30.000 euros », indique l’élu. Les projecteurs fonctionnent pour l’entraînement du vendredi, mais ne sont pas homologués pour les matchs car « ça aurait coûté au moins 100.000 euros » de travaux, confie Gilles Junquet. Aussi, le FCS joue-t-il les matchs à domicile le dimanche après-midi.
Une épicerie-bar-restaurant comme QG
« Cela fait sortir les gens et c’est bien aussi pour l’épicerie-bar-restaurant, le seul commerce qu’on a réussi à remonter sous forme associative, note le premier magistrat. Un cuisinier et un serveur ont été embauchés, mais cela reste fragile. » Le «Qu’es Aquò» sert aussi de QG pour les troisièmes mi-temps des footeux.
« J’encourage les dirigeants du FCS pour qu’ils tiennent le plus longtemps possible », assure le maire, nostalgique de l’époque de l’Olympique de Saleich (le club de foot précédent du village). « Nous avions deux ou trois équipes mais maintenant c’est plus dur. Certes, il y a pas mal d’associations, mais elles ont du mal à vivre ensemble, et il y a de moins en moins de bénévoles. »
L’espoir demeure
Heureusement, il reste les bonnes volontés. « Ce n’est pas évident tous les week-ends de venir jouer, avec ma fonction au club de Blagnac, reprend Frédéric Jordan. Pour l’avant-dernier match de la saison, j’ai demandé au coach de l’équipe de N3 de pouvoir aller à Saleich, car il y avait tout juste onze joueurs, et il fallait au moins un remplaçant. »
Entre le vieillissement de l’effectif et l’envie de certains joueurs d’évoluer (un peu) plus haut, les temps sont durs pour les footballeurs de la ruralité profonde. Cependant, si la flamme de l’espoir vacille, elle n’est pas éteinte.
« Notre seule ambition, c’est d’exister », assène Nicolas Worns, guère enthousiaste lorsqu’on lui parle d’un rapprochement avec d’autres villages. « Je ne suis pas fan des ententes entre des localités distantes de 20 bornes. Notre histoire, c’est celle d’une bande de copains liés à ce village. » Une bande casanière, mais pas sectaire, qui verrait d’un bon œil quelques volontaires les rejoindre sur le gazon de la Saleich Arena. Avant d’aller refaire le match et le monde autour de quelques verres, au « Qu’es Aquò ».


















