VIDEO. Ligue 1: La voix du Losc a décidé de raccrocher le micro

FOOTBALL Après trente ans passés à animer les matchs à domicile du Losc, Anne-Sophie Roquette, speakerine historique du club, a décidé d’arrêter à l’issue du match Lille-Angers qui se déroule ce samedi (21 heures) au stade Pierre Mauroy

Francois Launay

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Anne-Sophie Roquette a passé 30 ans au micro du Losc
Anne-Sophie Roquette a passé 30 ans au micro du Losc — F.Launay/20 Minutes
  • Anne-Sophie Roquette a passé trente ans à animer les matchs du Losc.
  • La speakerine coupera définitivement son micro samedi à l’issue de Lille-Angers.
  • La voix du Losc en profite pour raconter ses souvenirs à 20 Minutes.

Depuis trente ans, Anne-Sophie Roquette fait chanter des générations de supporters lillois. Première femme à tenir le micro dans un stade de foot en 1989, la voix du Losc a décidé de tirer sa révérence samedi à l’occasion de Lille-Angers, dernier match à domicile de la saison.

La Lilloise de toujours a décidé de passer la main pour profiter de ses petits-enfants. En trente ans de carrière, elle aura animé 664 matchs, vu passer dix présidents, 22 entraîneurs et vécu le meilleur comme le pire avec son club de cœur. Pour 20 Minutes, la voix du Losc a accepté de retracer ses souvenirs au micro.

Le premier match au micro

« Je n’en ai aucun souvenir (rires). Il paraît que ça arrive quand on se met trop la pression. Je ne me souviens ni du match ni de la date. Ça m’est complètement sorti de la tête. Je me souviens juste du casting qu’on m’avait fait faire avant au stade. On m’avait choisi car j’étais animatrice à la radio lors des soirées foot. Pour me tester, on m’avait fait lire la composition d’équipe pour être bien sûr que je n’avais pas l’accent du Nord et que je savais bien parler dans un micro. Mais le match, c’est un black-out total. »

Une femme au micro

« J’étais la première femme. Il fallait oser. J’avais juste demandé un micro HF (sans fil) pour pouvoir me rapprocher des gens. Au début, j’ai eu quelques petites réflexions du style "rentre chez toi" ou "va faire la vaisselle". Dans ces cas-là, j’allais voir la personne et je lui disais. « Ecoute, tu devrais être plus souvent à la maison car tu ne sais pas ce que fait ta femme quand t’es pas là (rires) ». Mais ce n’était pas méchant. Je n’ai jamais souffert de ces critiques. Avec le temps, j’ai prouvé aux gens que j’aimais et que je connaissais le foot. »

Le meilleur souvenir

« C’est évidemment le doublé (en 2011). C’était magique. Le partage avec les gens, la fête à la mairie, le bus à impériale dans les rues… Inoubliable. »

Le match le plus fort au micro

« Lille-Parme en 2001. C’est le match retour du tour préliminaire de la Ligue des champions. On avait gagné 0-2 là-bas et on a perdu (0-1) au retour. Ça reste un match très fort émotionnellement. J’étais sur la pelouse et j’avais l’impression d’être une éponge. J’aspirais les sensations. Tu sentais le stress, la pression, la peur qui venait des tribunes. J’ai une photo chez moi où on a l’impression qu’on vient de m’annoncer la fin du monde. Il y avait 15.000 personnes dans le stade Grimonprez-Jooris mais j’avais l’impression qu’on était 50.000. Ce rugissement qui sortait des tribunes, c’était génial. »

Le plus grand moment de solitude

« J’en ai eu plusieurs. J’ai annoncé un changement pour Auxerre alors que ce n’était pas Auxerre qui jouait contre le Losc. L’équipe adverse jouait en blanc et bleu et je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à Auxerre (rires). Et puis cette saison, fin novembre, je regardais les résultats des autres matchs sur Twitter et je vois que Lebo Mothiba a marqué avec Strasbourg. Lebo a toujours aimé le Losc et je me suis demandé pourquoi on l’a laissé partir. A ce moment-là, arrive un changement pour l’adversaire et j’annonce "Changement pour Strasbourg". Sauf que ce n’était pas Strasbourg… »

Lebo Mothiba brille depuis son arrivée à Strasbourg
Lebo Mothiba brille depuis son arrivée à Strasbourg - SIPA

Le pire souvenir

« La mort de Jordan et Sullivan (deux jeunes supporters) heurtés par un RER à l'issue du match Lille-Lyon, délocalisé au Stade de France en 2009. Je n’aime pas en parler car, à chaque fois, ça me fout les boules (très émue). Ça m’a marquée à vie. Tu t’apprêtes à repartir du stade dans le mini-bus affrété pour les salariés du Losc. Mais on attend les dirigeants un quart d’heure, une demi-heure puis je me décide à aller les chercher. Et là je rentre dans un bureau et je vois des gens en larmes. J’en ai encore la chair de poule. Je n’oublierai jamais. »

Les chouchous

« J’en ai plein mais j’ai mon trio de tête : Yoann Cabaye, Mathieu Debuchy et Stéphane Dumont. Ce sont des Ch’tis que je connais depuis tout petits. Et puis, il y a aussi Eden Hazard, Adil Rami, Johnny Ecker, Sylvain N’Diaye, Flo Balmont, Rio Mavuba, Benjamin Pavard, Martin Terrier… »

Le Lillois Mathieu Debuchy
Le Lillois Mathieu Debuchy - M.libert / 20 minutes

Le président préféré

« Michel Seydoux. Luchin, le stade Pierre-Mauroy, c’est lui. Il restera à jamais gravé dans l’histoire du club. C’est un mec super classe. Je l’appelle "Papa Seydoux". Je l’adore. C’est un monsieur que je respecte et que j’aime profondément. »

Michel Seydoux a dirigé le Losc durant quinze ans.
Michel Seydoux a dirigé le Losc durant quinze ans. - BAZIZ CHIBANE/SIPA

Les entraîneurs préférés

« Il y en a trois. "Coach Vahid" qui me terrorisait. Jusqu’au jour où j’ai commencé à discuter et à rire avec lui. Il y avait Claude Puel aussi. C’est le formateur, celui qui a permis de constituer le groupe qui a été champion avec Rudi Garcia. Rudi fait d’ailleurs partie de cette liste. Je suis très touchée par les critiques qui s’abattent sur lui en ce moment. Les gens ne le connaissent pas. C’est le mec qui m’a fait vibrer et qui a apporté le doublé. C’est une belle personne. »

Rudi Garcia, le 3 mars 2013 à Lille.
Rudi Garcia, le 3 mars 2013 à Lille. - M.LIBERT/20 MINUTES

Le stade préféré

« Grimonprez-Jooris grâce à la proximité du terrain. C’était le vrai stade de foot. T’entendais ce que les joueurs se disaient entre eux. Et puis, c’était mon premier stade. Il y a eu aussi la réussite sportive au Stadium et le vaisseau spatial du stade Pierre-Mauroy qui est un superbe outil. Mais à choisir, le cœur dit Grimonprez. »

Le plus bel hommage

« Il vient de supporters de Saint-Etienne après un match à Grimonprez. Je les avais croisés après le match et ils m’avaient félicité pour l’ambiance en me disant :"On se serait crus chez nous dans le Chaudron". Venant de supporters stéphanois, ça fait chaud au cœur ».

Le chant préféré

« L’hymne du Losc. En 2001, pour anticiper la qualification en Ligue des champions, on m’a demandé de trouver une identité musicale au Losc. On s’est dit qu’on allait reprendre l’hymne à Jean Bart (sur l’air d’Amazing Grace) célèbre chant du carnaval de Dunkerque. On a lancé un appel sur les forums de supporters pour trouver les paroles et un supporter a écrit la chanson. »

Il était une voix

« Je pense que je suis l’une des rares personnes de la région que l’on reconnaît pour sa voix. Quand je vais faire les courses et que je parle à la caissière, elle me dit « c’est marrant mais vous ne seriez pas la voix du Losc ? Vous avez une voix unique ». Je suis consciente d’avoir marqué les gens grâce à ça. »

L’après Losc

« Ça va terriblement me manquer. Les supporters vont me manquer. Mais je vais vite revenir au stade en tant que spectatrice. Le Losc, c’est mon club. Par exemple, je ne raterai pas les 30 ans des DVE (Dogues Virage Est) la saison prochaine. S’ils n’avaient pas été là quand j’ai commencé, je ne serais peut-être plus l’animatrice du Losc aujourd’hui. Quand à l’époque, il y avait maximum 5.000 personnes au stade, il n’y avait que les DVE qui répondaient à mes appels pour encourager l’équipe et dynamiser le stade. Je me dois donc d’être là pour les 30 ans. C’est évident. »