Les supporters du PSG lors du match contre l'OM, le 17 mars 2019 au Parc des Princes.
Les supporters du PSG lors du match contre l'OM, le 17 mars 2019 au Parc des Princes. — J.E.E/SIPA

FOOTBALL

PSG-OM: «L'insulte fait partie du répertoire» des supporters, explique le sociologue Nicolas Hourcade

Le débat fait rage depuis la réaction de la ministre des Sports Roxana Maracineanu à ce qu'elle a entendu lors de PSG-OM au Parc

«L'insulte, volontairement exagérée, fait partie du répertoire» des supporters, il faut en tenir compte pour fixer avec eux des limites à ne pas dépasser, estime pour l'AFP le sociologue Nicolas Hourcade, professeur à l'Ecole centrale de Lyon et membre de l'Instance nationale du supportérisme (INS).

La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a jugé «inadmissibles» les chants des supporters parisiens qu'elle a entendus lors du dernier clasico PSG-OM. Les supporters doivent-ils revoir leurs classiques?

Dans le langage des tribunes, les insultes sont récurrentes. Les ultras rejettent la morale du fair-play. Pour eux, le sport est un combat entre deux camps, où l'on peut discréditer l'adversaire et du coup, l'insulte, volontairement exagérée, fait partie du répertoire. Les ultras oscillent entre humour et agressivité, c'est ce qu'ils appellent «chambrer», ça fait partie de la culture du foot. C'est ça que Nathalie Boy de la Tour (la présidente de la LFP) a voulu dire en parlant de «folklore». La question est: jusqu'où peut-on tolérer les insultes? L'enjeu, c'est de faire un travail avec les supporters sur ces questions-là. Les condamnations morales venues de l'extérieur, ça ne produit pas d'effets. Par contre, discuter avec les acteurs, comprendre cette culture où l'insulte de l'adversaire est profondément ancrée et la violence verbale acceptée, et essayer de fixer ensemble des lignes infranchissables, ça me paraît utile. C'est tout le sens de l'Instance nationale du supportérisme.

Est-ce qu'on a avancé plus vite pour lutter contre les chants racistes que pour les insultes homophobes?

Sur le racisme, il y a eu une prise de conscience de tous les acteurs. Grâce à l'action d'associations comme la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), puis la prise de conscience des autorités publiques et sportives, et des supporters eux-mêmes, qui se sont rendu compte que ce qu'ils considéraient comme du folklore quand certains faisaient des cris de singe à la fin des années 80-90, finalement c'était clairement du racisme. Ce type d'insultes collectives racistes a disparu des stades français, alors qu'elles existent en Italie, en Espagne... Sur l'homophobie, on peut imaginer le même processus, pour être conscient que certains registres d'insulte ne sont pas du folklore mais sont clairement homophobes, par exemple «tel club c'est des pédés». Sur des insultes plus ambiguës, il serait utile de mettre tout le monde autour de la table pour discuter de ce qu'on tolère dans les stades de foot.

Roxana Maracineanu assure qu'elle n'emmènerait pas ses enfants à un clasico PSG-OM? Est-ce que vous comprenez cette position?

Elle pose une question fondamentale, sur ce que doit être un stade, et un stade de foot en particulier. Est-ce que ça doit être un espace parfait, pur, une société idéale où il n'y a pas d'insulte? C'est le modèle que les acteurs du monde du football cherchent à développer actuellement. Ou bien est-ce que c'est un exutoire où s'expriment de manière un peu crue les tensions et les contradictions de la société? Peut-on imaginer une situation intermédiaire, en laissant une certaine liberté de parole tout en fixant des lignes jaunes à ne pas franchir? Quand on dit qu'on ne peut pas emmener les enfants au stade, à ce moment-là on ne les emmène pas à l'école, où le niveau d'insulte est considérable. L'indignation ne doit pas être sélective. Il faut lutter contre le racisme et l'homophobie mais il faut le faire de manière globale, pas en stigmatisant seulement les supporters quand l'ensemble du monde du football doit progresser sur ce plan.