Tournoi des 6 nations: Deux bonnes mi-temps, deux parias et une crise... On dresse le triste bilan du XV de France
RUGBY•C'est l'heure de faire le bilan (pas très glorieux) du Tournoi des 6 nationsWilliam Pereira
Le chemin de croix, l’agonie, la détresse. Appelez-le comme bon vous semble, ce tournoi des 6 nations est terminé, et cette fin arrive à point nommé pour la France. Après une ultime parodie rugbystique samedi (victoire 25-14) dont l’issue favorable relève plus de la maladresse italienne que de l’efficience française, les Bleus terminent à une quatrième place que l’on offrirait volontiers aux Ecossais par respect pour ce beau sport. A six mois de la Coupe du monde au Japon, l’avenir du XV de France est grisâtre et il est bien dur de trouver le moindre rayon de soleil dans le bilan du tournoi 2019.
Deux bonnes mi-temps et le désert
Du grand chelem gallois, on retiendra une chose : tout a commencé par une remontée au Stade de France, après avoir été menés 16-0 par 15 Français en état de grâce. On se souvient de ce soir comme d’hier, imaginant d’avance les moqueries des joueurs tricolores en zone mixte en direction des journalistes coupables de railleries d’avant-match si le score était resté favorable aux Bleus au bout des 80 minutes.
Heureusement pour nous, l’équipe a craqué. Heureusement pour nous, les hommes de Jacques Brunel ont été incapables de produire plus de 40 minutes de qualité par match. A vrai dire, à part l’entame miraculeuse contre le Pays de Galles, sans ballons lâchés ni pénalités bêtement concédées et la seconde période face à des Ecossais orphelins de leurs meilleurs éléments avec bonus offensif à la clé, il n’y a rien à retenir de ce tournoi. Le reste, c’est un match niveau Pro D2 contre l’Italie et deux humiliations en Angleterre et en Irlande. Pas top, quoi.
En coulisses, politique et communication
La désillusion du crunch a secoué grand monde. Les supporters, bien sûr – une pensée émue pour tous les Français d’Angleterre ayant eu à subir les goguenardises locales - autant que ceux qui ont osé ouvrir grand leur gueule après Twickenham. En l’occurrence Lopez et Parra, devenus parias pour avoir émis des doutes sur les méthodes de travail du staff de Brunel. Dans la foulée, c’est la tête du capitaine Guirado que le tandem Serge Simon-Jacques Brunel aurait essayé de faire tomber au profit de Jefferson Poirot.
La bombe lancée par L’Equipe sera désamorcée par le talonneur du RC Toulon à la veille du déplacement en Italie (« il y a eu une grosse remise en question au sein du staff, des joueurs, des relations entre tous. Tous les problèmes ont été posés sur la table et donc, forcément, le rôle du capitaine »). Mais l’idée est là : le conseil des joueurs, la rumeur de l’entrée de Galthié dans le staff Brunel (pas totalement morte à ce jour)… La dérouillée de Twickenham a engendré une partie d’échecs en coulisses dont on ignore à ce jour l’issue.
Les jeunes, le jeu au pied
Coupable désignée en Angleterre, la charnière Parra-Lopez a libéré l’espace pour la jeunesse du tandem Ntamack-Dupont avec plus ou moins de succès. Après un début tranquille contre l’Ecosse, le duo a pris l’eau en Irlande (où personne n’a surnagé) et connu des fortunes diverses face à l’Italie. Dupont a certes inscrit un essai au Stadio Olimpico, mais rien qui ne puisse effacer une prestation par moments aussi gênante que cette foutue passe à l’arbitre. A croire que les seuls sur qui la maladresse et le contexte pesants ne déteignent pas s’appellent Demba Bamba et Romain Ntamack. Ce dernier incarne, de par son intelligence et son jeu au pied, le virage technique que le XV de France aimerait prendre. Au point de forcer le trait et même frôler la caricature (on pense très fort aux nombreux échanges ridicules au pied entre Italiens et Français, incapables de trouver au loin la ligne de touche la plupart du temps).
Quelle marge de manœuvre avant le Mondial ?
Hélas, elle est très mince. Du wattbike, un ou deux mouvements dans le staff de Brunel – on n’exclut pas l’hypothèse Galtié ni le scénario où Simon prendrait le sportif en mains – un peu de travail technico-tactique et des retours/arrivées. De la paire Lopez-Parra au retour de Rabah Slimani en passant par la très attendue première convocation du très fragile Alivereti Raka, Jacques Brunel aura une petite marge de manœuvre avant le premier match au Japon contre l’Argentine. Mais rien qui ne nous fasse croire au miracle.


















