L'entraîneur nantais Thierry Anti.
L'entraîneur nantais Thierry Anti. — Coudert/Sportsvision/SIPA

INTERVIEW

HBC Nantes: «Je n’ai jamais été aussi bon qu’en ce moment, c'est déroutant», peste Thierry Anti

Pour la première fois, le coach du HBCN – non gardé par sa direction au-delà de 2020 – s'exprime

Mardi, il a appris de la bouche de son président Gaël Pelletier que son contrat ne serait pas prolongé au-delà de 2020. La page Thierry Anti va donc se tourner au HBC Nantes. L’entraîneur nantais, arrivé sur les bords de l’Erdre en 2009, s’est longuement confié ce jeudi matin. « Déçu », il a répété ce terme plusieurs fois. Avec derrière lui un fond de musique classique, il a répondu sans fard à nos questions. Sans jamais s’énerver, mais avec fermeté. Entretien.

Comment réagissez-vous à la décision de votre direction ?

Quand je vois marquer certains trucs, ça me fait sourire. Je ne pense pas que j’ai demandé à signer dix ans. Je ne pense qu’ Alberto Entrerrios [qui pourrait lui succéder] va rester dix ans. On ne m’a pas fait de propositions. On m’a dit qu’éventuellement on pouvait me proposer un autre poste… sans être concret sur le salaire, la durée. On m’a proposé un truc comme si je faisais un peu la manche. C’était juste hallucinant et drôle. Gaël [Pelletier] savait que je voulais continuer d’entraîner là ou ailleurs. La seule chose qu’on m’a dite c’est qu’en 2020 c’était fini. Cela fait partie du job. Le club veut passer à autre chose c’est leur choix. Il faut accepter ça quand tu fais ce métier.

Vous êtes amer ?

Je suis déçu. Pendant encore deux ou trois ans j’avais encore beaucoup de choses à faire ici. Parce que j’ai 60 ans, je ne suis plus capable ? Mais, je n’ai jamais été aussi bon qu’en ce moment. C’est ça qui est déroutant. L’âge ne peut pas être un critère de décision. La décision s’est prise sur d’autres choses… Moi, j’ai la pêche, je me sens très fort. Je ne me sens pas largué. Je voulais rester et je pense que j’avais encore quelque chose à apporter à ce club, je ne dis pas 10 ans encore. Mais qui a parlé de 10 ans ? C’est quoi cette connerie ?

Vous imaginiez quoi pour vous à Nantes ?

Je me voyais encore à Nantes pendant 3 ans. Et penser à un autre rôle dans le club ensuite, mais pas stopper le terrain dans l’immédiat.

Le président Pelletier a peur d’aller à l’échec donc préfère anticiper et changer tout de suite de coach ?

C’est n’importe quoi. Depuis 10 ans, beaucoup attendent que les résultats soient moins bons. Mais en dix ans, on n’a pas beaucoup chuté. Pourquoi ça n’aurait pas continué deux ou trois années de plus comme ça ? Quand un mec il a fait ses preuves pendant dix ans… Et avec le changement, l’échec ne peut-il pas arriver dès la première année ? C’est un discours irréel. Ça n’a pas de sens, je ne capte pas ça. Quand j’avais prolongé la dernière fois, ça ne s’était pas si bien passé que ça. Je me doutais bien qu’ici ça allait se finir pour d’autres raisons que celles annoncées. Le plus important est que le club reste à sa place et progresse encore…

De quelles raisons parlez-vous ?

Ça, je ne veux pas en parler… Un jour, j’en parlerai.

Avez-vous un problème relationnel avec Pelletier ?

Euh…. On a fait dix ans ensemble quand même. Disons que ces derniers temps, on ne fonctionnait pas comme avant. C’est tout ce que je peux dire.

Il vous reste un an à faire après cette saison…

Je sais que je suis en contrat jusqu’en 2020. Je me concentre sur la qualification contre Rhein Neckar en Ligue des Champions [8e de finale aller mercredi prochain] et reprendre la deuxième place à Montpellier en D1. C’est mon job. Après, j’ai encore une année de contrat et j’espère qu’on sera encore en Ligue des champions et que ça marchera très bien.

Avez-vous vraiment envie d’honorer votre dernière année de contrat tout en sachant que votre direction ne veut plus de vous au-delà de 2020 ?

Je respecte les contrats, mais ça ne sera peut-être pas si simple. L’avenir nous le dira. Vivons le moment présent et finissons bien la saison. Je suis un coach, j’ai mes défauts, mais je vis toujours un truc très fort avec mon équipe que j’ai construite. Je n’ai pas peur de dire «mon équipe». Je veux garder cette relation forte avec cette équipe qui va exploser dans des proportions importantes. Je veux encore vivre de bons moments avec tous mes joueurs.

Pourquoi dites-vous que l’équipe va exploser ?

Tu vas perdre Claire, Tournat, Lagarde, bientôt Feliho, puis d’autres joueurs. Cette équipe, elle va être chamboulée dans les deux ans à venir.