«On joue douze mois sur douze»... Vis ma vie de pongiste avec Simon Gauzy, numéro 1 français

TENNIS DE TABLE Simon Gauzy, le meilleur Tricolore, vise un deuxième titre aux championnats de France de tennis de table, qui se déroulent jusqu’à dimanche au Mans

Nicolas Stival

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Le pongiste Simon Gauzy vise un deuxième titre de champion de France au Mans.
Le pongiste Simon Gauzy vise un deuxième titre de champion de France au Mans. — L. Gillieron / AP /Sipa
  • Toulousain exilé en Allemagne, Simon Gauzy sera le favori des championnats de France de tennis de table, organisés au Mans entre vendredi et dimanche.
  • Le jeune pongiste de 24 ans, phénomène de précocité, dévoile les coulisses d’un sport chronophage et exigeant.
  • Stoppé net par une hernie discale début 2018, alors qu’il faisait partie des meilleurs mondiaux, Gauzy s’efforce de reprendre sa progression.

C’est une anomalie que Simon Gauzy va tenter de réparer d’ici dimanche, lors des championnats de France de tennis de table au Mans. Malgré la concurrence de Lebesson, Robinot, Akkuzu, Ouaiche ou Flore... Le numéro 1 tricolore n’a été sacré qu’une fois dans son pays, en 2013.

Depuis, le pongiste de 24 ans a calé systématiquement en demi-finale, avant de manquer les deux dernières éditions, pour cause de blessure puis d’agenda très chargé. Car oui, bien au-delà des clichés, un professionnel du tennis de table mène une vie de stakhanoviste.

« Sept jours de repos à Noël, dix en été »

Toulousain d’origine, Simon Gauzy est un Mozart de la petite balle blanche. Il a remporté à peu près tout ce qu’un Européen peut gagner dans ses jeunes années. Le prodige est entré dans la carrière à sept ans, puis il est « monté » dans la capitale pour intégrer l’Insep à 12 ans et demi à peine…

Depuis 2013, après Saint-Denis et Levallois-Perret, l'ancien huitième joueur mondial (en novembre 2017) évolue au TTF Liebherr Ochsenhausen, club d’une petite ville du sud de l'Allemagne peuplée par moins de 10.000 habitants. « On joue douze mois sur douze, explique le jeune papa de Timéo, deux mois. On a juste sept jours de repos à Noël et dix en été. »

Avant les « France », Gauzy a enchaîné les journées de Bundesliga. Après Le Mans, il attaquera les play-offs du championnat allemand – « le deuxième meilleur du monde, après le championnat chinois » – puis l’Open du Qatar et la préparation des championnats du monde (organisés du 21 au 28 avril à Budapest, en Hongrie)…

Les clichés sur son sport ? « Je m’en fiche un peu »

Pour l’humain lambda, le tennis de table s’appelle ping-pong. Il se joue l’été quand on a sorti la table du cabanon et qu’il n’y a pas trop de vent. Un aimable loisir, donc.

« Je peux comprendre les gens, on voit peu notre discipline à la télé, sourit le vice-champion d’Europe 2016 (battu en finale par un autre Français, Emmanuel Lebesson). Tout le monde connaît le tennis de table au camping ou à l’école. On entend toujours les mêmes réflexions, par des personnes qui jouent entre potes avec un verre de vin à la main. Mais je m’en fiche un peu. Je m’entraîne six heures par jour, je gagne très bien ma vie grâce à ce sport. Je sais les efforts que je fais. »

« Une médaille olympique ou mondiale, j’y crois »

Depuis tout jeune, Simon Gauzy est comparé à son glorieux aîné Jean-Philippe Gatien, champion du monde 1993, médaillé d’argent olympique un an plus tôt. Mais l’époque a changé. Depuis 20 ans, seul l’Autrichien Werner Schlager, en 2003, a piqué un titre mondial aux Chinois.

Et pour trouver trace d’un champion olympique non-asiatique, il faut justement remonter à 1992, avec le Suédois Jan-Ove Waldner, bourreau en finale de Gatien. Même des légendes comme Vladimir Samsonov ou Timo Boll n’ont jamais touché le Graal.

« Honnêtement, devenir champion du monde, c’est quasiment impossible. Mais une médaille aux JO ou aux Mondiaux, j’y crois, lâche l'aîné des Gauzy. Avec l’équipe de France aussi. » Pour cela, il faudra que le frère de Paul (22 ans), également présent ce week-end au Mans, soit au top de sa forme. Et constant. « J’ai été absent quatre mois après une opération d’une hernie discale en janvier 2018, au moment où j’étais n°8 mondial, indique l’actuel n° 31. Là, j’ai retrouvé mon niveau mais cela reste irrégulier. »

Son pire souvenir ? Les Jeux de Rio « complètement ratés »

A Tokyo en 2020, Simon Gauzy devrait disputer ses deuxièmes Jeux olympiques. Quatre ans après Rio, dont le Toulousain aura bien moins profité qu’Hubert Bonnisseur de la Bath. « Ces Jeux ont été complètement ratés. En simple, je suis tombé sur un joueur que je n’avais jamais battu [l’Ukrainien Lei Kou] et j’ai encore perdu. Et en équipe de France, j’ai trois balles de match [contre la Grande-Bretagne] pour aller en quart, et je ne les ai pas concrétisés ».

Ce fiasco brésilien reste le pire souvenir d'une carrière déjà enviable, dont il extrait trois faits saillants : la quatrième place lors de la Coupe du monde 2017, avec au passage une victoire sur le Japonais Jun Mizutani (médaille de bronze aux JO de Rio), sa finale aux championnats d'Europe 2016, et le bronze aux Jeux olympiques de la jeunesse 2010. Un deuxième titre de champion de France, dimanche, pèserait un peu moins que ces faits d'armes. Mais il acterait le renouveau de Simon Gauzy.