Tennis: Que vogue la galère après le Top 200 mondial

TENNIS Jade Suvrijn, 464e mondiale, raconte le quotidien compliqué d’une joueuse pro, loin des millions de dollars et des paillettes du top niveau mondial...

Jerome Diesnis

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Jade Suvrijn, défend les couleurs de Montpellier aux Interclubs.
Jade Suvrijn, défend les couleurs de Montpellier aux Interclubs. — Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse
  • 464e joueuse mondiale, Jade Suvrijn est à 23 ans une joueuse confirmée du circuit mondial.
  • La Montpelliéraine évoque un quotidien où tout l'argent gagné sur les circuits français et professionnel est englouti dans les frais (transports, hôtels, restaurants, staff) que demande le circuit professionnel, «même en faisant attention à tout».
  • «Mais à aucun moment je n’ai regretté mon choix. C’est la beauté de ce sport. Le tennis est une quête sur soi-même qui demande beaucoup plus de finesse qu’on ne pourrait le penser…», explique-t-elle

Plus de 100 millions de dollars. Ce sont les gains amassés au cours de sa carrière par Novak Djokovic sur le circuit ATP, sans les revenus publicitaires. Mais pour un Federer ou une Williams, ils sont des milliers à connaître les fins de mois difficiles. La Montpelliéraine Jade Suvrijn, 464e joueuse mondiale au classement WTA, vit à des années-lumière des stars du tennis.

Le quotidien de la tenniswoman, ce sont les tournois ITF, la deuxième division mondiale. Des tournois dotés de 15 à 25.000 dollars, pour ceux qu’elle a choisi de disputer en 2018. « Très peu d’entre eux offrent l’hospitalité », regrette-t-elle. Les joueuses en viennent souvent à partager les chambres d’hôtels pour diviser les coûts. Et il reste encore à payer les billets d’avion ou de train, la restauration, le staff…

« On est souvent seule face à soi-même »

« On est souvent seule face à soi-même… Cette année, j’ai souvent voyagé sans mon entraîneur, faute de budget pour deux, indique Suvrijn. Pourtant, je sens que j’aurais besoin de lui à mes côtés pour progresser, atteindre la 250e place et prétendre aux qualifs des tournois du Grand Chelem. » Son préparateur physique lui envoie les séances à distance. La récupération se fait sans kiné à disposition, tout comme la préparation mentale. La joueuse de 23 ans ne peut bénéficier de son staff que ponctuellement.

Selon une étude de l’ITF, sur les 14.000 joueurs et joueuses qui écument le circuit pro, seuls les 350 hommes et les 250 femmes les mieux classés parviennent à vivre du tennis. « Même en faisant très attention, une année coûte entre 30 et 40.000 dollars. Cette saison, j’ai perdu de l’argent », assure la Montpelliéraine.

Financement participatif et hypothèques

Nombreux sont les parents qui ont financé la carrière de leurs enfants, certains en hypothéquant leurs biens personnels. « Sans soutien, cela me semble compliqué. J’ai fait deux campagnes de financement participatif et jusqu’à l’an passé, mes parents m’ont aidé, reprend la fille de l’ancien footballeur du MHSC, Wilbert Suvrijn. Ce n’est plus le cas. » Tout gérer, seule, c’est son quotidien : « Mais cette partie ne me dérange pas. Gagner en autonomie en dehors du terrain permet de se construire et prendre les bonnes décisions sur un court. »

Aidée financièrement par la fédération quand elle figurait parmi les meilleures jeunes, avant ses blessures, aujourd’hui encore un peu par la ligue régionale, soutenue (en matériel et textile) par son équipementier aux trois bandes, c’est en dehors du circuit pro qu’elle gagne sa vie : en donnant des coups de main à l’activité de son père, en défendant les couleurs de Montpellier aux interclubs et en participant aux tournois du circuit français, bien plus rémunérateur. « Mais tout ce que je gagne, je le remets dans le tennis, sur le circuit ITF ».

La recherche du mécène

Car le circuit pro, lui, ramène des points WTA, indispensables pour rêver. « Ne faire que le circuit français, c’est tirer un trait sur ses ambitions de grimper au classement. Je n’ai plus de problèmes de santé, j’ai déjà atteint la 345e place avant les blessures, je suis sûr de pouvoir atteindre la 250e place mondiale. Je me donne un an à fond, en mettant toutes les conditions de mon côté. Pour y parvenir, je recherche un mécène », conclut la jeune femme. Le nerf de la guerre.

« Pour beaucoup d'entre nous, nous ne gagnons pas notre vie en jouant au tennis, reconnaît la jeune femme. Mais à aucun moment je n’ai regretté mon choix. Malgré de gros moments de doute parfois. C’est la beauté de ce sport. Le tennis est une quête sur soi-même qui demande beaucoup plus de finesse qu’on ne pourrait le penser… »