France-Uruguay: «Il y a tout dans cet arrêt», retour sur la divine parade de Lloris qui a fait basculer le quart du Mondial

FOOTBALL Vous n'avez pas pu oublier cette horizontale de folie sur une tête de Caceres juste avant la pause...

Nicolas Camus

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Raphaël Varane félicite Hugo Lloris après son arrêt sur une tête de Caceres, lors de France-Uruguay en quart de finale de la Coupe du monde, le 6 juillet 2018.
Raphaël Varane félicite Hugo Lloris après son arrêt sur une tête de Caceres, lors de France-Uruguay en quart de finale de la Coupe du monde, le 6 juillet 2018. — CIAMBELLI/SIPA
  • L'équipe de France affronte l'Uruguay mardi soir en match amical.
  • Les deux équipes se retrouvent quatre mois après s'être affrontées en quart de finale de la Coupe du monde.
  • Les Bleus l'avaient emporté, grâce notamment à un arrêt aussi magnifique qu'important d'Hugo Lloris juste avant la mi-temps.

France-Uruguay, quart de finale de Coupe du monde, 44e minute. Le cri du cœur de Grégoire Margotton n’est pas autant resté dans les mémoires que le « second poteau Pavaaaaaaaard » du tour précédent, mais en se repassant l’action pour les besoins de cet article, on pense tout de même avoir perdu un peu d’audition à cause du commentateur de TF1, qui avait deviné qu’il s’agissait là du tournant du match. Et on ne parle ni du but de Varane ni de celui de Griezmann.

Dans le texte, ça donne ça : « EX-TRA-OR-DI-NAIRE parade d’Hugo Lloris, EX-TRA-OR-DI-NAIRE parade », le tout à moitié couvert par le « OOOOHAAAAAHOOOOOUI » d’ado en rut de Bixente Lizarazu. Ça y est, ça vous revient ? Oui, le moment clé de cette rencontre, c’est l’arrêt monstrueux du capitaine de l’équipe de France sur une tête de Martin Caceres, juste avant la pause, alors que les Bleus venaient d’ouvrir le score. Après ça, les Uruguayens ne reverront plus la surface française.

Il y a plein de bonnes raisons de revenir sur cet instant, alors que les Bleus retrouvent les Sud-Américains mardi soir au Stade de France. D’abord, cela permet de mettre en avant le gardien de Tottenham, le seul à maintenir son niveau de l’été en sélection depuis la rentrée.

Et puis ça ne fait jamais de mal de se replonger dans les jolis souvenirs de Russie, alors que l’équipe de France va en terminer avec cette année 2018. Ce 6 juillet, à Nijni-Novgorod, Hugo Lloris avait donc sorti une parade de folie. Celles contre l’Australie ou la Belgique n’étaient pas mal non plus, mais c’est celle-là qui restera. D’ailleurs, personne dans son entourage n’a besoin de revoir la vidéo pour en parler. « J’ai pensé qu’il y avait but, et puis non. C’est un arrêt à la Gordon Banks, s’enflamme son ami Cédric Messina. La compétition, le moment, le scénario, il y a tout dans cet arrêt. C’est ce genre de geste, dans une Coupe du monde, qui vous fait passer à la postérité. »

« Sur le moment, je me dis "waouh" ! », retrace Bruno Valencony, son entraîneur lors de ses débuts, à Nice. Ce dernier est resté scotché, mais assure ne pas avoir été surpris. « Je sais ce qu’il est capable de faire, dit-il. C’est vraiment un arrêt à la Hugo, il a la capacité d’aller chercher des ballons que peu de gardiens peuvent ne serait-ce que toucher. »

L’ancien gardien de Bastia et de Nice détaille le pourquoi du comment : « Il est capable de se mettre vite en situation pour jaillir, grâce à une vitesse d’exécution au niveau des pieds qui est phénoménale, et puis un sens de l’anticipation au-dessus de la moyenne. Et quand il se relève ensuite pour aller devant Godin [le défenseur uruguayen qui menaçait de reprendre le ballon], il faut être costaud niveau gainage, abdos et reprise d’appuis. Là-dessus, c’était vraiment fort. »

A chaud, après la rencontre, les Bleus avait salué l’artiste.

  • Mbappé : « J’étais limite en train d’aller chercher le ballon [pour aller donner le coup d’envoi], franchement c’est impressionnant cette parade. »
  • Deschamps : « Ce n’est pas un arrêt, c’est presque un but. »
  • Varane : « C’était du grand Hugo, un arrêt incroyable. Il a été très agile, très vif. Quand je vois passer le ballon, je pense qu’il va au fond et lui a cette détente qui nous sauve avant de se jeter dans les pieds de Godin… C’est génial de pouvoir compter sur un gardien de ce niveau. L’avoir derrière, c’est rassurant, ça nous transmet de la sérénité. Il faut lui dire merci, c’est tout. »
Hugo Lloris est en train de nous sauver la mise à cet instant précis.
Hugo Lloris est en train de nous sauver la mise à cet instant précis. - Johannes EISELE / AFP

L’intéressé, lui, avait à peine lâché que c’était « bien sur le plan individuel ». Avant de revenir sur la performance collective, évidemment. « Il a du mal à parler de ses performances, explique Cédric Messina. C’est quelqu’un de modeste et humble, avec une profonde notion de groupe. C’est pour ça d’ailleurs qu’il a été capitaine dans toutes les équipes où il est passé. »

Quand on lui en parle ? « Il rougit et il passe à autre chose »

Apparemment, même en petit comité et avec le recul, Lloris n’a pas passé ses journées à raconter ce moment. Ni ses nuits à le regarder discrètement en boucle sur Youtube. « Ce serait mal connaître le personnage que de penser qu’il s’arrête encore là-dessus, reprend son ami. Regardez son compte Instagram, vous ne trouverez pas de photo de cet arrêt avec un commentaire genre "c’était super, quel souvenir !". Même quand on lui dit "mais quand même, celui-là il sort de nulle part", il rougit et il passe à autre chose. »

En fait, on comprend à travers ce témoignage que le gardien considère cette parade comme un petit caillou menant à un truc beaucoup plus grand. « La reconnaissance de ses pairs, il l’avait déjà. En revanche, il vivait mal le fait de n’avoir jamais remporté de trophée majeur », confie toujours son camarade. Après la Coupe de France 2012 avec Lyon, Lloris est allé directement chercher le plus beau. Ça, ça valait bien une photo sur Insta.