Arsenal, Barcelone, Nantes... Ce que les modèles de Thierry Henry nous disent de sa conception du foot

FOOTBALL Ce que nous disent les modèles de Thierry Henry sur sa conception du foot...

William Pereira

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Thierry Henry et ses influences
Thierry Henry et ses influences — FREDERICK FLORIN / AFP

L’Europe, six ans plus tard. La dernière fois qu’on a vu Thierry Henry en Ligue des champions, c’était un 15 février 2012. Ce soir-là, Ibrahimovic, Boateng, Robinho et la clique du Milan AC avaient collé un 4-0 sans pitié à Arsenal, synonyme – pense-t-on – d’adieux du Français à la C1. Mais Titi a le goût de la chose bien faite, donc il revient sur la piste aux étoiles mercredi, dans son nouveau costume d’entraîneur de Monaco. Quoi de plus logique, finalement, que de renouer avec l’Europe pour un homme formé en France, brillant en Angleterre passé par l’Espagne puis la Belgique et dont l’idole ultime est néerlandaise (Cruyff) ?

Cet héritage, ces influences footballistiques de divers horizons, le nouveau coach n’a pas manqué de les évoquer à l’occasion de sa présentation à Monaco la semaine dernière. Avec, sans surprise, deux noms qui ressortent.

J’ai beaucoup appris de mes différents entraîneurs. Il y a évidemment Arsène [Wenger], il m’a appris ce que c’était d’être un grand professionnel. Il a éclairci beaucoup de choses dans mon esprit. Pour moi, c’est la référence. Pep Guardiola est aussi une référence. On parlait beaucoup de jeu avec lui, on en parlait jusqu’à pas d’heure. Avec lui, tu peux parler football autant que tu veux, il n’ira pas dormir, et même si toi tu t’endors, il continue de te parler football. »

Eloge à Pep auquel on peut en greffer un autre, livré sur le plateau de Sky Sports, des mois auparavant : « J’ai appris une nouvelle fois à jouer au football, à 30 ans [avec Guardiola]. Je voyais le jeu différemment, je comprenais l’espace, la façon d’occuper une position. Même quand on faisait des pauses à l’entraînement pour boire… il faut que tu coures pour venir, que tu coures pour aller reprendre l’exercice. Tout était calculé au détail près. »

En France : Suadeau, Filho, Denoueix…

Moins attendues (mais pas forcément surprenantes) sont les références françaises (hors Wenger) mentionnées par Titi lors de la même conférence de presse :

Beaucoup de gens m’ont inspiré en France… je citerais Suaudeau et Denoueix. Jouer à une touche de balle, ils ont inventé la transition. Leur FC Nantes est une inspiration pour moi. Je n’oublie pas Clairefontaine non plus, et des gens comme Claude Dusseau et Francisco Filho. »

Donc en gros, la liste des mentors de Thierry Henry ressemble vaguement à « ça » si on s’en tient aux propos du Français (classés par ordre d’importance).

La galaxie Henry
La galaxie Henry - FREDERICK FLORIN / AFP

Vu que le haut de la pyramide est du genre inaccessible, on s’est attaqué aux étages inférieurs de la fusée pour comprendre pourquoi Titi voue un culte au jeu à la nantaise et porte toujours un regard affectif sur ses éducateurs de l’INF. Coup de bol pour nous, Francisco Filho (qui, après Henry à Clairefontaine, a connu CR7 à Manchester) et Raynald Denoueix ne se trouvaient pas trop loin de leur téléphone quand on les a appelés.

  • Francisco Filho : « C’est une question prétentieuse, de demander ce que j’ai pu apporter à Thierry Henry. Ce qui est normal quand on entraîne un jeune, c’est qu’on est aussi éducateur parce qu’un garçon de 12 ans passe six jours par semaine loin de ses parents. C’est pas qu’on les remplaçait, mais on était beaucoup avec lui. J’ai essayé de le former à ne pas avoir peur de faire des erreurs. Maintenant, je pense que ça fait partie de sa philosophie… il fera progresser ses joueurs. Thierry Henry, c’est l’homme dans le jeu. Il ne s’intéresse pas qu’au football, il est curieux de tout, il est intelligent. Et ça, c’est très important. »
     
  • Raynald Denoueix : « Les seules occasions que j’ai eues de parler avec Thierry Henry c’est quand j’étais consultant pour Canal à l’époque où ils diffusaient la Liga et où il jouait au Barça. Assez souvent, c’était à la fin des matchs, c’était bref, rien qui nous permette de vraiment débattre sur le jeu. Avec Eto’o, ils venaient nous parler en flash interview mais c’était toujours, trois, quatre minutes, ils étaient très pris. C’était le jeu. Mais je sais qu’il écoutait mes commentaires, il me le disait. »
     

Jeu à la nantaise, mythe de la transition et idéal collectif

Si ce n’est pas en théorisant sur le ballon avec les bâtisseurs du jeu à la nantaise, c’est en regardant les Canaris jouer qu’il s’en est épris. Pas étonnant, d’après Filho, dans la mesure où le Nantes de 95 était « ce qui se faisait de mieux en France à l’époque. » Denoueix y voit plus modestement un attachement à une certaine idée du collectif. « Nantes, il y pense en tant qu’idée, en tant que philosophie de jeu. »

L’ancien coach de la Real Socieadad réfute en revanche la paternité du jeu de transition (« un mot très à la mode » se moque presque Francisco Filho) qu’octroie Henry au FCN de la grande époque.

Le concept, il est vieux comme le monde. On a toujours essayé de prendre l’espace dans le football, au fur et à mesure qu’on progresse et que ce sport évolue, il y en a de moins en moins. La différence, c’est que maintenant les espaces sont ouverts pendant trois secondes et donc il faut aller très vite pour les exploiter. Moi je pourrais citer Helenio Herrera comme père de la transition. Je suis sûr que beaucoup de gens ne savent plus qui il est alors qu’il a marqué toute une époque. »

Difficile de couper la parole du très cher Raynald quand il vous livre une masterclass sur le beau jeu au bout du fil. Mais on finit par revenir à nos moutons. Henry, sa conception du football, ses influences, vous vous souvenez ? Selon Denoueix, il y a l’idée d’un dénominateur commun entre Nantes et Arsenal/Barcelone, où Titi a joué : « le collectif. Pendant un temps à Arsenal, l’idée de Wenger était d’avoir une certaine maîtrise, un contrôle du ballon et une projection vers l’avant. Barcelone, Henry y jouait quand le collectif était la priorité. C’était aussi la priorité à Nantes. »

Une phrase d’Henry sur le plateau de Sky Sports nous fait croire qu’il y a plus que ça, que Coco, Arsène et Pep l’ont fasciné tant par la qualité intrinsèque du jeu prôné par leurs équipes que par le fait que ces modèles aient réussi à entrer dans la postérité :

Ce qui m’a marqué lorsque je jouais pour Arsenal, c’est que les gens parlaient de notre façon de jouer, non pas de ce que nous avons gagné, mais de la façon dont nous l’avons fait et comment Arsène a fait d’Arsenal un club connu dans le monde entier. »

Retour sur Terre. Dans quelle mesure retrouvera-t-on ces idées dans le Monaco de Thierry Henry, sachant qu’il dispose d’un effectif (au moins temporairement) limité, qu’il a la guigne (cf le match contre Strasbourg) et que le seul indice laissé à notre disposition sur son projet de jeu est une phrase tout ce qui a de plus flou (« tout dépendra de la situation du match ») ? Francisco Filho dit le savoir mais ne veut pas trahir le secret de son ancien protégé. « Moi tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on ne va pas s’ennuyer à Monaco », sourit le Brésilien. L’Europe demande à voir.