Programmé pour la gagne par son père et Wenger... Comment Thierry Henry va appliquer sa rigueur à Monaco

FOOTBALL Thierry Henry est connu pour être une personne très, très rigoureuse…

William Pereira

— 

Thierry Henry, époque Belgique
Thierry Henry, époque Belgique — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

L’air décontracté, sourire en coin, Thierry Henry observe. Les images de la première séance d’entraînement dirigée par le Français à la Turbie, lundi, proviennent de l’AS Monaco et reflètent l’image d’un coach cool, proche de ses joueurs, dans la lignée de ce qui a pu être observé en Belgique pendant son taff d’adjoint de Roberto Martinez. Un vent de fraîcheur serait-il en train de souffler sur le Rocher ? Il faut se méfier des apparences, elles sont trompeuses. A qui penserait que Leonardo Jardim a laissé sa place à un homme moins strict, nous disons ceci : Thierry Henry était un joueur extrêmement exigeant et le sera peut-être autant sur un banc de touche. L’inverse serait même étonnant.

Pour comprendre, il faut voyager dans le temps et se poser au bord du terrain de Viry-Chatillon un week-end perdu quelque part entre 1991 et 1992. Ou s’être délecté de l’interview de Thierry Henry sur Canal + en 2017 : « Viry-Châtillon contre Sucy-en-Brie. Coup d’envoi : 16 heures. On gagne 6-0, et je mets les six buts. De Viry-Châtillon à Orsay où j’habitais, mon père m’a sorti toutes les erreurs que j’avais faites dans le match. S’il m’a conditionné ? T’imagines. » Ce père s’appelle Tony, et par la main de son fils, c’est aussi un peu lui qui entraînera l’ASM. Car le rejeton n’est pas le seul à penser que sa vie s’est construite autour de la figure paternelle.

Luc Sonor (coéquipier à l’AS Monaco) : « Thierry Henry est très exigeant depuis qu’il est très jeune, ça vient de son son père qui a toujours été très strict avec lui depuis qu’il est petit. Quand il venait du centre pour s’entraîner avec nous, il traînait avec Lilian Thuram et moi. On sentait qu’il en voulait. »

Jonathan Zebina (coéquipier à l’US Palaiseau et Viry-Châtillon) : « A l’époque, l’exigence venait énormément de son père, c’est lui qui lui inculquait cet état d’esprit au quotidien, ce qui est logique puisqu’on était encore trop jeunes pour que ça vienne de nous-mêmes. Quand Thierry marquait quatre buts, son père Tony était toujours là pour lui faire la liste des occasions qu’il avait ratées auparavant. »

Grégory Benarib (coéquipier à Versailles, coach des séniors de l'ACBB​) : « Il avait cette rigueur, cette ambition, cette hygiène de vie… Il était pas mal conditionné par son père qui a su lui indiquer le chemin à prendre pour y arriver. Son père était là tout le temps, à domicile, à l’extérieur, il épiait ses moindres faits et gestes pour le maintenir dans le droit chemin. Ensuite, Thierry a eu la maturité pour traverser tout ça. »

Quand Anderson et Madar bizutaient Henry à Monaco

Puis Titi grandit, fait des rencontres (car dans la vie, l’important c’est de faire des rencontres), en commençant par sa seconde figure paternelle, non moins autoritaire. « Arsène Wenger. Il fait partie de ceux qui ont aussi aidé Henry à se façonner autour de la rigueur », confie Sonor. Mais pas le seul. « Il a aussi eu la chance d’être formé auprès de grands attaquants de l’ASM qui ont renforcé cet état d’esprit ».

Et c’est toujours Henry qui en parle le mieux. « A Monaco, quand je centrais mal devant le but pour Sonny Anderson ou Mickaël Madar, ils frappaient les ballons au-dessus des barrières de La Turbie. Et devinez qui devait chercher les ballons ? David Trezeguet et moi », raconte-t-il dansThe Guardian. La chance. 

A force de corvées du genre auxquelles on ajoutera le transport de sacs d’équipements imposé par Jean Tigana à son retour du Mondial 98 pour le faire redescendre de son statut de champion planétaire, la discipline se mue en autodiscipline. Du genre à faire passer Mark Landers et ses frappes contre les vagues pour de la zumba. « Quand j’étais un jeune de l’équipe et qu’on devait prendre le car à 10 heures, j’arrivais deux heures plus tôt pour être sûr de ne pas le rater. Je restais là deux heures debout et je ne m’asseyais pas jusqu’à ce qu’on m’y autorise. »

« Pour moi, c’est un coach qui va ressembler à Wenger dans sa manière de tenir fermement le groupe et dans ce qu’il attendra de ses joueurs », croit deviner Luc Sonor. La manière dont Thierry Henry - époque FC Barcelone - en visite à la Turbie a recadré des jeunes Asémistes désinvoltes une décennie plus tôt nous donne en tout cas une certaine idée de son attachement au respect de la hiérarchie.

Mais est-ce bien judicieux d’être « à la Wenger » en 2018 ? Cette rigueur d’un autre temps est-elle compatible avec le football actuel ? « Effectivement ça peut fatiguer ou irriter certains joueurs à la longue », concède l’ancien défenseur monégasque. Benarib ne, lui, ne s’en inquiète pas outre mesure (« il a encore du crédit sur sa carrière, il a raccroché les crampons il n’y a pas si longtemps, donc les joueurs se rappellent de lui. Il sera écouté »). Quant à Zébina, il considère presque vitale la présence d’une figure forte dans le contexte de l’ASM.

Monaco, c’est un endroit tranquille ou il n’y a pas trop de pression. Mais c’est un club ambitieux, donc vous avez besoin de caractère. Comme ce n’est pas le public du Louis II qui va vous l’apporter, ça doit venir de là-haut. Et là-haut maintenant, c’est Thierry Henry et sa rigueur. »

Thierry Henry, passion football

Et puis, soyons honnêtes. Réduire le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France à sa sévérité serait incorrect, tout comme il est faux d’analyser la relation que fut jadis celle entre Tony et Thierry sous le seul prisme de la tyrannie. Jonathan Zebina : « quand même il faut le dire, il y avait des "bravos". Son père a toujours été son premier supporter, c’était d’ailleurs marrant à voir comme d’un côté il pouvait mettre son fils devant le fait accompli quand il ratait et comment de l’autre il pouvait être le premier à le défendre quand son fils était critiqué. C’est un père qui a toujours été malade de son fils. »

De fait, Thierry Henry est un savant mélange de rigueur et de passion. Zebina évoque « son amour du jeu, » Sonor abonde : « avec nous, il ne parlait que de football. Il voulait en savoir plus sur tel ou tel aspect du jeu, sur telle ou telle tactique, il te posait mille questions. »

Il bat finalement même les meilleurs journalistes en termes de connaissances sur ce sport. Il sait qui a créé le football, il sait quel est le premier martien à avoir joué au football, se marre l’ex défenseur de la Juve. Il aime le jeu dans sa culture aussi bien que sur ce qui se passe sur le terrain, la tactique, etc. Thierry sera suffisamment intelligent pour s’effacer, pour parler de jeu avec ses joueurs. »

Séduire un vestiaire en parlant foot, le nouveau coach de l’ASM connaît. C’était déjà sa manière de procéder avec la Belgique. « Ce qui m’a marqué chez lui, c’est sa capacité à se focaliser sur les séances d’entraînement. Il était à fond dedans. Il nous montrait pas mal de vidéos avec ses séquences de jeu bien précises. C’est un pro à tous les niveaux », racontait cet été au Parisien Michy Batshuayi. Finalement, c’est peut-être Luc Sonor qui résume le mieux ce à quoi ressemblera le Thierry Henry entraîneur. « Sa rigueur, il saura l’inculquer, il saura hausser le ton quand il le faudra. Mais c’est aussi un garçon adorable, gentil. Il ne faut pas l’oublier. »