Coupe du monde 2018: Neymar est-il le joueur le plus insupportable de l'univers (et peut-il être soigné) ?

FOOTBALL Le Brésilien agace le monde entier avec ses exagérations et ses simulations en tout genre…

Julien Laloye avec A.G. et W.P.

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Neymar après une amputation sans anesthésie.
Neymar après une amputation sans anesthésie. — SAEED KHAN / AFP

De notre envoyé spécial,

Vincent Kompany causait de la pluie et du beau temps depuis une petite demi-heure, quand un confrère brésilien a fini par s’y coller. La formulation de sa question, en substance : « Neymar est très critiqué par les médias internationaux pour la façon dont il réagit aux coups et aux fautes qu’il reçoit. Vous avez déjà réfléchi à ce que vous allez lui dire ou ce que vous allez faire quand il va se rouler par terre devant vous vendredi ? Le défenseur belge qui se marre et qui lui relance comme un boomerang : « Qu’est-ce que tu voudrais que je fasse ? Tu es brésilien, c’est ça ? Qu’est que t’en penses ? T’as peur de me répondre, hein ? » Avant de conclure plus sérieusement : « Honnêtement, Neymar, je m’en fiche ».

La colère des Mexicains… Et de tous les autres

Pas le cas de tout le monde, pourtant. L’attaquant parisien n’a pas joué pendant trois mois, mais il n’a mis que trois matchs à devenir le joueur le plus insupportable de la Coupe du monde. En cause, sa propension à simuler une exécution à bout portant à chaque fois qu’un adversaire vient lui souffler dans la nuque. Une chaîne de télévision suisse a calculé que l’ancien barcelonais avait déjà passé 14 minutes au sol depuis la Suisse. Trois scènes parmi d’autres pour imager tout ça :

  • Un plongeon éhonté contre le Costa Rica après qu’un défenseur l’a un tout petit peu poussé du bras, pour un penalty finalement déjugé par la VAR
  • Un roulé-boulé proche du record du monde de la spécialité face à la Serbie, alors que la faute du latéral adverse était bien moins dangereuse que spectaculaire
  • Une exagération Actor’s Studio sur le bord de la touche face au Mexique quand Layun, pas clair non plus, vient appuyer légèrement sur sa cheville en lui prenant le ballon des mains. Encore plus mal joué que la mort de Marion Cotillard dans Batman, pour vous donner une idée.

Cela se passait sous les yeux de Juan Carlos Osorio, et le coach mexicain, rendu moins clairvoyant par la défaite, n’a pas pu se retenir. Il a sorti la mitrailleuse Browning pour se payer Neymar.

Je pense que c’est une honte pour le football, nous avons perdu beaucoup de temps à cause d’un seul joueur, à cause de l’arbitrage, qui a trop souvent arrêté le jeu, pour trop de fausses fautes, par exemple quatre minutes à un moment. C’est un mauvais exemple pour le monde et tous les enfants qui regardent le match. C’est un sport d’homme, pas un sport de clowns »

Un petit regret au passage. Neymar était prêt à envoyer de la punchline à son tour, mais Tite l’a retenu du bras lors de la conférence de presse d’après-match, où le Brésilien est venu accompagner son coach pour récupérer son trophée d’homme du match. « Ce n’est pas à Neymar de répondre ça. Les joueurs répondent aux joueurs, les techniciens répondent aux techniciens ». On y reviendra.

Une certitude. Le courroux pour la première fois exposé publiquement par Osorio a permis d’ouvrir les vannes. Tous les consultants se sont engouffrés (en Russie, on dit « légendes Fifa »), de Maradona à Cantona. Deux remarques piochées dans le tas.

Alan Shearer

Il est absolument pathétique. Il n’y a aucun doute sur son talent, c’est un joueur magnifique… Mais c’est vraiment pathétique quand il se roule par terre comme s’il agonisait »

Peter Schmeichel

C’est incroyable qu’il ait été élu homme du match. La Fifa doit s’occuper de ça. La manière dont il s’est comporté contre le Mexique, c’est une honte, je n’ai pas d’autres mots. On aurait dit qu’il allait mourir à chaque fois qu’on le touchait. Tous les enfants du monde le voient faire et ce n’est pas une bonne nouvelle pour le football ».

Même au Brésil, la mère patrie, on commence à de lasser des sauts de cabrie de la star. Felipe Saad, le défenseur brésilien de Lorient : « Il a été très critiqué au Brésil, par tout le monde. Après les deux premiers matchs, les gens n’en pouvaient plus de ses roulades, de sa volonté de toujours avoir le ballon. Une cassure s’est faite aussi avec le commentateur de Globo TV, Galvao Bueno. Il était pourtant l’un de ses premiers supporters. C’est lui qui a accompagné toute la carrière de Ronaldo, c’est lui qui fait l’opinion des Brésiliens, il est très écouté ». On a évidemment essayé de passer un coup de fil à ce barman de génie qui avait décidé d’offrir des verres gratuits à ses clients à chaque fois que Neymar plongerait comme si sa vie était en jeu. Hélas, le bonhomme a dû faire faillite, il ne répond plus.

Un peu de transparence, maintenant. Une espèce de front de défense a commencé à s’organiser, autant par patriotisme que par conviction. Après tout, Neymar est le joueur qui subit le plus de fautes depuis le début de la compétition (23), et il revient d’une grave blessure à la cheville. Cela peut expliquer qu’il cherche parfois à amplifier le contact avant qu’il ne se produise, de peur de se faire réellement mal.

Murcy Ramalho, le coach qui l’a lancé à Santos

Les gens ne voient que le mauvais côté de Neymar, ils ne voient que ses chutes, que ses cris. Mais il faut aussi voir le temps qu’il passe à prendre des coups, le nombre de fautes qu’il subit à chaque match. Neymar c’est un talent phénoménal et donc un traitement spécial. C’est celui qui prend le plus de coups pendant cette Coupe du monde. C’est difficile d’être dans sa situation. Donc je pense qu’il faut prendre le problème dans sa globalité et ne pas seulement dire qu’il est insupportable ».

Le problème qui va finir par se poser ? Quand arrivera le moment où l’attitude du Parisien finira par pénaliser son équipe. Vous savez, la faute dans la surface qui existe mais qui n’est pas sifflée par l’arbitre parce que celui-ci commence à être lassé comme tout le monde. Encore mieux : les adversaires qui en jouent jusqu’à sortir Neymar du match et lui faire péter une durite à un moment ou un autre. L’idée n’empêche pas Tite de dormir : « Il s’est amélioré sur le plan émotionnel. Quand vous perdez votre énergie dans des situations qui ne concernent pas le jeu, ça ne sert à rien.. Il adore jouer, il adore dribbler, il aime provoquer les joueurs individuellement, ce n’est pas un pêché, c’est l’essence du Brésil. Laissons-le jouer ».

Le Ballon d'Or en ligne de mire

Qu’en pense ledit Neymar, puisque c’est lui qui a les clés ? Il en lâche le moins possible et ne s’arrête jamais en zone mixte. Une seule réflexion pertinente après le Mexique : « Je me moque des critiques, et je ne m'occupe pas de celles de la presse non plus. Je pense que c’est plus une tentative pour me déstabiliser qu’autre chose. Je ne veux pas me faire remarquer autrement que sur le terrain, je suis un joueur. Je progresse, je savais qu’il me fallait du rythme et aujourd’hui je me sens bien mieux ».

La montée en puissance est indéniable depuis ce premier but et la délivrance contre le Costa Rica. Sans doute l’attaquant brésilien sait-il ce qui est en train de se jouer, alors que Messi et Ronaldo ont déjà disparu de la photo. Rien de moins que le futur Ballon d’Or, si le Brésil va au bout. Si ça doit passer par dix simulations honteuses de plus, le gars a l’air de s’en cogner complet. Felipe Saad confirme. « A l’international, je crois qu’il ne fera jamais l’unanimité. Et en même temps, j’ai l’impression qu’il assume sa façon de vivre [sous-entendu : ses tatouages, ses copains qui le suivent partout…], d’avoir une vie très exposée, sans faire hyper attention à être aimé. Sa priorité, c’est de jouer au foot et de gagner de l’argent ». Avec un peu de cinéma au milieu, quand même.