Mathieu Hiltenbrand (à gauche) et Yves Vorburger (à droite) sont les premiers français à prendre part à un ironman en duo, en Allemagne ce dimanche.
Mathieu Hiltenbrand (à gauche) et Yves Vorburger (à droite) sont les premiers français à prendre part à un ironman en duo, en Allemagne ce dimanche. — B. Poussard / 20 Minutes.

AVENTURE

Alsace: Handicapé, un ancien triathlète va prendre part à un ironman tracté par un ami

Ancien triathlète longue distance touché par une maladie rare et dégénérative cinq ans plus tôt, un Alsacien va prendre de nouveau prendre part à un Ironman grâce à la force d'un ami sportif un peu fou...

  • Ce dimanche à 6h30, un triathlète prendra le départ de l’ironman de Roth (Allemagne) avec son ami Yves Vorburger atteint, à 57 ans, d’une maladie rare.
  • Ancien athlète habitué aux longues distances, cet Alsacien a vu une polychondrite atrophiante lui tomber dessus cinq ans plus tôt.
  • Alors qu’il ne pensait plus prendre part à une épreuve sportive, ce défi partagé en duo avec Mathieu Hiltenbrand lui redonne « en énergie ».

« Il a cru que je déconnais, c’est mal me connaître. » Matthieu Hiltenbrand, 40 ans, a tenu parole. Ce dimanche à 6h30, il prendra le départ de l'ironman de Roth (Allemagne) avec son ami Yves Vorburger atteint, à 57 ans, d’une maladie rare. Tracté dans un canot pneumatique en natation, ce dernier sera ensuite poussé à vélo et en course à pied.

Un peu comme dans le film De toutes nos forces, finalement. Une production inspirée de la folle histoire d'un père et son fils (handicapé) américains à Hawaï. Mais une première pour des triathlètes français ! Et dans des conditions attendues très chaudes, pour ne rien faciliter. Le défi, lui, a pris forme en quelques mois seulement.

Un ancien triathlète touché par une maladie rare

Comme Matthieu Hiltenbrand, Yves Vorburger a déjà pris part à un certain nombre de triathlons de longue (voire très longue) distance. Mais il y a cinq ans - alors que ce drogué du sport courait peu avant plus de 7.000 kilomètres par an - une polychondrite atrophiante, un mal dégénératif qui s’en prend au cartilage, lui est tombée dessus : « J’ai tout le temps des douleurs au dos. Mes mains et mes bras ne s’ouvrent plus trop. C’est le cartilage du corps qui lâche… »

Du matin au soir, ce père de deux enfants a mal. Si bien qu’il doit prendre plus de 30 médicaments par jour. Mais lorsqu’il apprend que Matthieu Hiltenbrand prépare un décaironman, une épreuve qu’il rêvait de courir, Yves Volburger demande à son kinésithérapeute de les mettre en relation par curiosité. De cette rencontre est née l’idée.

Une épreuve et du matériel adaptés à trouver d’abord

Adversaires sur des courses régionales plus d’une décennie plus tôt, les Alsaciens ont uni leurs forces pour venir au bout de cet objectif commun. Entre l’épreuve adéquate (et disposée à accueillir un handicapé), les équipements adaptés ou encore les fonds à trouver, l’aventure s’est concrétisée au fil des mois. Matthieu Hiltenbrand rembobine :

« Quand je l’ai rencontré, Yves galérait à faire trois pas en déambulateur. Son défi, c’était de réussir à boucler un 5 km comme ça. Et puis avec cette histoire de décaironman, quelque chose me semblait pas terminé dans cette histoire. Alors je lui ai proposé cet ironman ensemble ! »

« J’ai dit oui puis j’ai réfléchi, aux douleurs, au matériel… », prolonge Yves Volburger. Après un bricolage peu concluant, un vélo spécial a été trouvé (et renforcé) par le vélociste de sa commune de Gamsheim, avant que son fils ne lui repère un solide fauteuil prévu pour la course. Le tout financé par des sponsors et des donateurs (à hauteur de 14.000 euros).

De l’énergie retrouvée grâce ce défi un peu fou

S’il « stresse » pour Matthieu, son moteur, Yves « craint » aussi ses propres douleurs et les petits chocs sur le parcours de la course qu’il tentera d’atténuer avec un coussin adapté : « On va y passer environ 18 heures, c’est long… » Alors qu’il n’imaginait plus se remettre au sport, Yves Volburger a cependant retrouvé en énergie grâce à ce challenge : 

« J’ai retrouvé des sensations d’avant. Ce qui me manquait. Quand ça te tombe dessus, tu dois te rendre à l’évidence : la maladie c’est dur. Avant, je me levais très tôt pour m’entraîner et c’était un plaisir. Quand je me réveille aujourd’hui, je sais que je vais avoir mal toute la journée. Mais quand il faut sortir avec Matthieu, j’ai retrouvé l’envie de me lever. La maladie continuera d’avancer, mais le plaisir me fait gagner un peu en qualité de vie. J’ai eu de la chance de le rencontrer. »

 

En parallèle de la grosse préparation de Matthieu Hiltenbrand (qui prendra part à un décaironman en août), les deux hommes ont fait des sorties ensemble. Puis les courses de Strasbourg en duo, entre autres. Dimanche, la plus grosse incertitude porte sur les 180 kilomètres de vélo, avec 200 kg à porter au total et un pédalage un peu différent.

Un challenge avant d’aider, ensuite, d’autres handicapés

Yves Volburger lui promet : « Je vais te booster. » Mais Matthieu devra rester lucide pour éviter tout accident. « Je vais te donner un peu de ma morphine », se marre encore Yves. Avec leur bonne humeur, les deux Alsaciens comptent bien donner des idées à d’autres. Avant que leur matériel acquis grâce à la solidarité ne serve aussi à d’autres.

« J’aimerais créer un petit réseau de coureurs avec quatre ou cinq personnes formées pour amener des handicapés en sortie avec eux », précise Matthieu Hiltenbrand, éducateur spécialisé dans le civil. Pour les deux hommes en tout cas, la ligne d’arrivée franchie très tard, dimanche soir, annonce une émotion gigantesque. Comme ce défi.