Coupe du monde 2018: «Le Japon apporte un jeu rafraîchissant», selon Jacky Bonnevay, ancien entraîneur de la sélection

FOOTBALL L’ancien adjoint de Vahid Halilodzic explique à « 20 Minutes » le début de Mondial réussi de l’équipe japonaise…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Inui et les Japonais visent une qualification pour les 8es de finale.
Inui et les Japonais visent une qualification pour les 8es de finale. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

« Une frustration que vous ne pouvez pas imaginer ». Jacky Bonnevay soigne ses blessures comme il peut. Longtemps adjoint de Vahid Halilhodzic à la tête de la sélection japonaise - « 18 matchs officiels en trois ans, sans oublier les amicaux, ça marque quand même » - le technicien a dû prendre la porte avec son numéro 1 juste avant la Coupe du monde. Quelques messages échangés avec les joueurs et certains membres du staff depuis le début de la compétition permettent de garder le contact et d’atténuer un peu la déception. Jacky Bonnevay suit le parcours séduisant des Japonais, dont il espère la qualification en 8e de finale avant le dernier match de poule contre la Pologne, avec autant d’attention que d’affection.

Comme nous, êtes-vous agréablement surpris par le bon parcours du Japon en Russie ?

C’est vrai qu’on annonçait un groupe avec la Pologne et la Colombie en grands favoris. La victoire contre la Colombie a été surprenante. Elle doit un peu à la chance, puisqu’au bout de deux minutes de jeu, le Japon se retrouve à onze contre dix avec en plus, un but d’avance. Ça change la suite de la compétition. Mais c’est surtout le match contre le Sénégal qui m’a fait plaisir.

Vous avez préféré ce match-là au premier ?

Oui, parce que le Japon a montré du caractère mais aussi de belles qualités footballistiques, en jouant vers l’avant dès que possible. On sait que les Japonais ne peuvent pas rivaliser avec une équipe comme le Sénégal sur le plan athlétique, mais sur leur qualité technique et sur la vitesse, ils ont posé des problèmes à une très bonne équipe. Surtout, ils sont revenus au score deux fois, ce qui montre leur force mentale, même si on sait comment sont les joueurs japonais, très disciplinés, à se battre jusqu’au bout. Ils auraient même pu l’emporter sans que ce soit un scandale.

Le Japon reste sur une prestation très décevante avec le même noyau de joueurs qu’au Brésil. Comment expliquez-vous pareille renaissance quatre ans plus tard ?

Il y a deux choses que personne ne remarque pas dans cette équipe. D’abord, si on compare à 2002, quand le Japon était parvenu à sortir des poules, il y a dix joueurs sur les onze titulaires qui jouent en Europe, alors qu’à l’époque, c’était l’inverse. Il y avait Nakata et dix joueurs locaux. Les joueurs ont passé un cap individuellement sans renoncer aux principes du jeu japonais, avec beaucoup de rapidité et du jeu vers l’avant. Ensuite, c’est peut-être la seule équipe du Mondial sans gaucher. Les joueurs rentrent toujours à l’intérieur, et Inui, par exemple, est très dangereux avec son pied droit dans cette position. Ça a bien marché jusque-là.

Est-ce qu’il y a un enthousiasme au pays pour le parcours de la sélection ?

Bien sûr. Le premier sport au Japon reste le base-ball, mais j’ai beaucoup d’amis là-bas qui m’ont dit que la victoire contre la Colombie avait été fêtée comme pas permis. L’équivalent des Champs-Elysées au Japon était noir de monde. Plus globalement, j’ai plein de gens qui me disent qu’ils se sont mis à supporter le Japon, parce qu’ils apportent un truc rafraîchissant.

Voyez-vous une limite qui risque de les rattraper contre la Pologne ?

La Pologne est une des grandes déceptions de ce Mondial, et je ne vois pas le Japon se faire éliminer. D’autant que les Japonais ne tomberont pas dans l’excès de confiance. J’ai eu un joueur par texto, je lui ai dit que c’était presque fait, il m’a répondu : « pas du tout ». Après, c’est toujours la même chose. Pour l’instant, le Japon joue à 14, les onze titulaires et les trois qui rentrent, les mêmes d’un match sur l’autre. 75 % des joueurs disputent leur dernière compétition, certains ont 34/35 ans. Il faudra voir si le physique tient. Mais pour le Japon, l’objectif reste de passer les poules, ce serait un énorme exploit. La suite, c’est la Belgique ou l’Angleterre, ce sera plus compliqué.