Coupe du monde 2018: La Russie s'est trouvée une équipe et peut-être même un engouement populaire

FOOTBALL Critiquée de toutes parts par les observateurs et ignorée par son pays, la Russie a écrasé l’Arabie Saoudite à la surprise générale en ouverture…

Julien Laloye

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Dennis Cheryshev a inscrit un doublé face à l'Arabie Saoudite.
Dennis Cheryshev a inscrit un doublé face à l'Arabie Saoudite. — Alexander NEMENOV / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Une formule qui nous avait fait sourire lors du discours inaugural de Vladimir Poutine, quelques minutes avant le coup d’envoi de sa très chère Coupe du monde. « Entre la Russie et le football, cela a été un coup de foudre au premier regard, dès le premier match qui a eu lieu ici en 1897 ». Un coup de foudre inespéré, c’est tout à fait ce à quoi on a assisté de nos yeux ébahis au stade Luznikhi entre l’équipe de Russie et ses supporters.

Une équipe à laquelle personne ne croyait

Il faut savoir d’où on part. La Coupe du monde n’intéresse personne sur place à part les supporters sud-américains et les autres qui viennent mettre l’ambiance. En dehors des grands panneaux Fifa au plus près des stades, aucun signe apparent d’un Mondial en train de se dérouler, d’ailleurs. Quant à la Sbornaya, elle n’avait plus gagné depuis la chute du Mur de Berlin et son 70e rang mondial, le pire de la compétition, ce qui laissait craindre l’humiliation absolue.

Le titre du Moscow Times au petit matin ? « Programmés pour perdre », et une formule assassine avec les croissants : « Dommage que la Russie accueille la Coupe du monde avec la pire équipe de son histoire ». Un autre mot pour vous décrire l’ambiance au centre fédéral de Novogorsk, le Clairefontaine de la sélection nationale : des journalistes la bave aux lèvres et Dzyuba obligé de se coller un drapeau russe autour du cou pour demander aux médias « de les supporter comme une famille et d’attendre la fin du Mondial pour les critiquer ».

Il y avait un peu du Dugarry de 1998 contre l’Afrique du Sud chez ce même Dzuyba au moment de planter le troisième but juste après son entrée un jeu. Une rage qui éclate, presque une revanche sur le torrent de critiques subies ces dernières semaines. Cheryshev meilleur buteur provisoire du Mondial après son doublé improbable ? Le bonhomme s’était fait descendre pas plus tard que la semaine passée parce qu’il avait demandé aux journalistes à répondre à leurs questions en espagnol plutôt que dans sa langue natale. Comprenez : Cheryshev a grandi en Espagne, où il a un temps fréquenté le Real Madrid, et son manque de patriotisme a failli lui coûter un tour en Sibérie pour voir.

Un basculement dans l’opinion ?

Jeudi soir, il était plus russe que Gogol et Tolstoi réunis, même s’il a aussi parlé en espagnol : « On est très contents, il y a toujours un peu de nervosité quand on commence un Mondial, surtout à la maison. On voulait gagner pour que nos supporters soient satisfaits ». Samedov abonde : « C’est un moment historique, on a rendu les gens heureux, c’est la fête dans tous les pays, même si ce n’est que le premier pas. »

On sent littéralement la pression qui leur collait aux basques avant la démonstration du jour. Maintenant, c’est une occasion unique : les Russes sont emballés alors qu’ils n’attendaient rien, Poutine compris. Confidence immédiate de Cherchesov, sélectionneur de la Sbornaya : « Le chef de l’État vient de m’appeler pour me féliciter. Il m’a aussi demandé de transmettre ses félicitations à toute l’équipe et de continuer comme cela ».

Vladimir le judoka, qui aime autant le foot qu’un rebelle syrien, s’est surpris à apprécier le spectacle sans trop vexer son hôte saoudien, et l’hymne russe qui retentira lors du prochain match de la Sbornaya va donner des envies d’envahir la baie de New York avec des sous-marins nucléaires. Reste à maintenir l’élan contre l’Egypte et l’Uruguay, qu’on pressent moins ridicules que cette dramatique équipe saoudienne. « Surtout ne pas se relâcher avant le deuxième match, prévient Cheryshev, sinon on va se retrouver dehors à la fin des poules et ce sera une énorme déception ». Ce serait regrettable, vraiment : on a toujours besoin d’un pays hôte qui va loin pour profiter d’une Coupe du monde.