• « Depuis 2011, j’ai versé 20 millions d’euros dans le club. Si vous faites le cumul de tout ce qu’ont injecté les Laboratoires Fabre dans le Castres Olympique, c’est très largement supérieur » explique Mohed Altrad, dans une interview exclusive à 20 Minutes.
  • « Je ne suis pas écouté à la LIgue, sans doute parce que je mets en cause l’existence même du rugby professionnel tel qu’il est organisé aujourd’hui. C’est aberrant », évoque-t-il.
  • « Pourquoi ne reproche-t-on pas à La Rochelle, Brive ou n’importe quel club du Top 14 leur nombre d’étrangers comme on l’entend souvent à l'encontre Montpellier ? »

Mohed Altrad est à la tête d’un groupe mondial qui emploie 39.000 personnes dans une centaine de pays, pèse 3,4 milliards d’euros de chiffre d’affaire pour un cash-flow de 450 millions d’euros. Des chiffres qui donnent le vertige.

Mais de toutes ses filiales, « celle qui prend le plus la tête et procure le plus d’émotion, c’est le club de rugby », sourit le président du MHR. « Le rugby est un business, mais pas un business comme les autres. Lorsqu’une filiale d’Altrad perd de l’argent une année, c’est un petit rhume. Mais cette filiale-là est différente. Quand elle perd une finale, c’est une petite mort. » Rencontre avec un président déçu, parfois agacé, mais déterminé, quelques jours après la déception de la défaite en finale du Top 14 contre le Castres olympique.

Avez-vous digéré cette défaite ?

On a raté le match le plus important de la saison, même s’il ne faut rien enlever au mérite de Castres. Je n’ai pas dormi dans la nuit qui a succédé à cette finale. Il n’y a que le temps et le travail sur soi-même qui vont traiter le deuil. Dès le lundi, j’ai renouvelé toute ma confiance au coach.

Quelle conclusion en tirez-vous ?

Notre chute a été à la hauteur des attentes. On a commis beaucoup de trop de fautes. Mais il n’y a pas grand-chose à changer de plus que de travailler sur davantage de maîtrise.

Il ne faut donc pas s’attendre à de grands changements au MHR ?

Non, car on a un projet très solide, il y a lieu dans le temps de faire la meilleure équipe d’Europe. Maintenant, qui peut avoir la prétention de dire qu’il va gagner une compétition avant de la jouer ? Cette saison a été belle. On a terminé premier de la saison régulière en l’étant 23 fois sur 26. On marque 103 essais, c’est un record absolu. Dans notre système de jeu, on a gardé ce qui fonctionnait : la défense, l’occupation au pied, la pression. On y a ajouté du mouvement. On s’est amélioré dans beaucoup de domaine. Sur le plan organisationnel, le back-office, la partie médicale où on a eu peu de blessés. On peut anticiper la blessure d’un joueur à travers ses analyses de sang, l’enregistrement de ses réactions pendant le sommeil…. Tout ça restera dans les fondations du club et n’est pas lié à l’aléa sportif.

A-t-il manqué un supplément d’âme à cette équipe ?

Franchement je ne le pense pas. Dans ma jeunesse, j’ai subi des humiliations diverses et variées, mais je ne pouvais rien faire. Je prenais mon doigt et je le mordais très fort pour que le temps passe. Là, on peut travailler cette notion, avec peut-être un peu plus de camaraderie, de solidarité.

Pour caricaturer, Castres a été comparé comme le gentil petit Poucet et Montpellier le méchant riche. Ça vous a agacé ?

C’est un effet de communication de la part de Castres. Le petit Poucet, c’est celui qui n’a jamais rien gagné. Castres avant cette finale, avait déjà remporté quatre boucliers, nous aucun. C’était un argument comme un autre dans la gestion de l’avant-match, c’était bien joué.

En filigrane, beaucoup reproche à Montpellier d’être le nouveau riche du rugby français. Trouvez-vous cette critique justifiée ?

Depuis 2011, j’ai versé 20 millions d’euros dans le club. Si vous faites le cumul de tout ce qu’ont injecté les Laboratoires Fabre dans le Castres Olympique, c’est très largement supérieur à ce que j’ai payé. On nous stigmatise et c’est injuste. Je n’ai pas injecté davantage d’argent que Pierre Fabre, Jacky Lorenzetti au Racing 92, la famille Savare à Paris ou Mourad Boudjellal à Toulon.

Est-ce lié au fait que Jake White se soit beaucoup appuyé sur des Sud-Africains pour composer son équipe ?

J’ai appelé Jake White parce qu’il y a eu le problème Galthié avec huit défaites d’affilée. Ça aurait été une erreur de gestion de ne pas changer Galthié qui amenait le club en enfer. La tâche n’était pas aisée pour Jake qui devait sauver l’équipe de la relégation. Je rappelle que finalement on s’est maintenus à moins d’une victoire du relégable. Pourquoi ne reproche-t-on pas à La Rochelle, Brive ou n’importe quel club du Top 14 leur nombre d’étrangers ?

Vous amenez votre vision de chef d’entreprise dans le rugby. C’est la raison pour laquelle vos relations sont tendues avec une partie des présidents des autres clubs ?

Je crois profondément dans mon modèle économique de rugby. J’ai dit plein de fois, notamment dans les réunions à la Ligue, qu’il faut changer le modèle économique existant. Je ne suis pas écouté, sans doute parce que je mets en cause l’existence même du rugby professionnel tel qu’il est organisé aujourd’hui. C’est aberrant. Si je gère Altrad de cette façon, je serai attaqué pour faute de gestion. Comment mettre 20 millions d’euros dans un système qui ne gagne jamais d’argent ?

En réalisant le premier transfert de l’histoire du rugby français en rachetant le contrat de Picamoles, puis en récidivant avec Goosen, avez-vous ouvert une boîte de Pandore ?

On ne le fait pas tel qu’on le pense. Prenons Goosen qui ne pouvait plus jouer. J’ai payé l’indemnité d’un million d’euros mais en contrepartie d’une baisse de salaire. C’est aussi valable pour Louis Picamoles, pour d’autres raisons. Il ne faut pas additionner indemnité de transfert et salaire maximum, sinon ce n’est pas viable. Le joueur y trouve un avantage, mais le club aussi. Il faut une négociation équilibrée entre les deux parties, sinon c’est un jeu de dupe.

Pourquoi n’avez-vous pas souhaité répondre à l’appel d’offre pour la poursuite du naming d’Yves-du-Manoir ?

Entre-temps, Altrad est devenu sponsor de l’équipe de France. C’est un support presque universel dans le monde du rugby. On est présents sur Montpellier avec le MHR. Est-ce que le naming change quoi que ce soit à notre communication en termes de manque à gagner, je ne le crois pas… On regarde les dépenses comme tout le monde.

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