VIDEO. JO 2018: Des défections nord-coréennes semblent peu probables (mais ça mettrait bien le bazar)

MONDE Des Nord-Coréens vont-ils profiter des JO pour tenter de s'installer au Sud ? Peu probable, selon des experts...

Jean Saint-Marc
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Combien d'années de travaux forcés pour ce montage Paint ?
Combien d'années de travaux forcés pour ce montage Paint ? — SIPA / 20 Minutes
  • Après l'élimination des hockeyeuses de la Corée unifiée, les pom-pom girls nord-coréennes encouragent d'autres sportifs, aux JO.  
  • Des membres de la délégation risquent-ils de s'enfuir en Corée du Sud après les Jeux ? Sans doute pas. Et on vous explique pourquoi. 

De l’un de nos envoyés spéciaux à Pyeongchang,

Leurs sourires figés et leurs danses quasi hypnotiques ont fait le tour du monde. En envoyant 230 pom-pom girls aux Jeux Olympiques, le régime nord-coréen a réussi un sacré coup de sa « diplomatie du rouge à lèvres », pour reprendre une expression de la presse américaine. Les objectifs des caméras se sont braqués sur ces 230 jeunes femmes… Ignorant - souvent - les nombreux chaperons et hommes en noir qui rôdaient autour d’elles.

On s’est amusé à compter, quand on a croisé un des groupes de ces jeunes filles, samedi dernier, à la patinoire de Gangneung. Quinze surveillants pour 25 jeunes femmes. « Toute la délégation est sous haute surveillance, et c’est principalement en raison du risque de défection », estime Christopher Green, chercheur auprès de l’ONG International Crisis Group. Des défections qu’il estime pourtant « possibles, mais très peu probables. »

« Sa famille aurait de gros soucis »

Les athlètes, qui vivent au village olympique, ne doivent jamais rester seuls. Ils ne côtoient pas (ou quasiment pas) les autres délégations. Les pom-pom girls, elles, dorment à bord du ferry qui les a emmenés au Sud. Et là, ce n’est pas vraiment la teuf jusqu’à 3 heures du matin comme au Club France. Au programme : surveillance et… autosurveillance. « Tous les membres de la délégation, pas seulement les leaders, seraient punis s’ils n’avaient pas dénoncé un comportement suspect », assure à CNN, Han, un Nord-Coréen qui a fui pour le Sud en 2006.

>> A lire aussi : Assaillies par une armée de journalistes, les pom-pom girls nord-coréennes annulent leur virée à la plage

Et si un athlète venait à fuir, « sa famille pourrait avoir de gros soucis au Nord », conclut Christopher Green. Qui précise, immédiatement, que « la plupart des athlètes vivent de toute façon très bien en Corée du Nord, la plupart d’entre eux n’ont sans doute aucune envie de fuir. » Même chose pour les pom-pom girls, choisies par le régime parmi les familles les plus fortunées et les plus fidèles au Parti. Elles n’ont pas vraiment le profil de révolutionnaires. L’historienne Juliette Morillot* confirme que leurs « profils sont très vérifiés ». Avant de développer :

En France on pense souvent que tous les Nord-Coréens veulent fuir le pays à tout prix. Il faut se retirer cette idée de la tête ! On n’est plus à l’époque de la grande famine des années 1990, le quotidien des Nord-Coréens s’est globalement amélioré. Les défections, d’ailleurs, datent surtout de cette époque, où des années immédiatement après, où ce traumatisme était encore dans les têtes. »

On considère en général que 30.000 Nord-Coréens vivent au Sud après avoir fui le régime. En novembre, la fuite d’un soldat nord-coréen, sous les balles de ses compatriotes, a fait la une des médias français. C’était seulement la quatrième défection de l’année 2017, selon un bilan de l'AFP. Et ce militaire aurait été impliqué dans un crime, au Nord, selon le quotidien sud-coréen Dong-A Ilbo. « C’est donc très différent, il n’avait rien à perdre », insiste Juliette Morillot.

Les défections d’athlètes sont globalement rares : CNN cite une joueuse de hockey en 1997 et un judoka en 1999 (lors d’une compétition en Espagne). Lors de la Coupe du Monde 2010, des médias avaient annoncé la fuite de plusieurs footballeurs nord-coréens. L’information n’a jamais été confirmée.

Un « cataclysme diplomatique » qui n’arrangerait que Trump

Peu nombreuses dans l’histoire, peu probables à Pyeongchang… Une ou des défections pendant les JO seraient toutefois « un énorme grain de sable dans l’engrenage du réchauffement diplomatique entre les deux Corées », métaphorise Christopher Green. Un « cataclysme diplomatique », même, selon Juliette Morillot.

Avec quelles conséquences ? « La Corée du Sud accueillerait sur son sol le fuyard, mais tenterait sans doute de minimiser la situation », nous dit Christopher Green. Le CIO, le Sud, le Nord : tous en sortiraient perdant. « Donald Trump serait ravi, sourit Juliette Morillot. Il a intérêt à diaboliser la Corée du Nord… Alors il ferait deux-trois tweets un peu idiots, et ce serait encore très embarrassant ! »

* Auteure avec Dorian Malovic du livre Le monde selon Kim Jong-un (Robert Laffont).