Histoires improbables de JO d’hiver (4/5): Quand la Corée du Nord arrachait une médaille de bronze à Albertville

JEUX D'HIVER Avez-vous déjà entendu parler de Hwang Ok-sil ?...

B.V.

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La médaille coréenne à Albertville
La médaille coréenne à Albertville — Capture d'écran
  • Les JO de Pyeongchang, c'est la semaine prochaine.
  • En attendant, 20 Minutes vous fait revivre des histoires improbables de JO d'hiver.

Pour bien farter les skis avant de prendre les pistes à Pyeongchang à partir du 10 février, 20 Minutes vous propose toute cette semaine de revenir sur des histoires insolites qui ont marqué les Jeux olympiques d’hiver. On poursuit notre série avec l’histoire d’une médaillée nord-coréenne aux JO d’Albertville, en 1992…

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D’elle, Internet ne sait quasiment rien. Sa page Wikipedia est moins fournie que celle d’un vulgaire gardien remplaçant de Ligue 2, elle n’a même pas de profil sur le site officiel de la fédération internationale de son sport et Google images nous envoie des montages rigolos sur Trump et Kim Jong-un. Autant dire que Hwang Ok-sil n’a pas laissé une trace impérissable dans l’Histoire. Et pourtant, elle est l’une des deux seules médailles de la Corée du Nord dans l’histoire des Jeux olympiques d’hiver avec son bronze en short-track à Albertville, en 1992.

On aurait évidemment pu enquêter sur la toute première, celle d’ Han Pil-hwa 1964 à Innsbruck. Mais déjà qu’on a galéré pour 1992, on vous raconte pas le bordel pour trouver des témoins de 1964 qui communiqueraient autrement que grâce aux forces de l’esprit. En plus, c’est quasiment le même sport, du patinage de vitesse. Et puis bon, pour ne pas plagier un regretté confrère, « y a rien qui ressemble plus à une médaille coréenne qu’une autre médaille coréenne ». Alors on va vous raconter l’histoire d’Hwang Ok-sil, LA médaillée nord-coréenne des derniers Jeux olympiques organisés par la France.

Et autant vous dire que ça a été coton. Car si la Corée du Nord place régulièrement ses athlètes sur les podiums olympiques l’été, le froid leur réussit moins. Depuis leur première participation en 1964, ils ne sont que 62 à avoir représenté la République démocratique de Corée aux Jeux d’hiver. Pour deux médaillées, donc. La première en patinage de vitesse, la deuxième en short-track, qui est grosso modo le même sport mais avec les carapaces vertes de Mario Kart en plus.

Bref, on a fouillé sur Google. Et puis bien, en plus. Mais rien ou presque. Hwang Ok-sil n’existait pas avant et elle n’a plus existé après. Officiellement, elle a participé à deux courses dans sa carrière : Albertville donc, et Nagano en relais six ans plus tard. Le reste de sa vie est un immense trou noir. Aucune info, aucune image, rien. On a tout de même réussi à mettre la main sur la feuille de résultats officielle de ce 500 mètres féminin d’Albertville (un pdf basse définition qui rappelle les plus belles heures du fax). On a tenté la moitié des noms inscrits dessus, on est tombé sur plus d’avis de décès que de numéros de téléphone. Et puis on s’est rendu compte qu’une Française, Karine Rubini, avait affronté notre Coréenne, sortie de nulle part, lors des séries.

Elle est laaaaaa
Elle est laaaaaa - Capture

« Oulala Albertville toute ma jeunesse », nous lance-t-elle en préambule. Puis l’enthousiasme retombe : « Je ne me souviens pas d’elle. J’étais tellement concentrée et dans ma bulle que je ne m’y attardais pas. Dans notre sport, les Coréens du Nord étaient beaucoup plus discrets que ceux du Sud. Mais bon, peut-être qu’elle n’était pas si forte que ça sinon je m’en serai souvenue. »

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Prends ça, Hwang Ok-sil. D’un coup, on se met à imaginer une médaille à la Bradburry pour notre Nord-Coréenne, le gagnant est le seul à rester debout. On se voit déjà vous parler de la « médaille miraculeuse d’une Coréenne sortie de nulle part ». Sauf qu’une vidéo existe, et qu’elle montre que l’athlète de 19 ans n’a rien volé. Elle fait même la course en tête un long moment avant de s’incliner au sprint.

Sur les conseils de Karine Rubini, on tente notre chance avec Emmanuel Michon. Entraîneur de l’équipe de France de l’époque, il est aujourd’hui consultant pour la Fédération canadienne. Mais n’a pas la mémoire plus fraîche : « Roh j’ai honte, je n’en ai aucun souvenir. Vous allez l’écrire que je ne me souviens pas ? ».

On lui montre la vidéo. Le souvenir qui lui revient, c’est surtout celui de Cathy Turner, « la très forte » Américaine en or ce jour-là. Son histoire à elle est connue : une première participation aux JO en 1980 à 18 ans, un détour d’une dizaine d’années par la musique, un retour aux patins et deux médailles d’or en 1992 et 1994 avant de couler des jours heureux à chasser le cerf de la région New-Yorkaise. Pour en revenir à notre sujet, on lui demande de nous commenter la course de Hwang Ok-sil, histoire de savoir si sa médaille est un coup de chance.

Elle fait un très bon départ, partir en tête c’est un truc un peu furieux. On voit que la fameuse Cathy Turner est à la peine et que la Néerlandaise est lâchée. Mais elle manque de tomber à un tour et demi de l’arrivée, puis elle revient, revient, revient et ça se joue sur la ligne. Dans l’ensemble, c’est une belle course, techniquement c’est bon. C’est une belle patineuse, athlétique. Elle a tiré le couloir n°1 (très avantageux pour prendre la corde) et sait s’en servir. Même si elle n’a pas la technique pour dépasser la Chinoise à la fin. »

 

La faute qui lui coûte l'or
La faute qui lui coûte l'or - Capture d'écran

Impossible pour autant de trouver la trace d’une « école » nord-coréenne de short-track. Michon : « Au fil des années ça n’a pas été régulier mais on a vu de temps en temps, explique l’ancien coach. Les filles ont eu une équipe de relais en bronze aux championnats du monde en 1993. Il y avait aussi un garçon qui vivait au Japon mais courait pour la Corée du Nord dans les années 1990. Cette année, j’ai vu deux athlètes nord-coréens essayer de se qualifier pour les JO à Budapest. Ils étaient bons mais pas capables de rentrer dans les 32 meilleurs mondiaux. Ils ne se frottent pas assez à la compétition de haut niveau. » Si tu nous lis, Kim, laisse-les un peu sortir du pays.

Plus globalement, c’est lors des Mondiaux 1993 organisés à Pékin qu’Emmanuel Michon a découvert « une tradition » asiatique du short-track. « C’est un sport très ancien chez eux, pratiqué dès le 15e siècle. Là-bas, c’est le sport phare. Vous allez voir à Pyeongchang, ça va être énorme. » Même si on est sûr qu’il n’y aura aucun Nord-Coréen en médaillé improbable ?

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