Rugby: Julien Ory, l’autre homme qui pourrait coûter son poste à Bernard Laporte

RUGBY Le président de la Fédération française aurait prêté un véhicule fourni par l’institution à son associé dans les affaires…

Julien Laloye

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Bernard Laporte a-t-il prêté une voiture de la Fédération à un proche?
Bernard Laporte a-t-il prêté une voiture de la Fédération à un proche? — X17/SIPA et Michel Euler/AP/SIPA

Pour qui pense que le mélange des genres avec Mohed Altrad finira par faire exploser la nouvelle gouvernance de la fédération française de rugby, il n’y aura peut-être pas à attendre si longtemps . En attendant que la justice ne se prononce sur les soupçons de favoritisme dont aurait fait preuve Bernard Laporte à l’égard du puissant mécène de Montpellier, l’ancien sélectionneur des Bleus voit ressurgir un autre nom qu’il préférerait sans doute savoir enfoui très profond sous une mêlée écroulée du Top 14. Celui de Julien Ory, jeune espoir toulonnais aux connexions très rapprochées avec le grand patron du rugby français.

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La dernière en date, relevée par L’Equipe ?  La présence insistante d’une BMW appartenant à la flotte fédérale sur le parking toulonnais les jours d’entraînement des espoirs. Une BMW à l’usage exclusivement réservé à « l’encadrement des équipes de France, le DTN, les cadres dirigeants de la FFR, les membres du comité directeur », selon le contrat liant la Fédération au constructeur allemand. Mais une BMW conduite dans les faits par Julien Ory, qui a tardé plusieurs heures après la parution de l’article à effacer ses photos Instagram le montrant au volant du bolide à plusieurs reprises depuis le 26 décembre 2016, soit quelques jours après l’élection de Laporte.

Capture d'écran du compte Instagram de Julien Ory.
Capture d'écran du compte Instagram de Julien Ory. - Instagram/J.Ory

A Toulon, les habitués prétendent être tombés des nues en lisant le journal au petit-déjeuner. La BM ? « Jamais vu ». Julien Ory « Il joue avec les espoirs ? Jamais entendu parler, désolé ». Pourtant sollicité, Mourad Boudjellal, le président du RCT n’a pas souhaité réagir. « Je ne sais pas trop où on va avec ces histoires, mais je ne crois pas qu’il y ait matière à polémique là-dedans, juge Serge Oddo, une figure du club des supporters des Bulls. Si Laporte veut aider un jeune espoir, il a le droit. » Concernant Ory, ça fait déjà deux fois.

Laporte était déjà intervenu en sa faveur pour un match de réserve

Souvenez-vous, c’était le même joueur, qui en avril dernier, avait usé de ses bonnes relations avec le président de la FFR pour pouvoir disputer un match de phase finale avec l’équipe réserve de La-Seyne-sur-Mer, une affaire révélée par le JDD. Laporte avait rappelé dans la minute depuis Singapour, et l’arbitre avait fermé les yeux , requalifiant deux joueurs in extremis : Julien Ory et Thibaut Lavergne, qui dit n’avoir pas trop de souvenirs du miracle. « J’avais joué toute la saison avec La Seyne grâce au système de double licence qui permet d’aller jouer dans la réserve d’un autre club quand on manque de temps de jeu avec les espoirs de Toulon, comme c’était mon cas. Je me rappelle avoir été très déçu de ne pas pouvoir jouer puis content d’avoir été autorisé à rentrer sur le terrain. Mais j’ai appris par les journaux comment ça s’était fait. Julien a deux ans de plus que moi, je ne le connais pas plus que ça. »

Entendu. Ce n’était pourtant pas le premier match disputé par Julien Ory avec La Seyne, et plusieurs joueurs connaissaient sa proximité avec Laporte.

« On le chambrait quelques fois avec ça, admet un ancien joueur de la Seyne. On savait qu’il faisait partie d’un cercle proche de Bernard, et d’ailleurs ce jour-là, je crois que c’est le club qui lui a demandé de l’appeler pour voir ce qu’il pouvait faire. C’était juste une question de papier original à la place de la photocopie, l’arbitre était vraiment tatillon. Mais bon, on en a fait tout un cinéma alors qu’il était remplaçant et qu’on aurait gagné sans lui de toute façon. »

C’est la dernière fois que Julien Ory a porté le maillot de La Seyne, et il n’a plus l’occasion d’inviter ses éphémères coéquipiers à partager un poulet au pied de son camion de vente à emporter spécialisé en rôtisserie à Six-Fours-Les-Plages, comme il l’a fait quelques fois. Là encore, Bernard Laporte n’est pas bien loin. C’est lui qui a fondé l’entreprise de restauration à emporter Juber SA (pour « Julien et Bernard ») et placé son ami Julien Ory au poste de directeur général.

Le jeune homme répond directement au téléphone, même s’il nous a gentiment priés de réessayer plus tard pour ne plus jamais décrocher. A l’Equipe, Ory a répondu « qu’il roulait avec une classe A [Mercedes], et que les témoins qui l’avaient vu au volant avaient dû se tromper de personne ». Son compte Instagram en témoigne pourtant : avant de passer à la BMW, Ory roulait en Volkswagen, partenaire officiel du RCT.