Foot: 30 ans de suspension, lourdes amendes... Saïd Ennjimi veut siffler la fin des violences sur les terrains
DISCIPLINE•Le président de la ligue Nouvelle-Aquitaine de foot veut des sanctions exemplaires pour mettre fin aux débordements...Damien Gozioso
L'essentiel
- Said Ennjimi est le président de la ligue Nouvelle-Aquitaine de football, et avant il était arbitre pro.
- Les chiffres de la violence dans le foot sont stables, des résultats encourageants mais pas satisfaisants.
- Il avance plusieurs pistes pour éradiquer la violence, entre pédagogie et sanctions lourdes.
«On ne peut pas se contenter de la stabilité » estime Saïd Ennjimi, le patron de la ligue Nouvelle-Aquitaine de foot depuis près d'un an. Selon le dernier rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) réalisée à partir des données collectées par la FFF, le nombre de matches de football amateur ponctués d’incidents a légèrement augmenté en 2016-2017, avec 1,6 % des rencontres perturbées par des agressions physiques ou verbales contre 1,4 % la saison précédente.
Jusqu’à 30 ans de suspension
Au total, 10 309 matches à incidents ont été recensés en 2016-2017, et pour l’Aquitaine, 273 matches amateurs ont été perturbés sur 5 289 joués rapporte le journal Sud-Ouest. « N’oublions pas de noter, et c’est aussi important, que 95 % des matchs se déroulent parfaitement bien », s’empresse de préciser à 20 Minutes Saïd Ennjimi.
Et pour lutter contre les débordements, Saïd Ennjimi déroule un plan à deux volets classiques : répression et pédagogie. Pour les sanctions, l’ancien arbitre pro veut se montrer inflexible : « Par le passé, on a parfois été frileux sur les sanctions. Il faut maintenant être très rudes, et les consignes vont être passées. Le barème permet 10, 20 et jusqu’à 30 ans de suspension dans les cas les plus graves, il ne faut pas avoir peur de l’appliquer ».
Financièrement, Saïd Ennjimi veut aussi frapper plus durement le porte-monnaie des clubs incriminés : jusqu’à 10 000 euros d’amende. « Par contre, si le club apporte la preuve que le joueur est exclu par une lettre avec accusé de réception, on doit pouvoir accorder le sursis ». En ce qui concerne la procédure, il veut que les instances se rapprochent des instutions judiciaires pour là aussi faire preuve de sévérité. La Ligue Nouvelle-Aquitaine se constituera partie civile dans les cas les plus graves.
En haut, montrer l’exemple
Concernant les mesures pédagogiques, « un joueur volontaire et suspendu pour quelques matchs, on peut lui proposer d’arbitrer » avance Saïd Ennjimi. Réfléchir à la place des arbitres (41 % des violences sont à leur encontre) et mieux les valoriser sont des pistes expérimentées par l’action « Soyons Prêts », en Nouvelle-Aquitaine.
Et puis, bien sûr, Saïd Ennjimi compte sur les clubs pros pour montrer l’exemple : « Je ne rêve pas, le contexte n’est pas favorable, mais j’aimerais des propos plus mesurés et des actions concrètes plutôt que des critiques stériles. Pourquoi pas mettre en avant de jeunes arbitres avant les matchs, faire lire un message aux capitaines ou ce genre de choses ». Des idées que Saïd Ennjimi promet de porter pour faire baisser les violences près des terrains de foot.
« Et la vidéo dans le foot ? « Oui pour les cas binaires », explique Saïd Ennjimi, lui-même ancien arbitre. Autrement dit pour juger ou non d’un hors-jeu et pour permettre de valider un but. « Pour les cas ou il y a besoin d’interprétation, je mets un bémol parce que je trouve que ça tue l’essence de notre sport qui est l’émotion. Les règles permettent toujours d’augmenter le temps de jeu et là ça ne sera pas le cas. L’émotion c’est l’aléa, l’incertitude. C’est aussi d’obtenir un penalty litigieux à la dernière minute… Si on mécanise notre sport, j’ai peur que les gens se détournent ». »


















