Nouveau monsieur sécurité du foot français, Antoine Mordacq est-il celui qui va réconcilier l'Etat et les ultras?

FOOTBALL Le nouveau « boss » de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme va renforcer le dialogue avec les supporters…

Aymeric Le Gall

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Les CRS juste devant les ultras nantais avant la pause.
Les CRS juste devant les ultras nantais avant la pause. — M.B

En fin de saison dernière, le commissaire Antoine Boutonnet quittait les fonctions qu’il occupait depuis 2009 à la tête de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). Comme son nom l’indique, cette section particulière du ministère de l’Intérieur lutte contre les violences liées au football dans et aux abords des stades.

A l’origine du Plan Leproux, qui a pacifié le Parc des Princes, Antoine Boutonnet ne part pour autant pas qu’avec des amis dans le monde du foot. Les différents groupes ultras, considérés comme les plus fanatiques, lui reprochent une politique répressive en matière de supportérisme, ayant par exemple parfois recours aux interdictions de déplacements lors de matchs considérés comme « à risque ».

La jeunesse au pouvoir à la DNLH

Depuis peu, Antoine Mordacq, son remplaçant, a pris ses quartiers au siège de la DNLH à Paris. C’est dans un petit bureau, au troisième étage du bâtiment du ministère de l’Intérieur, annexe de la place Beauvau, qu’il nous reçoit. Costard bien taillé, lunettes sur le nez, Antoine Mordacq, 32 ans, est donc la nouvelle figure de la lutte contre le hooliganisme dans le football français.

La première chose qui nous frappe, c’est sa jeunesse. Originaire de Picardie (« même si ça n’existe plus aujourd’hui, à un moment donné ça a été une région », précise-t-il en souriant), Antoine Mordacq a passé le début de sa scolarité à Amiens, avant de vite se « balader », comme il le dit lui-même, entre Lille, Bordeaux et Paris dans le cadre de ses études.

« C’est vrai que je suis devenu commissaire de police assez jeune, à 24 ans, avoue-t-il. J’ai ensuite travaillé à la direction qui est en charge de l’ordre public à Paris et en petite couronne à la préfecture de police de Paris (2009-2014). », avant d’arriver très vite dans le monde du football.

« Dans le domaine de l’ordre public, il y a toutes les manifestations revendicatives mais aussi tous les grands événements, et parmi ceux-ci forcément il y a la gestion des stades. Je me suis donc beaucoup occupé du Parc des Princes et du Stade de France. Je gérais sur le terrain la prise en charge des unités de police. Après ça, de 2014 à 2016, j’ai été détaché auprès de la Fédération française de football comme responsable de la sécurité de l’Euro. »

S’il n’est pas à proprement parler un acharné de ballon rond, le jeune homme admet avoir une certaine « sympathie pour le football ». « C’est un sujet que j’ai toujours suivi, c’est un domaine que je trouve assez sympa. C’est aussi ça qui m’a amené à m’intéresser à l’Euro hier et à la DNLH aujourd’hui. Quand on a la chance de pouvoir mêler différents centres d’intérêt avec le travail qu’on fait, c’est toujours un plus. »

Une nouvelle ère dans la relation avec les supporters

Depuis sa création, la DNLH, et son ancien patron, n’ont jamais joui d’une très bonne image auprès des supporters de foot. En cause, un manque de dialogue et la sensation, pour les associations ultras, de n’être que rarement écoutés et encore moins entendus.

Avec l’intronisation d’Antoine Mordacq, les choses pourraient changer dès cette saison. C’est en tout cas l’impression générale qu’il cherche à laisser.

On ne compte pas le nombre de fois où le mot « dialogue » est sorti de sa bouche, si cela n’est qu’un détail sans importance pour certains, il marque pourtant une réelle rupture avec les us et coutumes de la Division par le passé. Mais ne comptez pas sur lui pour parler de révolution.

« C’est lui (Antoine Boutonnet) qui a créé la DNLH, il est vraiment parti de rien afin de créer de toutes pièces une structure dans un contexte très compliqué en termes de violences dans le football. La situation en France s’est largement améliorée depuis et on assiste aujourd’hui à des matchs de foot qui sont beaucoup plus pacifiés que par le passé. Il a vraiment été dans une phase de création et de montée en puissance de cette division et moi je m’inscris dans cette continuité-là. »

Reste que depuis la mort du supporter parisien Yann Lorence aux abords du Parc des Princes, en 2010, la question des supporters en France a évolué.

« Il y a de nouveaux enjeux qui se présentent à nous depuis à peu près un an, c’est tout ce qui touche au développement du dialogue avec les supporters, précise-t-il. La loi du 10 mai 2016 renforçant le dialogue avec les supporters et la lutte contre le hooliganisme va clairement en ce sens. La DNLH est très connue et identifiée à l’extérieur (alors, les supporters vont vous dire qu’ils la connaissent trop bien !), mais je trouve ça bien qu’il y ait, à l’intérieur du ministère de l’Intérieur, un service identifié comme l’interlocuteur sur des sujets de supportérisme, et pas seulement de hooliganisme et de sécurité dans les stades. »

Pas (plus ?) d’amalgames entre supporters et hooligans

Pour y parvenir, la France s’attache à rendre effective au plus vite la mise en place d’un « référent supporter » dans chaque club professionnel. Cette personne, chargée de faire le lien entre les groupes de supporters, le club et les services de l’Etat (dont la police), doit permettre à terme de pacifier des relations historiquement tendues entre ces différents acteurs.

« Ces référents ne sont pas liés aux services de sécurité des clubs, précise Antoine Mordacq. J’insiste là-dessus car il est important d’envoyer le message que tout cela ne concerne pas simplement la question sécuritaire et que le supportérisme est un sujet général qui touche au bon fonctionnement global des tribunes. »

Et contrairement à ce qui a pu être le cas dans un passé récent, la DNLH ne veut plus être perçue comme une division anti-supporters.

Il y a beaucoup de publics ultras qui ne tombe pas forcément dans la violence, il n’y a aucune ambiguïté là-dessus, on a parfaitement conscience de cela. Or, certains sont persuadés qu’il y a une confusion qui est faite et que la DNLH met tout le monde dans le même panier. Ce n’est pas vrai. Il y a beaucoup de clubs où il y a des groupes ultras avec lesquels globalement il n’y a pas de difficultés. Bon, il peut y avoir parfois de la violence verbale, mais des phénomènes organisés de violence qui dévient vers le hooliganisme, c’est une étape différente qui n’est atteinte que par quelques groupes isolés. »

La perche en direction des supporters est lancée. A eux de voir désormais s’ils veulent la saisir.