Voile: «Pas traumatisé», Christopher Pratt raconte sa vie post-naufrage, avant de reprendre le large

COURSE AU LARGE Le skipper marseillais a manqué de se noyer, en novembre, sur la Transat Jacques-Vabre. Il se remet tranquillement de ses émotions…

Jean Saint-Marc

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Christopher Pratt lors du départ de la Transat Jacques-Vabre.
Christopher Pratt lors du départ de la Transat Jacques-Vabre. — D. Meyer / AFP
  • Christopher Pratt va participer à la Transat AG2R 2018, après son chavirage sur la Jacques-Vabre, en novembre dernier.
  • Le navigateur marseillais se confie à 20 Minutes sur ce naufrage et ce qu’il a changé pour lui.

Tant pis pour le cliché : Christopher Pratt donne rendez-vous au « Bar de la Marine ». C’est bon signe, il n’est donc pas devenu allergique aux nœuds de chaise et décors marins. « Franchement, ça va. J’ai mal dormi pendant les quelques jours qui ont suivi, bien sûr, mais je ne me sens pas traumatisé », raconte le skipper marseillais, dont le multicoque a chaviré il y a un peu plus d’un mois, lors de la Transat Jacques-Vabre. Un accident qui a failli lui coûter la vie : Pratt s’est retrouvé projeté hors du bateau, coincé sous le filet.

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Ce premier (gros) naufrage de sa (belle) carrière n’est pas son sujet de conversation préféré – « entre marins, on se contente souvent d’une tape sur l’épaule, du genre “j’ai connu ça moi aussi”, et c’est tout ! » – mais ça fascine les journalistes et le grand public, alors Christopher Pratt déroule le fil, sans rien éluder. Plus apaisé, malgré un certain sentiment de culpabilité :

Je ne suis pas à me dire “oh mon Dieu, j’ai failli mourir !”. Mais bon, c’est comme quand tu plantes une bagnole… On a mis un bateau à l’envers, il est perdu. C’est une responsabilité qui est dure à porter. C’est compliqué pour le sponsor, compliqué pour mon co-skipper Eric Defert dont c’était le projet.

Les deux gars sont restés en bons termes « même si nos chemins vont continuer chacun de notre côté », récapitule le breton Defert, qui était en train de se changer au moment de l’accident : « C’est sûr qu’on aura vécu ça ensemble, mais lui vit à Marseille, moi à Brest, on mène nos différents projets. »

Christopher Pratt a tenté de participer au Vendée Globe 2016, sans succès.
Christopher Pratt a tenté de participer au Vendée Globe 2016, sans succès. - C. Morel

Ceux de Christopher Pratt sont à deux doigts d’être bouclés : le skipper marseillais va participer à la prochaine Transat AG2R, « avec les moyens de faire les choses bien, pour faire un résultat ! ». Et c’est ce qu’il aime. « Il a longtemps été un pur compétiteur, il oubliait un peu ce qu’il y a à côté, sans forcément mieux performer, d’ailleurs », balance sa compagne, Amandine. Le naufrage n’a pas tout changé, mais a confirmé un « cheminement psychologique » qui n’est pas tout récent. Amandine, de nouveau : « Il a beaucoup travaillé sur lui, s’est dit qu’il faut profiter de la vie. Prendre du recul sur la performance, être plus dans le moment présent. » Et le naufrage, c’est « le petit signe » qui confirme ça.

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« Ce qui intéresse le grand public »

Les signes, on en fait bien ce qu’on veut… Christopher Pratt aurait pu aussi se dire que c’était le moment de passer à autre chose et de faire des trucs légèrement moins dangereux que de traverser l’Atlantique à toute berzingue. Mais non :

Sur le coup, je me suis posé la question, c’est normal. Mais non, je n’ai pas envie d’arrêter. Je n’ai eu aucune appréhension avant de reprendre l’entraînement, en monocoque. J’en aurais peut-être un peu plus au moment de remonter sur un multicoque, parce que tu n’as pas de quille, tu peux te retourner… Mais cette tension-là, je l’avais déjà avant le naufrage.

Il ne tirera donc pas beaucoup de leçons techniques de cet incident : « c’est une suite de choses, les pièces tombent du mauvais ou du bon côté »… L’enseignement est plutôt médiatique. Car un naufrage, ça rameute les journalistes (nous les premiers, donc). Le goût du sang ? Pas seulement, pas seulement : « Je comprends que ça touche les gens. Ce qui intéresse le grand public, c’est quand tu leur racontes une histoire ! Le post Facebook que j’ai écrit sur le naufrage, c’est la première fois que j’arrivais à écrire sur ce que je ressens en mer… D’habitude, je suis bloqué, et là c’est sorti d’un coup. Je me prouve que je suis capable de le faire. » Et notre petit doigt nous dit que c’est le genre de choses qui peut plaire aux sponsors…