Père violent, enfants fâchés, pirates et prostituées... Dernier du Vendée Globe, Destremau nous dit tout

VOILE Son histoire a passionné les Français. Le dernier du Vendée Globe, Sébastien Destremau, en a fait un livre qui sort ce jeudi…

Jean Saint-Marc

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Vous vous souvenez du #JeudiConfession sur Twitter? Destremau a fait pareil, mais sur 254 pages...
Vous vous souvenez du #JeudiConfession sur Twitter? Destremau a fait pareil, mais sur 254 pages... — J.-S. Evrard / AFP
  • 20 Minutes a lu pour vous l’autobiographie de Sébastien Destremau, Seul au monde (XO Editions)
  • On y apprend beaucoup de choses sur la vie complètement dingue du skipper varois…

Cent vingt-quatre jours de mer, sans un bouquin, sans un disque, sans un film : même avec les manœuvres, ça laisse du temps libre. Et donc du temps pour écrire. Pendant qu’il faisait le tour du monde en solitaire, le skipper toulonnais Sébastien Destremau a eu la drôle d’idée d’ouvrir Word sur l’ordi de TechnoFirst FaceOcean et de commencer à raconter sa vie, ses aventures en mer et sur terre. Trois mois après son arrivée, ce journal intime est devenu un livre, qui sort ce jeudi. 20 Minutes l’a lu et a appris pas mal de choses sur le dernier du Vendée Globe…

>> A lire aussi : «Parfois des albatros me suivent», au Point Nemo, Sébastien Destremau raconte sa course

Un père violent, des relations familiales compliquées. Seul au monde ( XO Editions) commence par une scène où le sévère père Destremau rabroue Sébastien car l’ancre du bateau familial est coincée. « J’aurais aimé détester mon père, mais c’est plus compliqué que ça », raconte celui qui se définit comme « le fils invisible », « le moins aimé ». Il relate à la fois les raclées au ceinturon (fréquentes) et les cadeaux (plus rares) d’un père enfermé dans sa passion : la musique. L’idée même de cet ouvrage est de raconter l’histoire d’un petit garçon qui veut « épater les siens. »

Sébastien Destremau a eu une enfance douloureuse.
Sébastien Destremau a eu une enfance douloureuse. - Gilles Morelle

Sébastien Destremau nous dit aussi tout de sa relation compliquée avec ses frères, autour par exemple d’un héritage conflictuel, ou de sa brouille avec ses « grands enfants ». Ils ne se parlent plus : « Ils ne m’ont jamais pardonné d’avoir quitté leur mère et d’être parti en Australie sans préavis. » Tout finit bien, le bouquin se termine sur une (attendue) scène de réconciliation avec son frère et laisse entendre qu’il a enfin pu rencontrer ses petits enfants.

>> La question qu’on s’est posée : Comment ce récit a été accueilli par ses proches ?

Je n’ai eu aucun retour négatif. J’en ai longuement parlé avec ma sœur, ça l’a touchée. Ma mère aussi. Elle m’a dit qu’elle avait découvert à quel point elle était importante pour moi.

Il poursuit : « Les liens distendus avec certains membres de la famille sont en train de se resserrer. C’est plus long avec mes enfants qu’avec mes frères, c’est normal, ils n’ont que 25 ans. J’ai pu échanger avec ma fille la semaine dernière, ça prendra du temps mais on est sur le bon chemin ! »

Noyades, gangsters, putes et pirates : une vie de roman. Certains livres de sportifs vous tombent des mains, entre langue de bois et anecdotes mille fois ressassées. L’autobiographie de Sébastien Destremau ne va pas remporter le Prix Goncourt mais disons les choses : ça se lit d’une traite, tant le parcours du Toulonnais est dingue. Citons en vrac quelques anecdotes qui nous ont marquées :

  • Quand il gère un bar de prostituées à Toulon. « Je n’ai eu à déplorer que deux coups de fusil à pompe dans le plafond, raconte l’ancien mauvais élève, qui a arrêté l’école très tôt. Mes parents me prenaient pour un voyou, mais à la table des voyous, je ne buvais que des menthes à l’eau ! »
  • Quand il voit la mort de près et qu’il est interrogé par le KGB. 1989, Destremau part en stage en Russie. Tempête lors de la dernière régate, l’entraîneur russe se noie. Avec son frangin, le régatier sera interrogé par le KGB (« pas marrant ») et devra rencontrer la veuve, autour d’un verre de vodka (« bien pire »).
  • Quand il croise des pirates. Alors qu’il convoie FaceOcean du Cap à Toulon, Sébastien Destremau repère un navire louche. Angoisse, d’autant qu’un de ses amis a été tué par des pirates somaliens, en 2011. Par radio, Destremau leur jure qu’il est attendu. Le coup de bluff fonctionne, les supposés pirates disparaissent.

>> La question qu’on s’est posée : Il n’exagérerait pas un peu, le coco ?

(Il éclate de rire) Il n’y a pas une virgule de fausse, c’est ça qui est malheureux ! C’est ma vie, elle n’est pas finie mais elle a été déjà bien marrante.

« Précisons que je n’ai jamais eu d’ennui avec la justice, je n’ai rien fait d’illégal ! Il ne se passait rien dans le bar, les filles partaient ailleurs. J’ai été très borderline, mais ça m’a appris la vie. L’épisode de la mer Noire est bien pire que ce qui est raconté dans le livre. C’est un vrai drame, en plus de la mort de l’entraîneur russe, on a sauvé dix personnes parties le secourir ! »

Il a tout claqué pour le Vendée et, aujourd’hui, il n’a plus rien. Avant le départ, Sébastien Destremau a dévoilé les galères logistiques d’une préparation à l’arrache, notamment sur 20 Minutes, d’ailleurs. Il avait aussi évoqué le sujet pendant la course, comme pour justifier son océan de retard sur les premiers (il a quand même son petit ego). Ce n’est donc pas tout à fait nouveau. Mais dans le bouquin, on en apprend de nouvelles, et pas des moindres.

Sans parler des soucis en mer (des côtes cassées, un moteur récalcitrant…), Destremau le poissard les a enchaînés à terre. On retiendra ce mat brisé lors d’un test, ce généreux mécène qui lui aurait promis 50.000 euros avant de se rétracter ou les menaces d’un fournisseur qui s’est fait payer en liquide. Le quinquagénaire dit « avoir tout vendu » pour financer son aventure.

>> Les questions qu’on s’est posées : De quoi vit-il maintenant et que va-t-il devenir ?

Je n’ai plus que mon bateau mais je ne dors pas dedans, hein ! Je loue un petit appart à Toulon. On a beaucoup bossé sur le livre. Je vais me poser cet été pour réfléchir.

« Je compte continuer dans le journalisme, avec une émission de télé peut-être. Pour la voile… C’est trop tôt pour en parler, mais disons qu’on a très envie de développer un centre de course au large à Toulon, comme à Port-la-Forêt ou à Lorient. Je n’ai pas de frustration sur mon Vendée Globe mais si on peut monter un projet gagnant avec un autre skippeur pour 2024, on n’hésitera pas une seconde ! Et moi, philosophiquement, c’est sûr que j’aimerais beaucoup y retourner en 2020. J’étais bien, là-bas, dans les mers du Sud ! »