Vendée Globe 2016: Comment Christopher Pratt drague les patrons marseillais

VOILE Pour trouver deux millions d’euros, le marin se transforme en VRP...

Christine Laemmel

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Le navigateur Christopher Pratt veut être le premier marseillais à faire le Vendée Globe
Le navigateur Christopher Pratt veut être le premier marseillais à faire le Vendée Globe — SeaLaunay

« Ça m’arrive d’en avoir marre. » On le sent sourire au bout du fil mais Christopher Pratt a de quoi pester. Pour réunir les deux millions d’euros qui lui permettront de prendre le départ du Vendée Globe 2016, le skipper est bien loin de la mer depuis un an et demi. Chaque jour, il se mue en commercial, community manager, VRP et diplomate hors pair.

« Des objectifs de gens à qui parler »

Son planning est le même chaque semaine : cinq soirées réseautage, des relances par mails et téléphones, des rendez-vous chez des soutiens potentiels. Aller naviguer ? Pas le temps. Le Marseillais doit encore animer son profil Facebook, ses comptes Twitter et Instagram et au passage, couper sa pause-déj pour répondre à une journaliste. « Faire le Vendée Globe, c’est comme préparer le Paris-Dakar, compare le marin, plus vous avez d’argent, plus vous avez de chance de gagner. » Et plus vous connaissez les bonnes personnes, plus vous avez la chance d’amasser des fonds.

Avec son attaché de presse, et David Atlan, chargé de la prospection commerciale, il arpente les réunions mondaines. « C’est moche, lâche-t-il à 20 Minutes un poil gêné, on essaie d’avoir des objectifs de gens à qui parler. » Il y a quelques semaines, il intervenait dans un déjeuner de jeunes dirigeants locaux. Fin juin, il assistait à la French Tech, au milieu d’entreprises de services informatiques. Un peu plus tôt, assis dans les tribunes du Vélodrome, il tweetait « #séduire #féderer » depuis l’assemblée générale de l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône.

« On est beaucoup moins des marins que des compétiteurs »

Si Pratt ne repart pas avec un chèque en blanc le soir, il se fait voir. « Quand vous voulez joindre un partenaire potentiel et que vous appelez l’accueil, vous n’avez jamais le rendez-vous » note, lucide, le skipper. La preuve, sur 200 prises de contact, moins de 20 ont mené à un entretien. « On mise sur les nouvelles technologies, les structures qui s’installent, qui sont plus agressives dans leur communication ».

Il y a peu, Christopher et David rencontraient un acteur local de la téléphonie mobile. Soumettaient au patron des « activations de partenariat ». Le skipper se mue en business développer, vocabulaire compris. « On lui explique ce qu’on pense de sa stratégie et comment on peut l’aider. » De la déco de la coque à des excursions sur le bateau pour ses salariés et « un jeu concours pour faire gagner des mobiles ».

Pas de réponse. Dommage, la téléphonie mobile colle tout à fait à l’image que le navigateur veut donner à son sport, loin du loup de mer « bourru avec un ciré XXL et des bottes de pluie ». « On est beaucoup moins des marins que des compétiteurs », reprend-il en englobant ses concurrents, exercés à manier « des outils très pointus d’ingénierie (…) Je ne fais pas le Vendée Globe pour le voyage ».

A 20 % du budget

Marin ancré dans son temps, Christopher aura bientôt fini de se plier en quatre dans son costume-cravate. A 15 mois du départ, aucun rendez-vous n’a débouché sur une promesse de financement. Il y a bien des lettres d’intentions de soutiens techniques et de collectivités. A tout casser, 20 % de son budget. Mais sans un ou quelques partenaires majeurs, Christopher ne pourra pas atteindre les 60 % qui déclencheront l’achat du bateau. D’ici début 2016, le néo commercial devra peut-être renoncer à son Vendée Globe. Ranger ses chemises repassées et son « rêve de gosse ».