Vendée Globe: Abandonné en plein océan Indien, que va devenir le bateau de Kito de Pavant?

VOILE Une mission de sauvetage du voilier va-t-elle être lancée?...

B.V.

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Kito de Pavant en octobre dernier avant de partir pour le Vendée Globe
Kito de Pavant en octobre dernier avant de partir pour le Vendée Globe — AFP

Pendant que Kito de Pavant pleure sa déception sur le navire qui l’a repêché, son bateau dérive en plein océan Indien. Les genoux dans l’eau à la suite d’une collision avec un OFNI qui a arraché la quille de son voilier Bastide-Otio, le skipper a été obligé de « l’abandonner au milieu de nulle part », c’est-à-dire 200 ou 300 kilomètres au nord du minuscule archipel français de Crozet, appartenant aux Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

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Dernier geste avant de partir ? Un gros câlin à la coque de son fidèle compagnon, sans doute, et surtout « on met cap au nord-est et on verra s’il ne dérive pas trop loin des côtes australiennes, si ça vaut le coup de tenter un sauvetage », a expliqué De Pavant à L’Equipe. Parce qu’un bateau comme celui-là ne s’abandonne jamais totalement en mer. D’abord parce qu’il vaut un peu de pognon – De Pavant l’a racheté 2 millions d’euros avant le Vendée – et qu’il peut être réparé et réutilisé, ensuite parce qu’il peut être un danger pour d’autres bateaux et enfin pour des raisons écologiques.

Reste qu’aujourd’hui, il est bien trop tôt pour envisager d’aller chercher Bastide-Otio. « À part les gars qui font le Vendée, aucun mec sensé ne voudra venir dans ces parages récupérer une épave. » Si loin des côtes, la mer est trop agitée et les éléments trop déchaînés. C’est d’ailleurs pour ça que son équipe n’a toujours pas pris de décision sur l’avenir du bateau. Il dérive à une vitesse très faible (4 à 8 noeuds) en direction des côtes australiennes et ne pourrait être sauvé par une mission remorquage que s’il s’en rapproche nettement.

Situation du bateau de Kito de Pavant
Situation du bateau de Kito de Pavant - Capture d'écran Google map

Enfin, son équipe… La décision est surtout entre les mains de l’assureur. Comme l’a confirmé De Pavant, l’assurance – qui n’a pas souhaité répondre aux questions de 20 Minutes - lui remboursera intégralement le bateau en cas de perte totale. C’est donc à elle de calculer la faisabilité et la viabilité d’un tel sauvetage, souvent très cher et difficile. Que l’on affrète un remorqueur, une équipe dédiée ou que l’on fixe une récompense pour celui qui veut partir à sa recherche.

« On a décidé de faire demi-tour pour protéger nos vies »

Si le skipper Adrien Hardy – qui a lui aussi refusé de s’exprimer pour des raisons de confidentialité – a retrouvé et ramené début 2016 pour le compte d’une assurance le bateau SMA abandonné quinze jours plus tôt par Paul Meilhat au large de l’Irlande, ce n’est évidemment pas toujours le cas.

Mandatés par l’assureur pour retrouver le bateau délaissé par Yann Eliès sur le Vendée Globe 2008 dans des conditions géographiques et climatiques similaires à celles de Kito de Pavant, le directeur technique du projet Generali Philippe Laot et le navigateur Jean-Baptiste Epron ont finalement lâché l’affaire au bout de quelques jours de recherches. Ce dernier raconte le périple :

« Nous sommes partis de France direction Perth, en Australie, par avion. De là, il a fallu chercher un bateau susceptible de faire un tel voyage dans des contrées inhospitalières. Notre chance, c’est qu’il y a beaucoup de courses qui partent de la côte Sud de l’Australie, donc on en a trouvé un. Ensuite, on a repéré la zone ou le bateau se situait grâce à ses balises et on a fait un trajet de cinq jours pour s’en rapprocher. Mais les informations que nous donnaient certaines balises, qui ne se déclenchent qu’au contact de l’eau, nous laissaient penser que le bateau était en train de couler. Et la météo nous a donné la réponse : il y avait un vent de près de 70 nœuds, ça devenait extrêmement dangereux de naviguer, quasiment impossible de dormir ou même de manger. Alors remorquer un voilier plein d’eau… On a finalement décidé de faire demi-tour pour protéger nos vies, sans jamais l’apercevoir. Tout ça a duré une bonne quinzaine de jours en tout. »

Yann Eliès secouru le 20 décembre 2008
Yann Eliès secouru le 20 décembre 2008 - COMMANE/AUSTRALIAN NAVY/SIPA

Tant que les balises du bateau de Kito de Pavant émettront, le bateau pourra être évité par les autres concurrents et éventuellement sauvé. Impossible cependant d’assurer avec certitude leur durée de vie. Alors, le temps presse ? Pas tant que ça. Le bateau est de toute façon beaucoup trop loin des côtes pour tenter quoi que ce soit et il n’y a quasiment aucun risque qu’il coule dans son état actuel.

Et si les émetteurs s’arrêtent ? « Ce sera fini, explique Jean-Baptiste Epron. Il est quasiment impossible de prédire la dérive d’un bateau dans une telle mer, on ne pourra plus le localiser. Soit il échouera dans trois ou semaines sur les côtes australiennes ou néo-zélandaises, soit dans quelques mois complètement déchiqueté sur celles du Chili. Dans tous les cas, il sera trop tard, ce sera une épave. »

Le bateau de Kito de Pavant à la dérive
Le bateau de Kito de Pavant à la dérive - Capture d'écran site Vendée Globe

Il y a quelques mois, le bateau de l’actuel dauphin du Vendée Globe Alex Thomson a été retrouvé méchamment amoché en Patagonie. A 20.000 km de là où il le skipper anglais l’avait abandonné, 10 ans plus tôt. Il va falloir être patient, Kito.