JO 2024: «On ne vend pas une voiture mais un projet», comment Paris fait son lobbying

JEUX OLYMPIQUES Paris présente son projet aux comités nationaux olympiques mardi à Doha...

Romain Baheux

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Tony Estanguet et Thomas Bach à Paris le 2 octobre 2016.
Tony Estanguet et Thomas Bach à Paris le 2 octobre 2016. — Thomas SAMSON / AFP POOL / AFP

Sur le papier, c’est un peu court pour Paris 2024. Un film et quelques discours pour une présentation de vingt minutes, ça semble léger pour vendre la candidature française lors de l’AG des comités nationaux olympiques mardi à Doha. Ça tombe bien, la délégation menée par le duo Estanguet-Lapasset et Teddy Riner ne s’est pas déplacée au Qatar juste pour étaler sa maîtrise du PowerPoint. On est aussi là pour faire du lobbying auprès de la trentaine de membres du CIO présents, soit un tiers du collège électoral amené à choisir en septembre prochain la ville hôte des JO 2024.

Oui, le lobbying, exactement ce qui nous avait fait perdre les Jeux de 2012, quand Londres avait travaillé au corps les votants pour s’imposer. « Le lobbying, ce n’est pas un gros mot, martèle Sophie Lorant, directrice des relations internationales de Paris 2024. C’est faire le service après-vente de votre candidature. » « Ce n’est pas parce que votre dossier va avoir 18/20 et les autres 16,5 que vous allez gagner, poursuit Jean-Christophe Rolland, président de la fédération internationale d’aviron et soutien du projet tricolore. On ne vend pas une voiture, mais un projet. Il faut travailler sur le relationnel derrière. »

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Les boss de Paris 2024 n’ont pas attendu Doha pour travailler le sujet. Il suffit de jeter un œil à l’équipe chargée de vendre la candidature : derrière Tony Estanguet et Bernard Lapasset, on trouve donc Sophie Lorant, chargée des relations avec les comités olympiques africains pour Londres 2012, le directeur de la communication Saint-Clair Milesi, déjà impliqué dans la campagne victorieuse de Rio pour les Jeux de 2016 et le Britannique Mike Lee, le communicant qui avait aidé Londres à nous battre. Bref, que des personnalités qui connaissent par cœur les rouages du CIO et la manière de toucher la corde sensible de ses membres, également courtisés par les rivaux de Los Angeles et Budapest.

Par ses réseaux, le comité de candidature est ainsi informé quand un membre du CIO pose un orteil en France. OK, la campagne officielle n’a pas réellement commencé, mais rien n’empêche d’entretenir des relations courtoises alors que le vote, prévu en septembre 2017 à Lima, se rapproche. « On échange, on tente de rectifier quelques points si l’on voit qu’il y a eu incompréhension et surtout, on individualise l’approche, glisse un responsable parisien. On doit connaître les attentes des uns et des autres pour bien leur vendre le projet. »

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Le tout accompagné parfois de petites intentions. « Ça ne passe pas par des choses extravagantes, il ne s’agit pas de mettre la pression avec un cadeau démesuré, raconte Jean-Christophe Rolland. On peut miser sur un présent typique du pays, comme une bonne bouteille de vin. » « Les pots-de-vin ? On n’a pas les moyens de faire ça, on est un organisme public », sourit l’une des têtes pensantes de Paris 2024.

Le rendez-vous de Doha ? « Il a été très bien préparé, on y va en sachant précisément ce que l’on doit faire : on veut passer pour une équipe sympathique et dynamique à l’image de notre projet » explique Sophie Lorant. Et jusqu’à preuve du contraire, on ne s’est jamais fait des alliés avec un joli PowerPoint.