JO 2016: Avec les enfants des favelas de Rio, les judokas Gévrise Emane et Priscilla Gneto oublient leur déception

JUDO Les deux athlètes ont laissé derrière elles leurs éliminations prématurées respectives pour rendre visite lundi aux enfants du Morro do Fuba…

De notre correspondant à Rio, Corentin Chauvel

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Gévrise Emane et Priscilla Gneto posent avec les enfants de la favela du Morro do Fuba
Gévrise Emane et Priscilla Gneto posent avec les enfants de la favela du Morro do Fuba — Corentin Chauvel/20 Minutes

Lundi matin, sous le chaleureux soleil hivernal de Rio, on s’active sur la terrasse de la maison occupée par l’ONG Terr’Ativa, au pied de la favela du Morro do Fuba, qui s’élève au-dessus du quartier de Cascadura, non loin du stade olympique.

Il s’agit de transformer les quelques mètres carrés de béton en dojo improvisé pour accueillir les judokas de l’équipe de France Gévrise Emane (-70 kgs) et Priscilla Gneto (-52 kgs). Pour ces dernières, les JO sont déjà terminés depuis quelques jours. Elles profitent donc de leurs derniers jours sur place pour faire valoir leur participation au projet Solida’Rio, qui vise à récolter des fonds (20.000 euros) pour que Terr’Ativa puisse rénover ses locaux et construire un terrain multisport dans l’école du quartier.

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La seule ONG des lieux, dont l’histoire débutée en 1999 est marquée par le tragique assassinat de ses trois fondateurs français il y a neuf ans, propose en effet soutien scolaire et activités sportives et culturelles pour les enfants de la favela.

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Une tenue de super-héros

Faute de tatamis, des tapis de salon colorés sont placés au sol. Afin de préparer la dizaine d’enfants de 6 à 13 ans présents pour l’événement, des kimonos leur sont distribués. « C’est comme si on leur mettait une tenue de super-héros », sourit Karim Dahli, professeur de judo au Randoris Club de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne) qui a fait don des tenues et dont l’encadrement a fait le déplacement à Rio en compagnie de plusieurs jeunes du club.

Gévrise Emane (kimono bleu) et Priscilla Gneto (kimono blanc) en plein cours.
Gévrise Emane (kimono bleu) et Priscilla Gneto (kimono blanc) en plein cours. - Corentin Chauvel/20 Minutes

 

Avant que les stars du jour n’arrivent depuis le village olympique, les jeunes Français apprennent à leurs homologues brésiliens quelques rudiments de leur sport, du salut initial aux prises basiques. Les fous rires sont au moins aussi nombreux que les problèmes de communication dus à la barrière de la langue, mais les élèves du Morro do Fuba sont appliqués et y mettent du cœur.

« Je pense au sourire des enfants »

Quand Gévrise Emane et Priscilla Gneto finissent par arriver, les mômes sont affûtés. A peine leur kimono des JO enfilé, les deux judokas attrapent chacune un petit Brésilien et la démonstration peut commencer pour un dénouement plus heureux que dans l’Arena Carioca 2 du parc olympique. Il y a quelques jours, Gévrise Emane était éliminée en 1/8e de finale et Priscilla Gneto en 16e de finale du tournoi olympique.

Leur présence auprès de l’ONG et des enfants dont elle s’occupe leur permet de tourner la page de ce résultat décevant. Pour Priscilla Gneto, « la douleur sera toujours là », mais « la compétition est passée, j’essaye de profiter, de partager mon expérience avec les enfants et de penser à autre chose ». « Là j’y pense pas du tout, je pense surtout au sourire des enfants, à leur joie et à leur plaisir de nous rencontrer », affirme pour sa part Gévrise Emane qui était déjà venue sur place en septembre dernier et a convaincu sa consœur de la suivre dans l’aventure.

« Avec des Jeux à Rio, je me voyais mal m’occuper que du côté sportif et de la performance, j’étais mal à l’aise par rapport à cela, en connaissant tous les problèmes sociaux qui existent ici », souligne la triple championne du monde de judo. « Je ne me rendais pas compte et de voir les conditions dans lesquelles ces enfants vivent permet de faire réfléchir et relativiser les nôtres », confirme Priscilla Gneto.

Une favela « abandonnée des pouvoirs publics »

Comme le rappelle Justine Laborde-Barbanègre, coordinatrice générale de Terr’Ativa, la communauté du Morro do Fuba et ses 10.000 habitants « est commandée par une milice et complètement abandonnée par les pouvoirs publics ». « Ces enfants ne sortent quasiment jamais de la favela, ont de gros retards sur le plan scolaire, ne sachant pas lire et écrire à 11-12 ans, et notre but est non seulement de leur apporter un complément d’éducation, mais également de les faire sortir dans la ville pour leur montrer qu’elle leur appartient aussi, que leur vie ne se résume pas à leur quartier », explique-t-elle.

A travers ces nouvelles activités comme le judo, mais aussi l’escrime – l’équipe de France d’épée, championne olympique dimanche, prend également part à Solida’Rio -, Gévrise Emane espère de tout cœur que les enfants du Morro do Fuba « s’ouvriront sur l’extérieur et ne basculeront pas trop vite dans le monde des adultes en prenant le mauvais chemin ».