JO 2016: A l’ombre du parc olympique, Vila Autodromo, la favela résistante

REPORTAGE La mairie de Rio a tout fait pour la raser entièrement, mais 20 familles sur 450 ont réussi à y rester…

De notre correspondant à Rio, Corentin Chauvel

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Peu avant les Jeux s'élevait encore sur ce terrain vague la favela de Vila Autodromo.
Peu avant les Jeux s'élevait encore sur ce terrain vague la favela de Vila Autodromo. — Corentin Chauvel/20 Minutes

La foule de spectateurs qui débarque chaque jour au parc olympique de Rio passe à côté sans même la voir. Il ne reste aujourd’hui de Vila Autodromo, favela voisine du site principal des JO, qu’une maison de l’époque où les lieux accueillaient jusqu’à 450 familles. Autour, un terrain vague, une série de mobil-homes abandonnés et une unique petite rue avec de nouvelles petites maisons blanches.

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« Cette rue s’appelait à l’origine Nelson Piquet, mais comme il n’y a plus aucune autre rue dans le quartier, elle a pris son nom, Vila Autodromo », explique Michel Soares do Nascimento. Cet étudiant en psychologie de 29 ans, venu vivre dans la communauté il y a quatre ans pour s’installer avec sa femme et la famille de cette dernière, est l’un des derniers habitants des lieux. Avec 20 autres familles, ils ont lutté jusqu’au bout contre leur expulsion par la mairie de la ville qui voulait faire place nette. Et le « petit village gaulois », comme le surnomme Anne-Marie Broudehoux, chercheure québécoise en design de l’environnement et qui suit le dossier depuis plusieurs années, a fini par gagner.

Michel Soares do Nascimento vient d'emménager dans l'une des rares maisons reconstruites sur le terrain de la favela.
Michel Soares do Nascimento vient d'emménager dans l'une des rares maisons reconstruites sur le terrain de la favela. - Corentin Chauvel/20 Minutes

« On a voulu rester parce que c’était une bonne communauté, sans criminels, sans trafics, mais beaucoup de gens bien sont partis et se retrouvent aujourd’hui en difficulté », déplore Michel. Parmi eux, Inalva Mendes Brito, ancienne professeure dans une école du quartier. Elle a vécu durant trente-cinq ans à Vila Autodromo avec sa famille, qui y avait trouvé refuge durant la dictature, avant d’en être expulsée il y a plus d’un an.

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Cette fer de lance de la lutte contre la mairie raconte : « Le processus d’expulsion a commencé dans les années 1990, d’abord sous prétexte de questions environnementales, puis à cause des Jeux Panaméricains (2007, ndr) et enfin les Jeux Olympiques, qui légitiment pour la mairie tous les désastres. » Pourtant détentrice d’un titre de propriété, comme la majorité des familles du quartier, Inalva s’estime ainsi victime de la spéculation immobilière, particulièrement féroce à Rio et dans cette zone ouest, dont le quartier du parc olympique fait partie.

« J’ai gagné de l’argent, mais j’ai perdu mes droits »

Les expulsions décrétées à Vila Autodromo n’ont pas été sans compensation. La mairie a proposé aux habitants de l’argent ou un logement. « Des effets de communication », peste Inalva. « Nous avions des maisons que nous avions construites nous-mêmes, avec un petit jardin, dans lesquelles vivaient des familles entières, et ils nous ont proposé des appartements ressemblant à des boîtes d’allumette en échange. Avec l’argent, ils voulaient tout marchander. »

Inalva Mendes Brito a vécu pendant 35 ans à Vila Autodromo avant d'être expulsée il y a un an.
Inalva Mendes Brito a vécu pendant 35 ans à Vila Autodromo avant d'être expulsée il y a un an. - Corentin Chauvel/20 Minutes

 

Inalva a fini par accepter le chèque, mais elle ne l’exprime plus en public. « J’ai gagné de l’argent, mais j’ai perdu mes droits », se contente-t-elle d’indiquer. Le demi-million d’euros reçu en échange de son départ de Vila Autodromo a fait des jaloux, selon Anne-Marie Broudehoux. En effet, plus les gens sont restés longtemps, plus ils ont gagné d’argent. Mais à quel prix ?

Tensions et jalousie

« Inalva Mendes Brito se retrouve aujourd’hui isolée, voire en danger. Pour les uns, elle est devenue une traître parce qu’elle n’a pas résisté à la pression, pour les autres, qui n’ont pas eu autant parce qu’ils sont partis en premier, cela provoque tension et jalousie », explique la chercheure. « Cette stratégie de la mairie de diviser pour mieux régner, en créant des inégalités, a détruit des vies, certains habitants sont tombés malades, d’autres sont morts, c’est d’une tristesse », ajoute-t-elle. A 70 ans, Inalva doit recommencer à zéro, loin de Vila Autodromo et des siens : son mari est mort, sa fille ne lui parle plus et elle a été séparée de tous les autres membres de sa famille.

A l’image de Michel, le groupe d’habitants qui a pu rester doit lui aussi se reconstruire dans ces nouvelles petites maisons avec jardin que la mairie leur a fait bâtir tout récemment, toujours à l’ombre du parc olympique. Un lieu dans lequel le jeune homme ne pénétrera d’ailleurs même pas : « C’est trop cher ! Je n’ai pas d’argent pour me payer des billets ». Mais cela ne le dérange pas, son ticket pour rester à Vila Autodromo est bien plus précieux. Et si c’était celle-là, la plus belle victoire des JO ?