Ligue 1: «J'ai lu qu'on m'attendait au tournant mais je n'ai rien à prouver», nous explique Pascal Dupraz
INTERVIEW•L'entraîneur toulousain s’est confié à 20 Minutes à l’occasion du coup d’envoi de la nouvelle saison de Ligue 1…Propos recueillis par William Pereira
Après l’euphorie, la remise au travail. Encensé pour avoir permis à Toulouse de se maintenir en Ligue 1 à la faveur d’une fin de saison héroïque, Pascal Dupraz doit désormais guider les siens à travers une nouvelle saison qui commence dès dimanche contre l’OM. Cette fois-ci, la mission sera différente, plus longue, et devra être remplie sans l’as Wissam Ben Yedder, parti à Séville. Mais le coach toulousain l’assure. Pour lui, ça ne change rien.
Comment appréhendez-vous cette nouvelle saison ? Pas trop de pression sur vos épaules ?
J’ai lu récemment qu’on m’attendait au tournant parce que le club s’est maintenu et qu’on voulait voir ce que j’étais capable de faire sur une saison. Mais moi je n’ai rien à prouver aux gens. J’ai à justifier mon engagement auprès du président si vous voulez… Et aussi tous les supporters toulousains, mais personne d’autre.
On a tendance à dire que quand une équipe gagne, c’est en partie grâce à l’entraîneur, et que quand elle perd c’est uniquement de sa faute…
(Il coupe) Il faut le comprendre. Si on fait ce métier, on doit en accepter les règles du jeu. Pour moi, oui, l’entraîneur est responsable des défaites. Pour les victoires, il est obligé de les partager, et encore ce sont plus les joueurs qui ont les mérites en tant qu’acteurs des matchs. Si les acteurs ne sont pas bien inspirés c’est à cause du coach, et s’ils sont bien inspirés c’est qu’ils sont géniaux. Et c’est très bien ainsi. Après il y a vos certitudes, vos convictions en tant que coach. Il faut savoir faire front, ne pas être ébranlé à la moindre déconvenue. Il faut sans cesse chercher à s’améliorer, sans cesse chercher à comprendre le football qui sans cesse vous échappe.
aQuelles évolutions avez-vous noté récemment dans le football ?
Les joueurs sont aujourd’hui des athlètes, ils sont extrêmement bien préparés. Du coup le jeu va beaucoup plus vite. Après, ce qui fait la différence ce sont les joueurs fuoriclasse, même si la maîtrise du collectif est très importante. Après si vous avez la maîtrise et les joueurs fuoriclasse, vous n’êtes pas loin du Paris Saint-Germain (il rit).
Que pensez-vous du PSG justement ?
Ce que fait Paris c’est beau, mais je ne me permettrais pas de dire que c’est plus facile d’être entraîneur du PSG. Il y a des stars, il y a une certaine pression. Le métier n’est pas le même.
Comment définiriez-vous le rôle d’un entraîneur au sein d’une équipe, dans sa globalité ?
L’entraîneur a un rôle à jouer quant à sa philosophie de jeu et aussi à sa capacité à faire jouer son équipe comme il le souhaite tout en s’adaptant à l’effectif qui est à notre disposition. C’est toujours important de sentir qu’on a un impact sur les joueurs, mais, je le répète, il faut savoir s’effacer par rapport à eux. Souvent on me dit « oui, le maintien on vous le doit ». Non, moi j’ai mis les joueurs en situation pour qu’ils réalisent l’exploit. C’est bien eux qui l’ont fait.
Vous avez quand même une responsabilité dans ce maintien à travers le discours, à travers le message transmis, notamment lors des dernières journées…
Oui mais… (agacé) on me réduit souvent à ça mais il n’y a pas que ça. Moi je ne me tape pas sur le ventre quand on me dit que le TFC a bien joué, mais il faut voir que sur les dix derniers matchs le TFC s’est maintenu mais a aussi très bien joué. On a produit un football tourné vers l’avant avec une vraie sensation d’équipe très soudée, difficile à bouger, capable de récupérer les ballons très vite. Cette équipe a joué avec beaucoup d’enthousiasme sur ces dix matchs, et on a tendance à l’oublier.
Il y a eu un changement de regard vis-à-vis du TFC depuis votre arrivée ?
Les supporters toulousains sont revenus en nombre au stade, mais aussi beaucoup de gens en France qui ne suivaient pas forcément Toulouse se sont mis à s’y intéresser parce que les joueurs étaient en train de réaliser une remontée fabuleuse. On a généré cette émotion-là… C’est comme ça que je conçois le foot, et c’est comme ça que j’ai envie de le concevoir avec eux.
On parle justement beaucoup de cette bonne ambiance autour du club depuis la fin de saison passée. C’était quelque chose de voulu de votre part ?
Oui, avec l’aval du président bien sûr. Moi ce que je veux, c’est par exemple que les séances d’entraînement soient ouvertes au public. Après, si on impose une restriction du nombre de supporters en termes de sécurité, ok, je l’admets. Mais si c’est pour se cacher, pour travailler à l’abri des regards ou sous la tranquillité… Le week-end on est content quand il y a du monde, de la pression, du brouhaha. Pourquoi on ne s’entraînerait pas dans ces conditions ?
Avant cette aventure toulousaine on a appris à mieux vous connaître grâce à votre passage sur Canal +. Que vous a apporté cette expérience ?
J’ai vu que dans le métier de journaliste il fallait aussi être professionnel. Que ce soit sur Canal + ou Europe 1, qui sont les médias où j’ai été le plus présent, il y a de vrais pros. Donc ça m’a permis d’appréhender cet univers différemment. Ça a bousculé pas mal de choses chez moi, ça m’a permis de me remettre en cause parce que ce n’est pas évident d’intervenir en direct devant les caméras, même si vous avez beaucoup travaillé votre palette. Après, je pense que les gens ont pu découvrir grâce à cette expérience que si je n’engendre pas la mélancolie, je reste un homme joyeux et que je ne suis pas réduit à un type qui gesticule sur un banc de touche.



















