Fifa: Parcours, soutiens, casseroles... Qui sont les cinq candidats à la présidence

FOOTBALL Le changement, c'est maintenant. Le successeur de Sepp Blatter à la tête de la Fifa doit être élu ce vendredi... 

N.C.
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Le Prince Ali devant les médias à son arrivée à Zurich, le 25 février 2015.
Le Prince Ali devant les médias à son arrivée à Zurich, le 25 février 2015. — Patrick B. Kraemer/AP/SIPA

On y est. Après des mois de scandales qui ont plongé la Fifa dans le chaos, la Fédération internationale va élire un nouveau président, vendredi. Adieu Sepp Blatter, place au renouveau. En tout cas sur le papier. Les cinq candidats promettent en effet de tout faire pour que l’institution qui règne sur le foot mondial se rachète une crédibilité dans les années à venir. Présentation de ces cinq hommes aux louables intentions, avec leur parcours, leurs soutiens… et leurs casseroles.

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Cheikh Salman (50 ans, Bahreïn)

Qui est-il ? 

Le cheikh Salman ben Ibrahim Al-Khalifa, de son nom complet, vient du Barhein. Peu connu en Europe avant de se lancer dans cette course à la présidence, il apparaît aujourd’hui comme le grand rival d’Infantino. Membre de la famille royale de l’Emirat, ce grand fan de Manchester United est entré dans le monde du football par le terrain, dans les années 80. Joueur modeste, il a commencé à gravir les échelons au sein de sa Fédération nationale au cours des années 90, jusqu’à en devenir le président en 2002. En 2013, ce père de trois enfants s’est présenté avec succès à la présidence de la puissante Confédération asiatique (AFC) et dispose depuis 2015 d’un siège de vice-président à la Fifa.

Le cheikh Salman.
Le cheikh Salman. - Hasan Jamali/AP/SIPA

Ses atouts

Sa réputation. Le cheikh Salman a succédé à la tête de l’AFC au sulfureux Mohammed Bin Hammam, radié à vie pour corruption. Inutile de dire qu’il a fallu travailler dur pour redresser la Confédération asiatique. Son approche a été largement saluée, et son image de « nettoyeur » est évidemment un gros plus quand on brigue la tête d’une institution ébranlée par les scandales.

Ses projets de réformes

Pour lui, la transparence passe par la séparation de la Fifa en deux entités distinctes. D’un côté, la « Fifa football », qui aurait pour mission de gérer les compétitions organisées par la Fédération internationale (Coupe du monde, Mondial des clubs, etc.). De l’autre, la « Fifa business », chargée de toutes les questions de marketing, de sponsoring et de droits télé. « C’est uniquement en séparant strictement l’origine des fonds et en supervisant chaque dépense que nous pourrons garantir la renaissance d’une nouvelle Fifa qui rende réellement des comptes et qui soit digne du respect de chacun », assène-t-il. Pour le reste, le Cheikh propose, comme son adversaire de l’UEFA, une Coupe du monde à 40… et de réformer la durée des matchs. Il défend l’idée d’un temps de jeu effectif (avec arrêt du chronomètre mais sans temps additionnel) pour un match de football de 80 minutes, comme c’est le cas au rugby.

Ses casseroles

L’élection approchant, le Cheikh a subi quelques charges. Un député anglais a par exemple évoqué mercredi les accusations qui portent sur lui quant à une négociation sous forme d’aide au développement pour gagner le soutien du Kirghizistan à son élection à la tête de l’AFC en 2013. La semaine passée, c’est Sky News qui le mettait en cause dans une histoire de match truqué entre Bahreïn et le Togo en 2010. Le Cheikh Salman aurait été en lien à l’époque avec Wilson Raj Perumal, un Singapourien de 49 ans connu pour être le plus grand truqueur de matchs de football du monde.

Les critiques dont il fait l’objet dépassent parfois le cadre du football. Par exemple avec son implication supposée - qu’il réfute - dans la répression du soulèvement chiite de 2011 à Bahreïn. « D’affreux mensonges », a-t-il toujours répondu, face aux personnes lui reprochant de ne pas avoir protégé des sportifs bahreïnis inquiétés après avoir participé aux manifestations.

Ses soutiens

L’appui de sa Confédération ne fait aucun doute. Les 46 voix de l’AFC lui sont acquises, tout comme les 54 de l’Afrique. Enfin, officiellement… La CAF a réitéré son appel à voter pour lui cette semaine, mais des dissidences en faveur d’Infantino sont plus que probables. La question est : dans quelle mesure ?

Chance de victoire : 50 %.

 

Gianni Infantino (45 ans, Italie-Suisse)

Qui est-il ? 

Jusqu’à il y a quelques mois, Infantino, juriste italo-suisse de 45 ans, n’était pour beaucoup que l’homme chauve qui parle beaucoup mais qu’on n’écoute pas trop lors des tirages au sort des coupes d’Europe. Mais ça, c’était avant. Avant que Michel Platini, dont il était le bras droit à l’UEFA malgré sa propension à supporter l’Inter Milan, ne soit emporté par la vague de scandales de corruption qui a touché la Fifa. Voilà désormais ce père de quatre filles, né à Brigue, dans le Haut-Valais, à une dizaine de kilomètres du village natal Sepp Blatter, en bonne position pour succéder à son compatriote.

Gianni Infantino, le divin chauve.
Gianni Infantino, le divin chauve. - Schalk van Zuydam/AP/SIPA

Ses atouts

Le Suisse a le sens du contact. Polyglotte (anglais, français, allemand, espagnol et italien), il s’est construit un réseau solide depuis son entrée à l’UEFA, en 2000, au poste de chargé des questions juridiques et commerciales. Il a la réputation d’être un homme de confiance et sa participation à la commission des réformes de la Fifa n’est pas passée inaperçue.

Ses soutiens

Ils sont très nombreux. L’Europe et ses 53 voix, évidemment. La Concacaf (35 voix) et la confédération sud-américaine (10 voix) ne se sont pas officiellement exprimées mais elles se rangent traditionnellement derrière le candidat européen. En fait, le gros enjeu pour le Suisse est l’Afrique, dont les 54 voix sont censées aller au Cheick Salman. Infantino y a passé beaucoup de temps ces dernières semaines pour arracher quelques votes.

Ses projets de réformes

Il a repris beaucoup d’idées du comité des réformes, auquel il appartenait. Ainsi, il souhaite la création d’un nouveau comité exécutif de la Fifa, la limitation du nombre de mandats pour les membres (président compris) et la nomination de personnalités indépendantes dans les différents comités de la Fédération. L’une de ses grandes réformes concerne la Coupe du monde. Infantino prône le passage à 40 nations qualifiées pour une compétition qui aurait lieu dans plusieurs pays.

Ses casseroles

Peu exposé jusqu’à présent, aucun gros dossier ne lui pend au nez. En tout cas directement. Son adversaire Jérôme Champagne a relevé récemment, sans nommer Infantino, quelques affaires de corruption présumée à l’UEFA pendant le mandat de ce dernier. Par exemple, des cas de matchs truqués en Turquie en 2011 et en Grèce en 2015, ou des soupçons d’arrangement lors de l’attribution de l’Euro 2012. En interne, Infantino a seulement fait grincer quelques dents parmi les proches de Platini à l’UEFA en faisant « beaucoup de politique », selon l’un d’entre eux. Et pas dans le meilleur sens du terme.

Chance de victoire : 49 %.

 

Prince Ali (40 ans, Jordanie)

Qui est-il ? 

Un homme de puissante famille, déjà. Le Prince Ali de Jordanie est le troisième fils de l’ancien roi Hussein, et le demi-frère de l’actuel roi Abdallah II. Vice-président de la FIFA pour l’Asie depuis 2011, il dirige également depuis 1999 la Fédération jordanienne de football. Âgé de 40 ans, ce supporter d’Arsenal possède le rang de général dans l’armée jordanienne. Rien de plus logique pour ce grand fan de lutte-gréco-romaine, lui-même lutteur d’exception, champion de l’université de Salisbury, dans le Connecticut, lors de sa scolarité américaine. Marié depuis 2004 à l’ex-journaliste algérienne Rym Brahimi, le prince Ali est père d’une fille et d’un garçon.

Le Prince Ali Bin al-Hussein, passion lutte.
Le Prince Ali Bin al-Hussein, passion lutte. - AFP PHOTO / SAJJAD HUSSAIN

Ses atouts

Son principal atout est également son plus gros désavantage dans cette course à la présidence. Le Prince Ali bénéficie d’une solide image d’homme intègre. C’est lui, notamment, qui avait mené la fronde contre Sepp Blatter en mai dernier. Une position qui lui a valu de se faire quelques ennemis dans le milieu… Fidèle à ses principes, le Jordanien a tenté de faire repousser l’élection de vendredi afin d’obtenir la mise en place d’un isoloir transparent. Une demande retoquée par le TAS.

Ses projets de réformes

Il souhaite qu’elles soient « nombreuses », mais l’on n’en connaît pas les détails. En revanche, il est le seul à avoir promis que s’il était élu, il ferait publier dans son intégralité l’explosif rapport Garcia sur la corruption au sein de la Fifa.

Ses soutiens

On a bien cherché, jusqu’au fond d’Internet. Aucune trace d’un soutien officiel d’une confédération. Mais l’Iraq l’appuie officiellement. Et sans doute la Jordanie, sa propre fédé. Et il a fait 73 votes en 2015, donc il doit bien lui en rester quelques-uns.

Ses casseroles

On a bien cherché, jusqu’au fond d’Internet. Aucune trace de trafic d’influence, de corruption, de quoi que ce soit en fait.

Chance de victoire : 1 %.

 

Tokyo Sexwale (62 ans, Afrique du sud)

Qui est-il ? 

Le Sud-Africain est plus connu dans ses activités politiques et industrielles que dans les arcanes du football mondial. Engagé dans la lutte contre l’Apartheid dès les années 60, il a été emprisonné en 1977 dans les geôles de Robben Island, où il a passé 13 ans aux côtés notamment de Nelson Mandela. Brièvement ministre au milieu des années 90, il s’est ensuite consacré à une activité bien plus rentable : les mines de diamants. Mosima Gabriel Sexwale, surnommé Tokyo quand il était jeune en raison de son amour pour le karaté, y a fait fortune, investissant par la suite avec sa société New Bond Capital dans les secteurs des mines, de la santé, de la finance et de l’immobilier. A 62 ans, il est aujourd’hui l’ un des hommes les plus riches de son pays avec une fortune estimée à plus de 200 millions d’euros.

Tokyo Sexwale
Tokyo Sexwale - jeromedelay/AP/SIPA

Ses atouts

Même lui semble encore les chercher. Son image de combattant des discriminations - il a été nommé en 2015 président du Comité de surveillance de la Fifa pour Israël et la Palestine et il fait partie du comité anti-racisme et anti-discrimination - est aussi louable que légère pour aborder cette élection.

Ses projets de réformes

Hormis le projet de bannir les sponsors des maillots des équipes nationales, on n’a pas trouvé grand-chose.

Ses soutiens

Environ personne. Sa propre fédération, agacée par sa discrétion, ne devrait pas voter pour lui.

Ses casseroles

Sa seule expérience dans le football, quand il a été nommé membre du comité d’organisation de la Coupe du monde 2010, lui a valu d’être entendu en tant que témoin devant un grand jury par le FBI en décembre dernier. L’objet ? Un paiement suspect de 10 millions de dollars (environ 9 millions d’euros) au vice-président de la Fédération internationale de l’époque, Jack Warner (banni à vie depuis) en provenance d’Afrique du Sud. Dans ses affaires privées, il est soupçonné d’avoir touché des pots de vin lors du rachat d’Uramin par Areva, afin de favoriser l’obtention d’un marché de 12 EPR en Afrique du Sud.

Chance de victoire : 0 %.

 

Jérôme Champagne (57 ans, France)

Qui est-il ? 

On ne peut pas dire qu’il ait le profil de l’homme neuf à la Fifa. Entré à la Fédération internationale en 1999 en tant que conseiller du président Blatter, ce diplomate de formation a ensuite occupé les fonctions de secrétaire général adjoint, délégué du président et directeur des relations internationales, jusqu’en 2010. Ces dernières années, il s’était éloigné du monde du foot, avant de tenter de revenir par la très (trop ?) grande porte en mai dernier. Champagne, 57 ans, était en effet le candidat surprise à l’élection du président de la Fifa, mais il avait finalement dû renoncer faute de parrainages. Passionné par la voile, les Verts (il était présent à Glasgow un triste soir de 1976) et le Barça (il a sa carte de socio), il est un peu le monsieur Loyal de cette élection.

Le doute, par Jérôme Champagne
Le doute, par Jérôme Champagne - Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Ses atouts

Contrairement à ce que beaucoup pensent, lui assure que son passé à la Fifa plaide en sa faveur. « Pour mener les réformes, il faut connaître l’institution de l’intérieur », dit-il. Candidat indépendant, mais peut-être un peu trop…

Ses soutiens

Pelé, qui a connu Jérôme Champagne quand ce dernier était diplomate au Brésil dans les années 80, tient pour lui. Problème, l’ancienne gloire du foot ne vote pas. A priori aucune fédération n’a prévu de mettre son nom dans l’urne. Même pas la France, qui «l’emmerde» et lui préfère Infantino.

Ses projets de réformes

Aucun. Mais il a une bonne raison. « Une seule réforme ne suffira pas. Voilà pourquoi je ne propose pas de réformes mais des engagements », a assuré Jérôme Champagne, dont les priorités sont : « Adapter la gouvernance de la Fifa aux réalités d’aujourd’hui, appliquer les plus hauts standards de transparence et d’éthique, moderniser l’administration, augmenter la présence des femmes et associer les joueurs, les clubs et les ligues en créant une division du football professionnel. »

Ses casseroles

Aucune, si ce n’est qu’il fut le bras droit de Blatter. Mais comme il le dit si bien : « Le prince Ali a été élu vice-président de la FIFA grâce à Sepp Blatter. Le cheikh Salman a été élu président de l’AFC grâce à Sepp Blatter. Tokyo Sexwale a été nommé responsable de la task force contre le racisme par Sepp Blatter. Donc ça n’est pas une question de Monsieur Blatter ou pas. Moi, j’ai travaillé pendant onze ans à la FIFA, mais je n’ai pas honte de ces années-là. Pourquoi ? Parce que je ne me suis jamais occupé des questions financières et commerciales. » En même temps, pas facile d’avoir assisté à un quelconque match de district ces 30 dernières années sans avoir été en lien avec l'omnipotent futur ex-président de la Fifa.

Chance de victoire : 0 %.