COP21: Et la Ligue 1, elle est écolo ou pas du tout ?

FOOTBALL C'est la COP21, profitons-en pour se demander si la Ligue 1 est un peu verte ou pas...

Nicolas Camus

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Le Parc des Princes en panoramique, c'est beau.
Le Parc des Princes en panoramique, c'est beau. — FRANCK FIFE / AFP

Paris, dernier espoir mondial pour le climat. Le coup d’envoi de la fameuse COP21 a été donné cette semaine, et on l’aura compris, tout le monde doit se sentir concerné. Alors même si l’avenir de la planète dépend un peu plus de la volonté de la Chine de se bouger que des trajets en bus du PSG, pourquoi ne pas se pencher sur l’impact environnemental de la Ligue 1 ?

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Voilà en effet un terrain beaucoup moins défriché que la forêt amazonienne. Pour la L1 - et plus globalement le foot français -, les Verts, c’est plus Rocheteau ou Larqué que Cécile Duflot. Depuis quelques années, comme dans l’ensemble de la société, les choses bougent, évidemment. En 2012, l’UCPF (Union des clubs professionnels de football) publiait son « Manuel du match responsable ». L’année suivante, la famille du foot français signait d’une seule main la charte « Pour un football solidaire et responsable », imaginée par la Fondation du football.

 

Et depuis ? Car ces textes n’avaient rien de bien « contraignant », pour reprendre une expression chère à François Hollande. Et les signes de bonne volonté, c’est bien ; les actes concrets, c’est mieux. Parlez-en aux négociateurs des sommets de Copenhague ou Lima.

« Quand on parlait de ces sujets il y a sept ans, ils n’étaient absolument pas pris en considération. Ils font maintenant partie des priorités des clubs », assure Nathalie Boy de la Tour. Et la directrice générale de la Fondaction du Football (le nouveau nom de la Fondation du football) de citer le tri sélectif, les ecocup (gobelets réutilisables) ou des nombreuses opérations de sensibilisation auprès du grand public menées par différents clubs.

Quant à l’UCPF, en pleine révolution après la décision des clubs de l’élite de créer leur propre syndicat en septembre, difficile d’évoquer avec elle la poursuite des engagements pris. Tout juste y précise-t-on que pour ces TPE que sont les clubs de Ligue 1, « le développement durable est abordé du point de vue économique et sociétal plus qu’écologique à proprement parler ».

Nous voilà bien avancé… Bon, en résumé, est-ce que l’on peut dire que la Ligue 1 est vraiment attentive à ces questions ? « Ce n’est pas la compétition sportive la plus écologique de France, c’est clair, répond Jérôme Lachaze, expert des questions sport et développement durable et qui interviendra lors de la journée qui y sera consacrée lors de la COP21, le 8 décembre. Est-ce qu’ils compensent leurs transports en avion ? Est-ce qu’ils proposent des produits bios, locaux ou durables dans leur buvette ? Je ne suis pas sûr. »

Et le bilan carbone ?

Autre élément, le bilan carbone de leurs activités (matchs, déplacements, etc.). Invités à le présenter les clubs ont fait semblant de ne pas avoir vu. « Ce serait vraiment bien, pourtant, de savoir ce que ça représente, reprend Nathalie Boy de la Tour. Après, que met-on dans l’empreinte carbone ? Il y a une vraie réflexion à mener pour définir le périmètre, les indicateurs pour pouvoir la calculer, la suivre, l’évaluer et mettre en œuvre les actions qui permettraient de la contrôler. »

Sa fondation s’était amusée à le faire pour le foot amateur. Résultat, 86 kg équivalent CO2 par match. Sachant qu’il y en a environ 1.000 par an, cela donne 86.000 tonnes équivalent CO2 générés par l’organisation des matchs de foot sur un an (pour voir ce que représente une tonne de CO2, c’est par ici). Au niveau professionnel, la seule trace d’un tel bilan se trouve au fin fond d’une étude d’universitaires de l’UTT de Troyes paru en 2013.

Source : http://fr.slideshare.net/MichelDauguet/bilan-carbone-du-stade-de-laube-final

Aujourd’hui, difficile de dire, donc, si la Ligue 1 a envie de se mettre au vert autrement que lors des veilles de match. Un peu, sans doute, mais de loin. Les clubs songent d’abord à équilibrer leurs comptes avant de sauver la planète. Voilà quelques pistes de réflexion que les clubs pourraient mener, que ce soit sur les transports, l’accès au stade des spectateurs. Avec l’éclairage de Jérôme Lachaze.

Intéresser les spectateurs avec du ludique

« Ils viennent pour un spectacle. Leur préoccupation première, c’est d’aller à leur place, point. Il faut donc trouver des moyens de les intéresser à l’environnement, parce qu’on a beau mettre en place un tri des déchets, à la fin c’est le consommateur qui fait ou non l’action. Pour ça, l’une des solutions est de le faire de manière ludique. Par exemple en utilisant les nouvelles technologies. Si on arrive à mesurer que vous achetez un produit bio ou que vous êtes venu en transport en commun, vous gagnez des points ou une réduction sur votre billet. J’ai aussi vu des courses avec des cibles sur les poubelles… Cet aspect n’est pas du tout développé. C’est la prochaine étape ».

Des fans zones d’un nouveau genre

« Pour moi, les événements de demain sont ceux qui font venir un minimum de personnes sur les sites. Evidemment, il n’est pas question de ne pas faire se déplacer du tout les gens au stade, mais on peut faire en sorte que le stade vienne un peu à nous. Dans ce cadre, on peut travailler sur les fans zones. Comment les rendre plus vivantes, plus innovantes. Ce qu’a fait Adidas avec son Digital Stadium est une piste. Imaginez, pour l’Euro 2024 par exemple, des gens aux quatre coins de l’Europe réunis virtuellement pour suivre un match, en hologramme ou quelque chose comme ça ».

Un système de compensation carbone de la part des clubs

« Les clubs pourraient tout simplement dire « on sait que l’ensemble de nos déplacements est égal à X tonnes équivalent Co2, on ne peut pas faire autrement parce que ça fait partie de notre métier, mais on décide de compenser en soutenant un projet environnemental au niveau de notre ville ou de notre région ». Si on est sur des chiffres comme 45 fois le tour de la terre (en nombre de kilomètres de déplacement), ça fait 18.000 euros. On soutient un projet pour ce montant, où même au-delà et pourquoi pas en engageant ses partenaires. Les grandes entreprises, aujourd’hui, réfléchissent beaucoup à ces démarches éco-responsables. Si l’OL demande à Veolia, je ne vois pas pourquoi elle dirait non ».

Un merchandising Made in France

« Ce serait une idée pour favoriser l’économie circulaire, qui consiste à réutiliser et revaloriser les déchets pour qu’ils aient une deuxième ou une troisième vie. C’est possible. La Ville de Paris, notamment, est en pointe là-dessus. Le PSG pourrait en bénéficier ».