Interview de François Hollande à l'Elysée, le 25 novembre 2015.
Interview de François Hollande à l'Elysée, le 25 novembre 2015. - C.Gonthier/20Minutes
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Il garde le cap : la COP21, la conférence mondiale sur le climat qui s’ouvre ce lundi à Paris, aura bien lieu. Malgré les terribles attentats qui ont frappé la France il y a deux semaines et un contexte international sous haute tension, François Hollande veut faire de ce rendez-vous climatique un sommet pour sécuriser la vie des générations présentes et futures. Le président a reçu 20 Minutes pour une interview exclusive à quelques heures de l’ouverture de la COP21.

Après les attentats à Paris, la France et le monde ont-ils vraiment la tête à parler de climat?

Oui plus que jamais. Car c’est le sort de l’Humanité qui est à l’ordre du jour de cette conférence. Après les attentats survenus en France, nous devons traiter l’urgence  et répondre au défi terroriste, mais aussi agir pour le long terme. C’est pourquoi j’ai voulu, au lendemain des attaques du 13 novembre, confirmer la tenue de la COP21 et appeler les chefs d’Etat et de gouvernement à venir  en très grand nombre à Paris. Ils seront plus de 150 réunis au même moment au même endroit. Pour réaffirmer leur solidarité à l’égard de la France. Pour prendre leurs responsabilités face au réchauffement de la planète.

Vous recevez en effet ce lundi plus de 150 chefs d’Etat et de gouvernement pour l’ouverture de la COP21. Comment les jeunes, ceux qui voulaient descendre dans la rue pour le climat, ceux qui sont confrontés au chômage et aujourd’hui au terrorisme, peuvent-ils avoir confiance en ces dirigeants pour trouver une solution au problème climatique?

Les manifestations de rues ont été annulées. Chacun peut le comprendre dans le contexte que nous connaissons. Mais il y a mille façons pour les citoyens de faire entendre leur voix : pétitions, réseaux sociaux, défilés partout dans le monde... C’est pour la jeunesse que se tient la COP21. Il s’agit de réduire le réchauffement de la planète d’ici à la fin du siècle et nous savons bien que si nous sommes au-delà de 2°C, la vie de nos enfants et de nos petits-enfants sera plus difficile et plus dangereuse. Des conflits éclateront à mesure que reculeront les terres cultivables et que les migrations s’amplifieront. Aujourd’hui, il y a déjà plus de réfugiés provoqués par le  climat que par les guerres. Ensuite, les solutions de la conférence à travers la transition énergétique et les financements qui l’accompagneront pourront stimuler la croissance, ce qui sera bon pour la jeunesse des pays développés mais aussi pour celle des pays les plus pauvres. Enfin, si nous voulons éviter que les fanatismes et les mouvements extrémistes s’emparent du désarroi provoqué par les conséquences du dérèglement climatique, nous devons trouver à Paris un accord ambitieux et contraignant. Je ne demande pas aux jeunes d’avoir confiance dans les dirigeants. Je leur demande de s’engager et d’être vigilants. Et l’Histoire jugera sévèrement les chefs d’Etat et de gouvernement si, en décembre 2015, ils ont manqué ce rendez-vous.

Interview du PrŽésident François Hollande dans son bureau de l'ElysŽée, le 25 novembre 2015. - Charlotte Gonthier/20 Minutes

 

Beaucoup pensent que les manifestations annulées à Paris pour des raisons de sécurité vont rendre cette pression citoyenne moins tangible…

Je fais confiance aux ONG pour lancer les alertes, vérifier les engagements, donner les informations sur la portée des décisions. Les dirigeants du monde ne pourront pas les ignorer. Les délégués de la Conférence qui viennent de tous les continents ne sont pas un public facile. Ils ne se laisseront pas faire ! Et ils auront raison.

A quelles conditions pourra-t-on dire que la COP21 est un succès?

D’abord, il faut un accord. Ensuite, cet accord doit nous mettre sur une trajectoire qui évite le réchauffement de plus de 2°C de la planète d’ici la fin du siècle. Or, si l’on fait la somme de toutes les contributions nationales qui ont été adressées pour la COP21, nous serons sensiblement au-dessus des 2°C. Ce n’est pas acceptable. Aussi, il est indispensable que soient révisés périodiquement les engagements des pays. Enfin, nous devons dégager des financements abondants pour permettre des investissements dans les pays les plus vulnérables au changement climatique. Mais, au-delà même des gouvernements, les collectivités locales, les grandes régions, les entreprises doivent également s’impliquer, notamment sur le prix du carbone.  Il s’agit de modifier le comportement de l’ensemble des acteurs économiques pour réduire le poids des  énergies fossiles. 

Quel atout a la France par rapport à d’autres pays organisateurs des conférences sur le climat pour mettre tout le monde d’accord?

Je ne jouerai pas avec les circonstances.  Ce ne serait pas digne.  Et je ne confonds pas les enjeux. Je ne demande pas à la planète de faire un geste envers la France mais pour elle-même. La France a voulu être écologiquement exemplaire. C’est le sens de la loi de Ségolène Royal sur la transition énergétique. Notre pays a su également, avec l’Allemagne, entraîner l’Europe pour faire monter les énergies renouvelables et pour dégager des financements. La France est un pays capable de parler aux pays les plus pauvres, africains notamment, comme aux plus riches puisque nous sommes au G7 et au G20, mais elle est aussi un des Etats qui fait le plus pour l’aide au développement. J’ai d’ailleurs annoncé à la tribune des Nations Unies, en septembre dernier, des engagements financiers supplémentaires de la part de la France.

L’Arabie saoudite, important producteur de pétrole, est un des pays les plus réticents pour conclure un accord contraignant sur le climat. Elle est aussi accusée, à tort ou à raison, de contribuer au financement du terrorisme. Peut-elle rester un partenaire privilégié de la France?

L’Arabie saoudite est un partenaire de la France depuis des années. Si je ne partage pas toutes les conceptions de l’Arabie saoudite notamment sur les droits de l’Homme, je sais que ce pays est un acteur indispensable pour régler les crises en Irak et en Syrie. Il en est de même de l’Iran, de la Russie ou de la Turquie. Pour la conférence sur le climat, je dois convaincre les pays producteurs de pétrole que leur avenir n’est plus dans les énergies fossiles et qu’ils doivent utiliser leurs ressources pour accélérer la transition énergétique. Aujourd’hui, le prix du pétrole est bas car de nombreux pays ont mis en place des plans pour développer les énergies renouvelables. Et cette tendance va se poursuivre. Si elle est favorable à notre pouvoir d’achat, elle ne doit pas nous freiner dans nos efforts d’économies d’énergie et de réduction de notre consommation de pétrole.

En cas d’échec de la COP21, qui en assumerait la responsabilité?

Tous les pays du monde. Et notamment les plus gros émetteurs de CO2. En revanche, si nous réussissons, ce sera Paris qui s’illustrera une fois encore comme la capitale des droits de l’Humanité.

En 2002, Jacques Chirac avait prononcé, lors de la conférence sur le climat de Johannesburg, cette phrase devenue célèbre : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Quelle serait la « punchline » aujourd’hui?

Il ne s’agit plus de regarder la maison mais de la reconstruire. Ne soyons plus spectateurs, agissons. Bâtissons un nouveau modèle, nous sommes tous les architectes de la planète. 

 « MISSION : CLIMAT » : « Au-delà des 4°C, la planète suffoquera. » 

 

François Hollande a pris quelques minutes pour découvrir le webdocumentaire de 20 Minutes lancé pour la COP21 « Mission : Climat ». Dans ce docu-fiction, le président de la République envoie un Français dans le futur pour observer les effets du réchauffement climatique. 

Si vous pouviez envoyer quelqu’un dans l’avenir, utiliseriez-vous cet argument pour convaincre le monde entier de parvenir à un accord lors de la COP21?

« Avec un réchauffement de 2°C à 3°C, les catastrophes se multiplient. Au-delà des 4°C, la planète suffoquera. L’enjeu de la COP21, c’est de décider aujourd’hui pour une planète plus vivable à la fin du siècle. Nous éprouvons là ce qu’il y a de plus beau dans la politique : faire des choix alors que nous ne serons plus là pour en constater la réussite. Je voudrais qu’en 2100 on se souvienne des dirigeants qui auront pris les bonnes décisions en 2015. Mais surtout, qu’en cas d’échec on n’oublie pas le nom de ceux qui auraient préféré attendre. »  

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