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NBA: Pourquoi le «tanking» est la honte du sport américain

NBA: Pourquoi le «tanking» est la honte du sport américain

ANTIJEUJouer pour perdre volontairement est devenue une pratique courante dans les différentes ligues américaines (NBA , NHL, NFL)…
Julien Laloye

Julien Laloye

Jordan Clarkson risque d’avoir les oreilles qui sifflent, mercredi, lors du prochain match des Lakers à domicile. Le pauvre homme pensait bien faire, pourtant. Rentrer le panier de la gagne au buzzer, c’est un moment de bonheur rare. Sauf qu’en permettant à Los Angeles de l’emporter sur le parquet de Philadelphie la nuit dernière (113-111), Clarkson s’est attiré les foudres de ses propres supporters. Le malheureux a plombé l’opération «tanking» menée avec une implication remarquable depuis le début de saison à L.A.

« This season is the worst type of fan experience there could be. I cannot be convinced otherwise. — Darius Soriano (@forumbluegold) March 31, 2015 »



Le tanking, c’est une spécialité des ligues fermées américaines: pour la faire courte, il s’agit de perdre le plus de matchs possibles afin de pouvoir recruter le meilleur joueur disponible à la draft, et redevenir compétitif à long terme, la draft permettant aux plus mauvaises formations de se refaire la cerise avec les meilleurs espoirs sortis d'université.



«Je ne veux pas entendre parler de ça, a coupé court Byron Scott, le coach d’une équipe des Lakers d’une nullité apocalyptique cette saison (20 victoires pour 53 défaites). Le même Scott, qui, en début de saison, malgré un effectif rachitique, envisageait tout à fait sérieusement «de tout faire pour développer une mentalité de champion et remporter le titre». Car tout l’art d'un bon tanking se situe dans la manière: perdre beaucoup, certes, mais perdre en donnant l’impression de ne pas l’avoir fait exprès. Et surtout, nier jusqu’au bout, et ce en dépit du bon sens. «On n’a jamais voulu saboter la saison, maintient toujours Gordon Gund, propriétaire de Cleveland en 2003, quand les Cavaliers ne vivaient que pour la perspective de décrocher Lebron James à la draft. On avait une équipe jeune qu’on essayait de faire progresser. Perdre pour avoir Lebron, on n’aurait jamais fait ça. On ne pouvait pas faire ça».



Un gros mensonge, évidemment. Les dirigeants avaient littéralement démembré l’effectif pour obtenir sur le fil le titre de pire équipe de l’année. Une pratique habituelle en NHL, la ligue de hockey. Les Buffalo Sabres, qui jouent la carotte Jack Eichel, star annoncée de la prochaine draft, ont viré leur gardien titulaire le dernier jour du mercato. Michael Neuvirth risquait de tout ficher en l’air avec ses 91% d’arrêts depuis janvier. «C’est dingue de devoir finir dernier pour avoir un bon choix de draft et améliorer l’équipe, s’est plaint l’intéressé. Le sport, c’est vouloir gagner. Jouer pour obtenir la dernière place, ça me semble injuste».

Le site tankathon.com permet de suivre les équipes les plus mauvaises de la saison en cours.

Au moins Neuvirth n’aura-t-il plus à participer à la mascarade plus longtemps, comme M.L. Carr et Greg Popovich, respectivement coachs des Celtics et des Spurs (déjà) en 97. Pour espérer tirer le gros lot Duncan, le premier sortait volontairement les joueurs trop adroits pendant les matchs, tandis que le second n’avait pas forcé David Robinson à revenir trop tôt après une blessure au pied, histoire de ne pas renforcer l’équipe dans la course à la dernière place. Les différentes ligues ont évidemment réagi, en supprimant, par exemple, la règle du dernier arrivé premier servi. Désormais, en NBA, les cinq pires équipes de l’année peuvent décrocher le premier choix de draft, avec un pourcentage de chances différents: 25% pour l’équipe la plus mauvaise, 19,5 pour la suivante, etc.



Une mesure qui n’a pas empêché le tanking sauvage, alors que d’autres idées plus ambitieuses - la prise en compte des résultats des cinq dernières années- auraient pu endiguer le phénomène. «Je ne comprends pas le problème, répond David Stern. Quand les deux pires équipes ont les deux premiers choix de draft, on dit que c’est du tanking, et quand ce n’est pas le cas, on dit que c’est terrible et qu’elles auraient dû les avoir». L'ex-big boss de la NBA n’a pas tort. En début de saison, il avait proposé à toutes les franchises de faire en sorte que les quatre pires équipes de la Ligue aient autant de chances les unes que les autres d’obtenir le premier choix de draft afin de limiter le tanking. Proposition refusée. C’est donc que le système convient à tout le monde.