F1: Un championnat du monde pour les femmes? «Pas sûr que ce soit l’idée du siècle»

SPORTS AUTO Selon Corentine Quiniou, pilote de haut niveau, alors que Bernie Ecclestone veut créer un championnat à part pour les femmes…

Propos recueillis par B.V.

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La pilote Espagnole Cameron Jorda, en 2007
La pilote Espagnole Cameron Jorda, en 2007 — Alberto Saiz_Alfaqu/NEWSCOM/SIPA

«Je pense que ce serait une bonne idée de leur donner leur propre «showcase». Pour certaines raisons, les femmes n'y arrivent pas (jusqu'à la F1, ndr), et pas parce qu'on ne veut pas d'elles.» Un championnat du monde féminin, voilà la dernière invention de Bernie Ecclestone, grand manitou de la Formule 1. «Une fausse bonne idée» pour la pilote professionnelle Corentine Quiniou, qui estime que créer un championnat à part «mettrait dans la tête du public que le championnat du monde de F1 n’est pas ouvert aux femmes».

Un championnat du monde de F1 pour femmes, vous êtes pour?

Je ne pense pas que ce soit l’idée du siècle. Je crois que ça mettrait dans la tête du public que le championnat du monde de F1 n’est pas ouvert aux femmes. Aux Etats-Unis, il y a des femmes en Indycar ou en karting au plus haut niveau. Réduire les femmes à un sous-championnat alors qu’elles pourraient participer au vrai championnat, ce serait contre-productif.

Est-ce que le sport automobile est macho?

Je n’ai jamais tellement adhéré à cette idée, car c’est un des seuls sports avec l’équitation et la voile où les épreuves sont mixtes. J’ai participé à de nombreuses courses où l’on était deux ou trois femmes et l’on roulait avec les mêmes règles et les mêmes voitures que les hommes, sans différence. Une femme qui arrive à haut niveau, si elle signe des podiums, elle le fait avec le même équipement que les hommes.

Pourquoi n’y a-t-il alors aucune femme pilote de F1 (à part Susie Wolff et Carmen Jordan, pilotes d’essai)?

Car la F1 fonctionne en système pyramidal. Il y a beaucoup moins de femmes qui se lancent dans le sport automobile que d’hommes et donc beaucoup moins qui réussissent. Réussir à trouver la pépite au milieu de X milliers de pilote hommes dans les catégories inférieures, c’est difficile. Et puis le simple talent ne suffit plus, il faut aussi bien passer avec les sponsors, venir de la bonne filière, parler couramment anglais, être à l’aise avec les journalistes… Aller très vite sur un tour ne suffit plus.

Pendant longtemps les femmes ont été empêchées d’être pilotes de chasse. Entendez-vous encore ce genre de préjugés physiques sur la capacité des femmes à gérer la vitesse?

C’est une ânerie, d’ailleurs aujourd’hui la responsable de la patrouille de France est une femme. Mais on l’entend d’avantage sur la capacité du corps à encaisser des g [ndr: la force centrifuge]. On en prend beaucoup au moment de l’accélération et du freinage et il faut une capacité musculaire importante pour ne pas que la tête parte à droite ou à gauche et que le corps les supporte. C’est pour ça que les femmes sont plus à l’aise dans des courses d’endurance où il faut conserver de la vitesse que dans des sprints d’une heure avec variations d’allure, comme en F1. Mais une femme bien entraînée est tout à fait capable de gérer ça.

Vous parliez justement des sponsors. Ne verraient-ils pas d’un bon œil d’avoir une femme au volant, comme l’assure Ecclestone?

Oui mais il faut que la fille garde les cheveux longs en sortant de la voiture pour que ça ressemble à une pub l’Oréal (rires)… On a l’impression qu’il faut qu’une femme soit bonne pilote et très présentable, alors qu’un homme doit juste être bon pilote. Beaucoup de responsables marketing femmes ne veulent pas miser sur des pilotes femmes car elles veulent rester dans les clous, l’image de la dangerosité ne colle pas aux femmes dans l’esprit des gens. On sait très bien qu’un acheteur de voiture sur deux est une femme, mais qu’une femme ne fera pas forcément le lien entre une F1 qui porte le nom de Lotus et sa voiture de tous les jours.  Alors les boîtes sont frileuses à l’idée de prendre ce risque, elles préfèrent quelque chose de plus lisse, de plus propre.

Du coup, c’est une bonne idée de créer un championnat pour habituer les gens à voir des femmes au volant…

Ce n’est pas une ineptie, et il y a d’ailleurs quelques épreuves automobiles réservées aux femmes, pour permettre aux passionnées qui n’oseraient pas de peur d'être la seule fille sur la grille de se présenter. Mais c’est plus dans la façon de la présenter [ndr : les Grand-Prix femmes auraient lieu le même week-end que les hommes et sur le même circuit, en lever de rideau, avec des voitures prêtées par les écuries]. Ça donne presque l’impression que les femmes sont un faire-valoir, les pom-pom girls avant le spectacle. Ca me semble être une fausse bonne idée.