CAN 2015: Mais quelle est la véritable influence des marabouts sur les équipes africaines?

FOOTBALL Plusieurs joueurs font appel à leurs services…

Romain Baheux

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Les joueurs ivoiriens se recueillent lors d'un entraînement le 30 janvier 2015.
Les joueurs ivoiriens se recueillent lors d'un entraînement le 30 janvier 2015. — ISSOUF SANOGO / AFP

L'image colle à la peau du football africain depuis des décennies. Dans l'ombre des équipes, des marabouts ou des sorciers, appelez-les comme vous voudrez, aideraient les stars du continent à péter le feu sur la pelouse à coups d'incantations. Les suiveurs de la sélection ivoirienne, opposée à la République démocratique du Congo en demi-finale de la Coupe d'Afrique des nations mercredi, murmurent même que la carrière de l'un des attaquants vedette serait influencée par l'un d'entre eux. Pratique incontournable? Ou fantasme renforcé par un regard européen parfois condescendant?

«Un sujet tabou»

«On m'en avait beaucoup parlé avant que je n'arrive en Afrique mais c'est souvent exagéré par rapport à la réalité, raconte l'entraîneur du Congo Claude Le Roy, qui a écumé les sélections du continent. Je viens de passer un mois avec mes joueurs et aucun marabout n'est intervenu pour m'aider à préparer mes matchs. Maintenant, certains joueurs des équipes d'Afrique centrale ou de l'ouest vont en voir quand ils reviennent au pays. Je me refuse à juger ces habitudes culturelles. Certains consultent des psys, eux, ils font ça.»

«Il faut faire avec, ça fait partie du folklore, poursuit Jean-François Jodar, ancien sélectionneur du Mali (2006-2009). Dès mon premier jour, l'un de mes joueurs était venu me demander la permission de rentrer à l'hôtel plus tard car il devait aller voir son marabout le soir pour rester discret.» Dans les vestiaires, on ne se vante pas toujours de ses rendez-vous pour chasser le mauvais esprit avant les matchs. «C'est un sujet tabou. Certains ont honte de leur croyance qu'ils ont depuis qu'ils sont gamins et ne tiennent pas à ce que les autres le sachent, raconte Patrick M'Boma, ex-international camerounais. Les joueurs qui ont grandi en Afrique y sont plus sensibles. Il suffit qu'une fois, quelqu'un leur ait annoncé qu'il marquerait trois buts avant un match où ils ont effectivement inscrit un triplé pour que certains y croient.»

Arnaques et sang de boeuf

Mais concrètement, on fait quoi dans ces rendez-vous avec son marabout? Parfois, l'entrevue prend juste la forme d'un échange, d'une discussion entre un confident et un joueur stressé avant les grandes échéances. Selon le spécialiste fréquenté, la séance peut devenir plus atypique. «On peut répandre du sang de bovin autour d'une maison, on peut verser de l'alcool sur une tombe», glisse un connaisseur des vestiaires de la CAN. «Quand j'entraînais le Sénégal (1989-1992), un bœuf avait été découpé sur la pelouse de la rencontre contre le Kenya à Dakar, se souvient Le Roy. Je ne l'ai su qu'après notre victoire. En général, on nous le dit seulement si on gagne (rires).»

Pour profiter des services d'un marabout, il faut souvent y mettre le prix. Et forcément, l'argent et la notoriété des footballeurs attirent les profiteurs en tout genre. «Au début, c'est toujours gratuit puis petit à petit, il y a de l'argent qui circule, évoque Patrick M'Boma. Je voyais des partenaires faire des virements de sommes que certains cadres africains voudraient bien avoir comme salaire mensuel. Pour les footballeurs, ça n'est pas grand-chose mais certains veulent en profiter par tous les moyens.» «Certains intermédiaires se gardent de l'argent dans la transaction, décrit Claude Le Roy. Il y a forcément des abus.» Visiblement pas assez pour décourager les plus superstitieux de la CAN.