CAN 2013: Pourquoi les sélections africaines ne misent pas sur les entraîneurs du cru

FOOTBALL Ils ne sont que sept sur les seize nations engagées à la Coupe d’Afrique des nations...

Romain Baheux

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Claude Le Roy, actuel sélectionneur de la République démocratique du Congo, a entraîné plusieurs sélections africaines.
Claude Le Roy, actuel sélectionneur de la République démocratique du Congo, a entraîné plusieurs sélections africaines. — JUNIOR D.KANNAH / AFP

Au petit jeu des pronostics, on peut déjà donner un tuyau aux parieurs: l’entraîneur qui remportera la Coupe d’Afrique des nations, qui débute ce dimanche en Afrique du Sud, a davantage de chances de ne pas être africain. Non pas que les techniciens européens ou sud-américains soient aux manettes de tous les favoris de cette CAN, mais ils sont tout simplement majoritaires. Sur seize sélections engagées dans la compétition, seules sept sont dirigées par des techniciens africains. 

Remis au goût du jour avec la victoire de la Zambie du Français Hervé Renard lors de la précédente édition, le mythe du sorcier blanc fait toujours recette de l’autre côté de la Méditerranée. «On était déjà assez nombreux lors de la CAN 2008 lorsque j’entraînais le Mali, se souvient le technicien tricolore Jean-François Jodar. C’est assez logique car il y a beaucoup de pays francophones qui cherchent des entraîneurs français.»

«Ce complexe d’infériorité n’est pas propre au football»

Le cordon entre l’Afrique et l’Europe a du mal à être coupé. A l’initiative du projet Diambars, chargé de former de jeunes footballeurs africains, l’ancien joueur de Lens Jean-Marc Adjovi-Boco regrette cette faible représentativité des entraîneurs du cru. «Les mentalités ont du mal à changer. La question est: est-ce que l’on fait appel à des techniciens étrangers parce que l’on manque d’entraîneurs locaux ou parce qu’on ne leur fait pas confiance? Ce complexe d’infériorité n’est pas propre au monde du football mais aussi à celui de l’entreprise où l’on fait souvent appel à des dirigeants européens.»

Le problème est également symbolique. S’attacher les services d’un Claude Le Roy ou d’un Vahid Halilhodzic fait office d’outil de propagande pour le pouvoir politique. «En Afrique, le ministre des Sports est plus jugé sur les résultats de la sélection nationale à la CAN que sur le nombre de stades qu’il a construits», résume Jean-François Jodar. Il est également plus compliqué pour un entraîneur du cru de se détacher du contexte local. Dans certains pays, le choix d’un technicien d’une certaine ethnie peut froisser l’autre. Dans d’autres, les querelles de clocher demeurent. «Un entraîneur issu de tel ou tel club y sera toujours rattaché, poursuit l’ancien sélectionneur malien. On lui reprochera de prendre certains joueurs», poursuit Jodar.

Des entraîneurs africains arrivent quand même à s’imposer. Le Nigérian Stephen Keshi, jamais avare en critiques sur les sélectionneurs européens, ou le Tunisien Sami Trabelsi ont réussi à s’imposer comme prophètes en leur pays. «Beaucoup d’entraîneurs maghrébins ont une formation à l’européenne car ils viennent y participer à des stages, souligne l’international tunisien Alaeddine Yahia. J’ai évolué sous les ordres de Roger Lemerre et de Sami Trabelsi, je n’ai pas vu énormément de différences entre les deux méthodes de travail.»

Les pays les moins structurés ont un vivier encore trop faible pour assurer une continuité nationale à la tête de la sélection. «Les seize pays présents à la CAN ne peuvent pas encore tous avoir un sélectionneur local, reconnaît Adjovi-Boco. Il faut mettre en place une véritable formation des éducateurs. Est-ce que dans dix ans, on a encore envie d’avoir une majorité de sélectionneurs étrangers à la tête des sélections africaines?»