Lens-PSG: Six ans après, la banderole anti Ch’ti est presque oubliée

FOOTBALL En mars 2008, la banderole «Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis» brandie au Stade de France affolait le foot français…  

Julien Laloye, avec A.M

— 

La banderole incriminée lors de Lens-PSG, en mars 2008 au Stade de France.
La banderole incriminée lors de Lens-PSG, en mars 2008 au Stade de France. — Capture d'écran/20 Minutes

C’était avant les Qataris, Mamadov, et le plan Leproux. Un samedi de mars automnal, une finale de la coupe de la Ligue ordinaire entre Lens et PSG, deux puissances moyennes du foot français, et une banderole passée à la postérité dans le virage des Boulogne Boys. «Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch’tis», quelques semaines après la sortie du film de Dany Boon. La (mauvaise) blague ne fait rire personne, surtout pas le président de la République, Nicolas Sarkozy, présent en tribunes ce soir-là.

«Une surenchère verbale ahurissante»

La traque, qui débute dès le lendemain, aboutit rapidement à la mise en garde à vue de cinq supporters parisiens. «Pas des skinheads d’extrême droite, hein. Mon client avait 22 ans, et son profil, ce n’était pas école de commerce, mais pas loin» se souvient maître Pichon, avocat d’un des prévenus. «Il faut se rappeler la tempête médiatique. On était vraiment dans la surenchère verbale, avec une disproportion ahurissante des moyens judiciaire employés. Des tests ADN ont même été effectués, alors qu’on met six mois à les avoir dans une affaire criminelle!» Six ans après, les protagonistes de la fameuse banderole, qui avaient plaidé «la blague potache à la Charlie Hebdo» devant le tribunal de Bobigny, ne s’en sont toujours pas remis.

La plupart ont refusé catégoriquement de replonger dans cet épisode tourmenté. «Quelque soit le sujet, les questions, et la personne, personnellement ça ne m'intéresse pas», a coupé court l'une des personnes concernées, poursuivie comme les autres pour «provocation à la haine et à la violence dans le cadre d'une enceinte sportive». Une fois le soufflé retombé, la condamnation est pourtant légère. 500 euros d’amende et un an d’interdiction de stade, «une quasi relaxe» estime Me Pichon. Mais l’affaire marque un tournant décisif dans la gestion politique des groupes de supporters parisiens.

«Le début de la descente aux enfers»

 Les Boulogne Boys sont dissous par le ministère de l’Intérieur en avril 2008, malgré leur prise de position contre la banderole. «L’impact qu’elle a eu a été dramatique, déplore un ancien leader des supporters de Boulogne. Les «boys», c’était un groupe fédérateur, une manière, non pas de gérer la tribune, mais que ça ne parte pas dans tous les sens. Cela a été le début de la descente aux enfers pour nous». Sans regret aucun pour Guy Delcourt, alors député-maire de Lens. «Un certain public a été éliminé des stades et le comportement des supporters du PSG n’a plus rien à voir, même si ce sont des lampistes qui ont payé pour les autres» Des lampistes qui, cette fois, ne passeront pas leur soirée de vendredi à Saint-Denis.