Fair-play financier: «Si le fair-play financier regarde la dette, on se rapprochera d’une DNCG internationale»

FOOTBALL L’UEFA se réunit pour faire le point après la première véritable mise en service du fair-play financier…

B.V.

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Le président de l'UEFA, Michel Platini, lors d'une conférence de presse le 22 février 2014 à Nice.
Le président de l'UEFA, Michel Platini, lors d'une conférence de presse le 22 février 2014 à Nice. — Lionel Cironneau/AP/SIPA

C’est un point d’étape. Un an après la mise en service du fair-play financier (FPF), le président de l’UEFA Michel Platini a réuni à Nyon lundi (Suisse) les principaux acteurs concernés. «Une réunion constructive» qui a brassé «des thèmes très variés, dont l’investissement des propriétaires ou le niveau d’endettement des clubs», pouvant amener «à discuter d'éventuels amendements aux dispositions» explique l’organisation dans un communiqué. Vincent Chaudel, économiste du sport chez Kurt Salmon, évoque pour 20 Minutes ce qui pourrait découler de ce rendez-vous.

Quel premier bilan peut-on tirer de l’impact du FPF?
Ce genre de mesures ne peut donner leurs effets que sur le moyen terme. Pour l’instant, on n’en voit qu’une partie à savoir celle qui contraint principalement les nouveaux acteurs comme le PSG ou Manchester City. Même s’ils ont toujours des moyens de s’adapter, comme avec le prêt payant qui est apparu cet été. Mais ça a deux effets pervers à court terme sur lesquels l’UEFA va se pencher. Si les nouveaux riches achètent moins à d’autres clubs, ce sont ces clubs qui sont les principales victimes, par dommages collatéraux. Le marché des transferts permet une redistribution des richesses dont certains sont dépendants. L’autre problème, c’est que ce dispositif renforce en fait les clubs déjà installés (Bayern, Barcelone, Real, Manchester United, etc), les premiers entrants déjà puissants avant l’instauration du FPF. Ils le seront demain encore plus grâce au FPF qui ralentit la progression des nouveaux arrivants.

Donc on peut comprendre que Nasser al-Khelaifi trouve le fair-play financier «injuste»
Du point de vue des nouveaux arrivants, le FPF génère effectivement ce qu’on appelle une distorsion de concurrence. Le PSG se dit: «moi je veux bien qu’on m’embête un peu, mais jusqu’ici à la fin de l’année j’ai payé toutes mes charges et tous mes impôts et je ne suis pas sûr que ce soit le cas de tout le monde». Certains clubs en Europe n’ont pas payé pas leurs charges ou leurs joueurs. Il y a eu le Salva Calcio dans les années 2000, aujourd’hui c’est le football espagnol qui a encore une dette de 500 millions d’euros envers le fisc. Pourtant, ces clubs continuent d’acheter des joueurs et de jouer des coupes d’Europe. Sans parler des dettes financières à d’autres clubs pour des transferts partiellement payés.

Le FPF ne sanctionne pour l’instant pas les clubs endettés, estimant «qu’être endetté ne constitue pas un problème» tant que le club est solvable…
Ce point-là est juste. Votre maison, vous pouvez l’acheter en cash ou en crédit, à partir du moment où vous remboursez, il n’y a pas de problème. C’est ici qu’apparaissent les différences entre certaines règles nationales et internationales. Le FPF se concentre uniquement sur les résultats financiers et pas sur la dette. En France, la DNCG regarde au-delà de l’équilibre du compte de résultat.

Cette réunion peut-elle déboucher sur une réforme du système des dettes? 
Si le FPF se met à regarder la dette, on se rapprochera peut-être de ce que voulez la France et Frédéric Thiriez, quelque chose qui ressemble à une DNCG européenne. Après, il est toujours possible d’appréhender le problème de plusieurs manières: soit on donne limite l’endettement maximal, soit on accepte (et encadre) les déficits si et seulement s’ils sont couverts par les actionnaires.

De l’autre côté du spectre, les clubs allemands, souhaitent eux au contraire que le fair-play financier poursuive sur sa lancée et sanctionne encore plus durement les clubs comme Paris…
La position des Allemands pose une question, celle de savoir s’il y faut préserver une liberté d’entreprendre ou si tout le monde doit se développer seulement en modèle unique. Doit-on tous acheter notre voiture cash, on peut-on laisser la liberté à chacun d’avoir recours au leasing, à un prêt ou d’autres moyens encore? Le modèle allemand est certainement vertueux, mais il conditionne la puissance économique (donc la performance sportive) à une longue période de stabilité financière. Cette approche a pour conséquence de figer les positions et de réduire à néant le jeu de la concurrence.