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Mondial 2014: Pourquoi le mouvement brésilien anti-Coupe du monde est-il un échec?

Mondial 2014: Pourquoi le mouvement brésilien anti-Coupe du monde est-il un échec?

REPORTAGEUne manifestation, très peu suivie, commémorait ce vendredi à Rio le premier anniversaire de la grande mobilisation de l’an dernier…
Corentin Chauvel

Corentin Chauvel

De notre correspondant à Rio de Janeiro

Il y a tout juste un an se tenait un mouvement social sans précédent au Brésil. Le géant sud-américain se réveillait, ses habitants protestant notamment contre les nombreux gâchis du Mondial 2014 et l’absence d’investissement nécessaire dans l’éducation, les transports et la santé. Pour commémorer cet anniversaire, deux manifestations se sont tenues cette semaine à São Paulo et Rio.

Mais dans les deux cas, la mobilisation a réuni à peine quelques centaines de personnes, celle de São Paulo dégénérant jeudi en de nouvelles scènes de destruction de magasins et banques, quand celle de Rio s’est déroulée ce vendredi dans le calme. Dans la «Cité merveilleuse», la police militaire a voulu tuer l’acte dans l’œuf en procédant dès le début, vers 17h, à l’arrestation de plusieurs militants masqués – le port du masque est illégal en manifestation, mais jusqu’à la Coupe du monde, la loi ne semblait pas appliquée.

La suite a vu défiler durant un peu plus d’une heure les manifestants dans le centre-ville de Rio, de manière timide, totalement encerclés de forces de l’ordre et de journalistes internationaux. Alors qu’on pouvait penser à une résurgence du mouvement social lors du Mondial, il n’en est finalement rien. Les Black blocs et les militants les plus fidèles étaient bien présents, mais le reste de la population brésilienne, essentiellement la classe moyenne, n’est plus dans la rue depuis bien longtemps.

Violences et désunion

«C’est difficile à expliquer, c’est vrai qu’il y a un an, il y avait bien plus de monde et on en attendait autant pour le Mondial, mais je crois que les gens ont peur de la violence policière», estime Rui Felipe, agent administratif. Ilie, une avocate présente à l’arrière du cortège afin d’assurer justement la défense des manifestants en cas de brutalité policière, pense aussi que la violence, autant policière que celle des casseurs, a découragé nombre de manifestants au fil des mobilisations. D’autant que les médias brésiliens ont relayé ces violences largement que les revendications des défilés, selon elle.

«Les médias brésiliens n’ont pas montré ce qu’il se passait réellement dans les manifestations, ils ont manipulé les Brésiliens», reproche également Paulo, qui souligne que le gouvernement en a profité pour criminaliser les mobilisations et ses participants. Il a aussi donné beaucoup de jours fériés pendant le Mondial et incité son peuple à soutenir son équipe de football, observe Dominique, une jeune étudiante. De plus, «l’union d’une série de groupes (politiques, syndicats) de droite et de gauche s’est dissipée, ils ont disparu en cette période pré-électorale [l’élection présidentielle brésilienne a lieu en novembre]», indique encore Ilie.

Le Brésil est retourné dormir

Ainsi, depuis le 12 juin, la Coupe du monde se déroule sans accroc ou presque, la Fifa semble satisfaite et le gouvernement brésilien savoure sa «Coupe des coupes». «Aujourd’hui, nous n’avons rien contre les étrangers, nous ne sommes pas contre la Coupe du monde en tant que compétition, mais nous n’avions pas besoin d’ouvrir nos coffres à la Fifa pour qu’elle puisse dépenser des milliards pour ces stades alors que nous continuons à vivre dans la honte, sans santé, sans transports et sans éducation», déplore Paulo.

Egalement fataliste, Rui Felipe ne veut pas s’avouer vaincu pour autant: «Nous n’avons pas gagné parce que la Coupe du monde a bien lieu, mais le gouvernement n’a pas gagné pour autant parce que nous sommes toujours là». Et Carla, une libraire, de renchérir: «Le Brésil s’est réveillé puis il est retourné dormir, mais la lutte continue». Une lutte qui, si elle n'a plus le même nombre de personnes dans la rue un an après, aura au moins permis de mobiliser les consciences brésiliennes et de mettre en lumière les maux du géant sud-américain qui n'est pas qu'une terre d'accueil de plus pour l'un des plus grands événements de la planète.