Brésil: «Ces manifestations sont le signal que les Brésiliens ne sont pas stupides»

INTERVIEW Paulo Eduardo Gomes, membre du Parti socialisme et liberté (Psol, extrême-gauche), analyse pour «20 Minutes» les raisons de l'important mouvement social qui touche le pays depuis dix jours...

Corentin Chauvel

— 

Capture d'écran du site Internet de Paulo Eduardo Gomes, membre du Parti socialisme et liberté (Psol).
Capture d'écran du site Internet de Paulo Eduardo Gomes, membre du Parti socialisme et liberté (Psol). — 20 MINUTES

De notre correspondant à Rio de Janeiro

Près d’un million de personnes ont à nouveau manifesté dans les rues des principales villes brésiliennes jeudi soir, dont 300.000 à Rio de Janeiro. Malgré des concessions sur  le prix des transports en commun, le mouvement «Passe Livre» («Billet Gratuit») ne faiblit pas. Rencontré aux abords d’un cortège, Paulo Eduardo Gomes, membre du Parti socialisme et liberté (Psol, extrême-gauche) et conseiller municipal à Niteroi, ville voisine de Rio de Janeiro, donne à 20 Minutes les clés pour comprendre ce conflit social d’une ampleur inégalée depuis vingt ans.

Comment expliquez-vous ce «réveil» brésilien?

Ces manifestations sont le résultat d’une combinaison de nombreuses motivations. Le Brésil, comme d’autres pays du monde, est entré dans une lutte globale contre la corruption, contre une pensée négative du peuple à l’égard de ses dirigeants politiques, mais la déception qui circule est immense, entre les milliards dépensés pour construire ou rénover les stades de la Coupe du Monde et les scandales qui touchent régulièrement les hommes politiques locaux. Le peuple, qui a voté pour eux et leur a fait un chèque en blanc, se sent systématiquement trahi et ces manifestations sont le signal que les Brésiliens ne sont pas stupides, qu’ils sont fatigués de payer des impôts sans obtenir rien en retour. Le système de santé ne fonctionne pas bien, l’éducation ne fonctionne pas bien, etc. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, viennent dans la rue avec leur cœur, se réclamant d’un parti ou non, pour demander un Brésil meilleur et espérer se trouver de nouveau au centre des préoccupations politiques.

Pourquoi le Brésil ne se soulève-t-il que maintenant?

Parce que le manque de respect envers la population a atteint des sommets, d’autant plus exacerbé par la violence policière qui a été la première réponse à ces manifestations. Cela a commencé à São Paulo, puis elle est venue jusqu’ici, à Rio de Janeiro. Or, cette violence n’a fait que mettre encore plus de gens dans la rue. Dimanche dernier par exemple, au Maracanã, les policiers des «troupes de choc» sont intervenus comme des idiots, sans patience. Le peuple n’est pas stupide, il a peut-être mis du temps à se réveiller, mais il est dans la rue aujourd’hui, apprenant peu à peu à défendre ses libertés, son droit à la vérité et à un monde meilleur.

Que pensez-vous de la réponse apportée par les autorités politiques?

Il est utile que la présidente de la République, Dilma Rousseff, ait reconnu que ces manifestations ont été sous-estimées voire ignorées par le pouvoir politique. Celui-ci doit désormais saisir le message que la société brésilienne, fatiguée de la corruption et de la malhonnêteté de ses gouvernants, est réellement en train de changer et qu’elle sera désormais sans concession avec lui.