Ligue 1: LFP, Canal+, beIN… Aux origines de la guerre des droits télé

FOOTBALL Une décision de justice doit statuer vendredi sur l’avancement de la date de l’appel d’offres pour la période 2016-2020…

Antoine Maes

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Un micro de Canal + lors d'un match entre Lille et Nantes, en octobre 2013.
Un micro de Canal + lors d'un match entre Lille et Nantes, en octobre 2013. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Une partie de l’avenir du foot français se jouera vendredi, au TGI de Paris. Loin des vestiaires et des stades, la justice décidera si oui ou non, la LFP a le droit d’avancer d’un an l’appel d’offres pour les droits télé de la Ligue 1 sur la période 2016-2020. Une décision hautement stratégique, alors que la guerre fait rage entre beIN Sport et Canal+.

Ce que cherche la LFP – Initialement, la Ligue avait prévu de discuter de l’appel d’offres dans un an. Mais elle a voulu tirer parti du contexte actuel pour faire grimper les enchères. «Ils ont peut-être voulu créer un sentiment d’urgence et d’inconfort pour les diffuseurs, notamment pour Canal+», souligne Christophe Lepetit, économiste du sport au CDES de Limoges. D’autant que la Ligue 1 n’a jamais été aussi attractive: «Il y a les projets du PSG et de Monaco, qui ramènent des stars internationales en France. Et il y a aussi les stades, qui vont être rénovés pour l’Euro 2016», explique Christophe Lepetit. Résultat: d’un peu plus de 600 millions d’euros, la LFP espère faire grimper la note sur le podium européen, soit aux alentours de 800 millions d’euros.

Ce que redoute Canal + — Longtemps seule au monde sur le marché, la chaîne cryptée subit la concurrence de beIN et de ses moyens colossaux depuis quelque temps. Pas question pour elle de se faire tailler encore dans le lard sur les droits de la Ligue 1. Alors que Canal vient de gagner le Top 14 de haute lutte et de perdre la D1 de hand, elle aurait sans doute aimé souffler un peu. D’où la contestation devant la justice de l’avancement de l’appel d’offres. «Ils redoutent un message un peu brouillé, avec des droits annoncés début avril 2014 comme passant pour tout ou partie chez beIN Sport», relève Christophe Lepetit. Alors que rien ne changera avant le début de la saison 2016-2017.

Ce que beIN Sport espère – Certes, beIN Sport est capable financièrement de mettre sur la table suffisamment d’argent pour s’offrir toute la Ligue 1, «mais je ne suis pas sûr que leur but soit de tuer Canal», assure Christophe Lepetit. La chaîne qatarie, qui venait tout juste d’arriver lors du précédent appel d’offres, devrait tout de même se retrouver avec un contenu qui lui convient mieux. «Le système actuel les prive quasi systématiquement du PSG, ils voudront sans doute récupérer plus de matchs», souligne Christophe Lepetit. Mais beIN devrait rester sur une logique de volume, laissant Canal + garder une bonne partie du contenu premium, acquis à un prix très élevé.

Ce que les clubs regardent – A priori, les clubs de Ligue 1 n’ont pas grand-chose à dire dans ce débat, la LFP se chargeant pour eux de commercialiser les droits. Même le vieux rêve d’une négociation directement de club à diffuseur semble s’être éloigné. Le nouvel appel d’offres bouclé, certains pourraient tout de même être tentés de revoir la distribution du magot. Aujourd’hui, 50% du montent est divisé à parts égales, 30% sont distribués selon la notoriété, 15 % sur l’exposition médiatique, le reliquat restant étant renvoyés au football amateur. «On peut avoir des prises de position des gros clubs, qui voudront tirer plus d’argent, et des clubs moins importants, qui ne voudront pas perdre leurs acquis».