«Aimé Jacquet a été un accompagnateur»
Alfred Wahl, historien du football, revient sur la retraite d’Aimé Jacquet. Et déconstruit le mythe…Propos recueillis par Stéphane ALLIES
Alfred Wahl est professeur émérite d’histoire à l’Université de Metz. Auteur de «Balle au pied, histoire du football» (Gallimard), il revient sur le départ à la retraite d’Aimé Jacquet, entraîneur de l’équipe de France de football de 1994 à 1998 et Directeur technique national (DTN) depuis 1998.
Quelle trace Aimé Jacquet laissera-t-il dans l’histoire du football français?
Celle d’un homme qui a eu une chance formidable : celle d’avoir rencontré une génération exceptionnelle, avec des patrons dans la défense comme Blanc ou Deschamps sur qui il a su s’appuyer. Dans un milieu individualiste composé de caractériels, il a su mobiliser leurs intelligences. Mais on ne peut pas dire qu’il a inspiré tout seul la composition ou le système de jeu. Son mérite aurait été reconnu si son successeur s’était effondré avec la même équipe. Or Roger Lemerre a remporté l’Euro, qui est réputé plus dur que le Mondial. Son nom restera attaché à l’équipe de 1998 comme sélectionneur plutôt que comme entraîneur.
Si Raymond Domenech avait gagné l’été dernier, on peut supposer qu’il l’aurait éclipsé, comme lui-même a éclipsé Hidalgo (le coach vainqueur de l’Euro 1984). Au final, son mérite a été de ne pas avoir de charisme. Son rôle a été limité mais essentiel : il a été un accompagnateur.
Y-a-t-il un style Aimé Jacquet?
Le style, c’est lui. Il n’a rien élaboré, n’a pas cherché à construire une image ou une méthode, comme a pu le faire Domenech. On ne peut pas l’accuser de démagogie. Il a un certain tempérament, plutôt raide, si on se rappelle son conflit avec «L’Equipe».
C’est un peu le foot des champs dans le foot moderne…
Il faut arrêter avec le mythe de l’ascenseur social, l’ouvrier devenu chef des Bleus. Aimé Jacquet a été un joueur professionnel comme tant d’autres, devenu entraîneur et qui, une fois viré des Girondins de Bordeaux, était un laissé pour compte du foot français, limite à la dérive après avoir failli faire descendre Montpellier et fait descendre Nancy en division II. Et comme souvent, la fédération récupère les laissés-pour-compte. Ce n’est pas vraiment la méritocratie républicaine.
Et à la DTN, où il a été nommé après 1998, quelle trace a-t-il laissé?
Il n’a rien fait d’autre que gérer, sans provoquer d’innovation. Georges Boulogne, avec tous ses côtés détestables, avait donné une ligne à son mandat : l’entrée dans le monde professionnel. Jacquet a laissé venir la retraite… Il y a deux ou trois ans, je l’avais approché pour attirer son attention sur l’intérêt de la mémoire et du patrimoine du football. Il m’a fui. Littéralement.


















