Ligue 1: Mickaël Landreau, les 602 matchs d'un «bon-vivant» au «charisme» reconnu

B.V., D.P., F.L., R.B.

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Mickaël Landreau, le gardien du SC Bastia, le 3 novembre 2013, au stade Armand-Cesari.
Mickaël Landreau, le gardien du SC Bastia, le 3 novembre 2013, au stade Armand-Cesari. — PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP

Il était prédestiné. Il y a 17 ans, Mickaël Landreau faisait ses grands débuts en Ligue 1 avec Nantes. C’était à Bastia, et c’est avec le Sporting qu’il égalera le record du plus grand nombre de matchs en première division, dimanche, lors du match des Corses contre Evian-Thonon-Gaillard. Cinq témoins clés racontent l’histoire de l’homme aux 602 matchs de Ligue 1, de Nantes à Bastia, en passant par Lille et le PSG. 

Gilles Albert (ancien directeur du centre de formation de Nantes)

«C’est une très forte personnalité. Un rassembleur. Même en jeunes, pendant les matchs, il guidait déjà beaucoup ses défenseurs. Ce n’est pas une grande gueule mais il est très sûr de lui et décomplexé. Il est fidèle à ses idées. Ce que je n’ai pas oublié de lui? La panenka en finale de la Coupe de la Ligue contre Sochaux (perdue par Nantes en 2004). Je ne l’ai pas digérée. Je me souviens qu’on avait été reçus en mairie après cette finale perdue. J’avais rencontré la maman de Mickaël Landreau, elle était horrifiée par ce qu’il avait fait. Elle m’avait dit: «C’est bien fait pour lui. Il est toujours trop gourmand». 

Nicolas Savinaud (ex-équipier à Nantes et son meilleur ami)

«C’est un sacré joueur de cartes déjà. Il a beaucoup de chance donc il ne faut surtout pas jouer contre lui. Il gagne tout le temps. C’est d’ailleurs un trait de sa personnalité, c’est un gagneur et quand il fait quelque chose, il le fait à 200%. Si plus tard il devient businessman, ce sera un fin négociateur. Mais ça reste quelqu’un de généreux. Il a emmené par exemple une trentaine d’amis en Thaïlande pour un match caritatif. On a visité avec lui des orphelinats. C’est symbolique de ce qu’il est. Je me souviens bien de son premier match contre Bastia alors qu’il avait 17 ans… On n’a jamais eu l’impression que c’était son premier match. Il a eu le même comportement qu’avec ses potes de l’équipe des moins de 17 ans. On sentait qu’il n’avait pas peur.» 

Stéphane Véron (3e gardien du PSG en 2008/2009)

«J’ai eu la chance dès que je suis arrivé au PSG que Mika me prenne sous son aile pour m’aider à m’intégrer. Des liens se sont créés. Je le considère un peu comme un grand frère car j’ai beaucoup appris en parlant avec lui et en le regardant jouer. Il m’a donné l’envie d’encore plus travailler, d’arriver à me calmer, à me canaliser, car j’étais un peu fou-fou. C’est pour moi la personne la plus généreuse que je connaisse. Il est franc, il sait ce qu’il veut dans la vie. Dès qu’il veut quelque chose, il fait tout pour l’avoir. Sa dernière année au PSG? Il y avait peut-être une fracture avec les supporters, mais à Paris ils sont particuliers (rires). Il faisait son job et il ne me donnait pas l’impression que c’était sa dernière année. Il a malgré tout fait une bonne saison à Paris. Jamais je n’ai ressenti qu’il en avait marre de Paris. Je voyais quelqu’un qui était heureux de venir travailler le matin.» 

Florent Balmont (ex-équipier à Lille)

«Mika est quelqu’un qui m’a marqué par son professionnalisme. Il savait déconner mais dès qu’il était sur le terrain, il était très sérieux. On a vécu de bons moments avec lui, avec le doublé en 2011. Ses saisons à Lille lui ont fait énormément de bien. Il débarquait de Paris où ça ne s’était pas trop bien passé sur la fin. Il est arrivé dans un club plus familial qui lui correspondait mieux. On a fait plusieurs bringues ensemble. A cette époque, on était pas mal d’anciens dans l’équipe à être des bons vivants qui aimaient bien la bouffe et qui buvaient quelques canons. Je me souviens notamment d’une soirée où on était parti en ville à une dizaine en V’Lille. On s’était bien marré. On était plusieurs à avoir la même vision du foot, à savoir être sérieux sur le terrain tout en sachant déconner en dehors. Mais s’il fallait le définir, je dirais: simplicité et professionnalisme.» 

Gianni Bruno (équipier de Landreau à Lille puis à Bastia)

«Quand il prend la parole, c’est toujours réfléchi. Il parle tellement bien que tu es obligé de l’écouter. Il a du charisme. Il s’énerve rarement, ses interventions sont toujours calmes et vont dans le bon sens. Il est diplomate et sait comment faire passer un message sans blesser son interlocuteur. A l’entraînement, on voit qu’il connaît son corps parfaitement. Il sait gérer sa semaine, ses matchs. Il n’est pas souvent dans les buts lorsqu’on s’entraîne à frapper, il laisse les autres gardiens encaisser nos mines. Il a dû se prendre tellement de frappes dans sa carrière qu’il laisse faire les autres maintenant (rires). Il n’y a pas longtemps, il m’a dit que je devais être encore plus tueur devant le but mais qu’il était content et que je devais continuer mes efforts. Il a ce côté coach en lui, c’est peut-être ce qu’il deviendra quand il aura terminé sa carrière.»