Christophe Lepetit: «Le risque, c’est que les contrats du PSG soient reconsidérés par l’UEFA»

Antoine Maes

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L'attaquant du PSG Zlatan Ibrahimovic le 27 octobre 2013 à Saint-Etienne.
L'attaquant du PSG Zlatan Ibrahimovic le 27 octobre 2013 à Saint-Etienne. — AFP PHOTO / ROMAIN LAFABREGUE

Non, ce n’est pas juste un sponsor de plus. En officialisant leur accord, le PSG et l’office du tourisme du Qatar révolutionnent un peu plus les moeurs du foot français. Par le montant du deal évidemment,  qu’on annonce autour de 200 millions d’euros par an. Mais aussi parce que le club de la capitale, après la Qatar National Bank ou l’opérateur téléphonique Ooredoo, renforce aussi ses liens avec des entreprises qatariennes. Révolution sponsoring ou tour de passe-passe? La réponse de Christophe Lepetit, chargé d’études économiques au Centre de Droit et d’économie du sport de Limoges

En quoi le contrat passé entre QTA et le PSG est différent de ce qui peut se faire d’habitude dans le foot?

C’est un contrat présenté comme atypique par le PSG, qui a axé sa communication sur le fait que ce n’est pas un contrat de sponsoring au sens pur et dur. Selon eux, ça va bien au-delà, c’est la promotion touristique du Qatar par l’image du Paris, par l’image du PSG. De ce point de vue là, on peut considérer que c’est original. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas vraiment de pays qui ait associé son image fortement à un club pour développer sa notoriété. L’Azerbaïdjan le fait avec Lens et l’Atletico Madrid en Espagne, mais c’est un sponsoring qui commence à voir le jour. 

Est-ce que c’est gênant? De l’extérieur, ça peut ressembler à un modèle économique artificiel…

Il y a deux angles de vue. Il y a pleins de sponsors qatariens qui gravitent autour du PSG. D’un strict point de vue français, rien n’empêche des sociétés d’un pays qui soit le même que le propriétaire du club d’investir. Je pense que la DNCG n’a rien à redire là-dessus. Par contre, là où ça peut poser souci, c’est par rapport à l’UEFA. Le fair-play financier est entré en vigueur, les comptes des clubs seront surveillés... Et s’il y a des contrats de sponsoring, ils sont étudiés par un panel indépendant qui doit se prononcer sur la valeur de marché dudit contrat, surtout s’il est signé par des partis liés. QSI, QTA, QNB, l’opérateur téléphonique… Au Qatar, la famille royale est vaste, les différents opérateurs sont toujours un peu liés. Et ce que l’UEFA ne veut pas c’est que, pour contourner le fair-play financier les propriétaires signent des contrats faramineux qui vont leur permettre de rentrer dans les clous. Le risque, c’est que tout ou parti des contrats du PSG soient reconsidérés. 

Est-ce que c’est comparable avec ce qui se passe entre le FC Sochaux et Peugeot, par exemple?

Dans l’absolu, on peut avoir le même type de problème pour Sochaux. Mais l’UEFA et le panel ne surveillent que les clubs qui se qualifient en coupe d’Europe. Si on regarde les contrats de Peugeot avec Sochaux, on ne sera pas sur les mêmes montants, donc ça ne poserait pas de souci à l’UEFA. C’est le problème du PSG, qui essaie de présenter ce contrat comme étant atypique et ce qui lui permet de dire que c’est impossible d’en définir la valeur de marché. 

Sur le fond, ce type de contrat est-il un modèle viable économiquement?

Il y a de vraies synergies entre les clubs et les pays. Après, la question de la viabilité devient cruciale quand on atteint ce niveau de recettes. C’est le problème de ces clubs repris par de gros mécènes: vont-ils rester? L’investissement est-il viable? Pour le moment, le Qatar n’a pas l’intention de partir à court terme, un cycle est engagé. Mais le PSG dépend d’un seul partenaire. C’est toujours plus confortable d’avoir une base plus large.