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Voile: La Coupe de l’America, «ce n'est plus un scénario, c'est une tragédie»

Voile: La Coupe de l’America, «ce n'est plus un scénario, c'est une tragédie»

INTERVIEW – L’expert français Jimmy Pahun décrypte la dernière manche de la coupe de l’America, où Oracle est revenu à hauteur des Néo-Zélandais après avoir été mené de sept victoires…
Antoine Maes

Antoine Maes

En exagérant à peine, il se peut que le plus grand retournement de situation de l’histoire du sport se déroule mercredi soir, entre 22h et 23h, dans la Baie de San Francisco. Après avoir été menés 8 à 1, les Américains du Team Oracle sont revenus à hauteur du défi néo-zélandais. Malgré tout, la dernière régate ne déclenche pas une vague d’enthousiasme en France. Ce que regrette le skipper français Jimmy Pahun.

Si vous deviez convaincre un Français de regarder la dernière manche de la Coupe de l’America, vous lui diriez quoi?

Que c’est tout simple: le premier qui coupe la ligne d’arrivée a gagné. Et puis cette année, il y a la beauté de l’image. Ce sont des bateaux qui vont à une vitesse inimaginable, c’est très télégénique. Dans la dramaturgie de la coupe de l’America, il y a quand même le lieu où ça se court. Et franchement, San Francisco, c’est quand même un super plan d’eau. C’est comme de la Formule 1. Il y a tout. C’est Pajot qui avait une bonne définition, en disant que la Coupe de l’America, c’est une équipe de rugby qui joue aux échecs dans une Formule 1.

Le scenario est extraordinaire, surtout…

C’est plus un scénario, c’est une tragédie. Ce soir, il y en a un qui va mourir.

La forme des bateaux a évolué, les régates sont raccourcies… Ces changements lourds par rapport à la tradition ont-ils porté leurs fruits?

J’ai un côté un peu vieille France ou yachting de tradition. On ne voyait pas comment on allait pouvoir se passionner pour cette coupe, avec des éliminatoires chiants comme la pluie. Et c’est tout le contraire. On n’a jamais eu autant de passion et de suspens.

Comment aider les non-initiés à choisir le bateau qu’ils peuvent supporter?

C’est David contre Goliath. Les Néo-Zélandais étant David… A bord du bateau, l’équipage est 100% néo-zélandais, à l’exception du régleur de grand-voile, qui est Australien. Alors que chez les Américains, il n’y en a qu’un ou deux, à peine. Les Américains ont débauché le meilleur marin du monde, Ben Ainslie, quintuple champion olympique. Et on sent que depuis qu’il est arrivé à bord, il y a eu un vrai changement d’état d’esprit.

Pourquoi en France on a du mal à se passionner pour cette compétition?

Comme on a du mal à se passionner pour le golf… Il faut qu’un Français, ou qu’un projet français y arrive. Depuis l’internationalisation de la Coupe, les Français sont présents à toutes les épreuves, sauf celle-ci. Alors que c’est un vrai succès français cette édition, il y a des ingénieurs de chez nous autant chez Oracle que chez les Néo-Zélandais.

Et qui va remporter cette édition incroyable selon vous?

Les Néo-Zélandais. Ils sont mes favoris de cœur en tout cas. Les favoris logiques sont les Américains, ils viennent de gagner sept courses quand même. Et puis il y a beaucoup de points communs entre le génie français et le génie néo-zélandais en voile. Et ils ont promis que s’ils gagnaient, ils reviendraient à des équipes nationales, ou presque (le gagnant peut écrire une grande partie des règles de l’édition suivante). Et pour la France, ce serait vachement important.